« Fracture ouverte » : ce titre, à lui seul, confirme effectivement que rien n’est réglé, ni à Port au Prince, ni dans le reste du pays.
La photo choisie pour ouvrir le dossier dans le nouveau numéro de Polka Magazine marque cette douleur. Elle tranche avec ce qu’on a beaucoup vu depuis janvier 2010. Il s’agit en effet d’une fresque dans un stade de la capitale. Un haïtien nous regarde comme, pendant des années, il a en quelque sorte regardé des milliers et des milliers de spectateurs venus applaudir ou siffler leur équipe, bref venus vibrer et oublier un quotidien souvent très difficile. Seulement voilà la peinture, immense, est comme brisée. Juste au sommet de ce beau visage le mur s’est ouvert en deux. On pense forcément à un écorché vif, à l’image d’un peuple meurtri.
Haïti, encore et toujours regarde avec insistance, un monde –en l’occurrence le nôtre, celui des nantis- qui l’a, c’est vrai, beaucoup aidé pendant plusieurs mois mais qui aujourd’hui l’oublie. Petit rappel. La légende de cette photo précise que, dans les jours qui ont suivi le tremblement de terre, la plupart des terrains de foot du pays ont rapidement été transformés en camps pour réfugiés. Aujourd’hui rien n’a changé. Il y a par exemple 500 familles dans les stades de Bois Neuf et celui de Drouillard. Ce reportage de Stanley Greene est très récent. Janvier dernier, et on comprend immédiatement qu’élection Présidentielle ou pas, le pays qui a sûrement soif de démocratie a d’abord besoin d’une aide réelle. Les millions de dollars ne se sont pas tous transformés en systèmes sanitaires et en abris réellement efficaces alors qu’on le sait, un jour ou l’autre, il y aura à nouveau de nouvelles secousses et des cyclones. Malgré tout, de quoi espérer : Une petite fille vient se laver les mains à un robinet. Nous sommes dans un camp de la Croix Rouge qui a pu regrouper des dizaines de familles. Avant elles n’avaient aucun endroit où se fixer. Mais la mort n’est jamais bien loin. Sur la Route N°1 on avait pris l’habitude de donner une sépulture aux victimes des Tontons Macoutes. Il a fallu trouver de la place au même endroit, pour les morts du séisme. Comme le dit le magazine il y a là plusieurs « couches de misère ». Au pied des croix, des restes de couronnes et des rubans bleus, blancs ou violets. Souvent le vent les a poussés un peu plus loin. Impossible de dire qui a été ainsi honoré, qui n’a pas été oublié. Et comme parfois les photos, même les meilleures, ne disent pas tout, il faut lire le journal de Stanley Greene. Pendant deux semaines il a tout noté. C’est un récit qui nous fait parfaitement comprendre que tout reste à faire dans le pays qui est et restera longtemps le plus pauvre de l’hémisphère Nord.
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