Péguy Cinord est un avocat haïtien, en stage à Belfort comme auditeur de justice. Il est venu apprendre le métier de magistrat, afin de contribuer à la reconstruction de son pays.
Après le séisme de janvier 2010 à Haïti, la communauté internationale s’est mobilisée pour aider les Haïtiens à reconstruire leur île. Avec la participation du gouvernement français, l’École nationale de la magistrature haïtienne a organisé un concours à travers le pays pour recruter des futurs magistrats. Péguy Cinord a passé le concours et fait partie des 20 Haïtiens qui suivent une formation de 10 mois en France. En septembre dernier, il a intégré la promotion 2010 de l’École nationale de la magistrature à Bordeaux, pour cinq mois de cours théoriques. Il est ensuite venu à Belfort début février afin de poursuivre sa formation, sous forme de stage au tribunal de grande instance.
Le manque de rigueur dans les institutions
« Intégrer la promotion bordelaise, composée de plus d’une centaine de Français n’était pas facile, raconte Péguy Cinord. Il m’a fallu quelque temps pour m’adapter, notamment à la méthodologie et aux façons de faire françaises. » L’homme de 32 ans s’est senti plus à l’aise dans le cadre de son stage. « Les gens sont très agréables à Belfort, et la pratique permet de comprendre plus rapidement les choses. En une heure de débat au tribunal, j’ai compris des choses que j’avais étudiées pendant un mois dans les livres. » Péguy Cinord a choisi de venir à Belfort car un de ses proches vit à Besançon. Ce descendant de, Toussaint Louverture voulait également voir où était mort un de ses ancêtres. « J’aime aussi l’enseignement et si je finis professeur un jour, je pourrais dire à mes élèves que je suis venu ici et que j’ai vu ! » Outre le froid hivernal qu’on ne retrouve pas à Haïti, Péguy Cinord a été marqué par le développement des infrastructures en France : « En Haïti, nous avons beaucoup moins de routes, les bâtiments sont plus petits, moins perfectionnés, avec moins de technologies. C’est très différent d’ici. » Ce manque d’infrastructures est une des raisons des problèmes du pays, selon l’auditeur de justice. « Il y a des choses qui manquent de rigueur et d’organisation, comme par exemple l’état civil. Certaines personnes sont inscrites plusieurs années après leur naissance et donnent des informations approximatives. Des choses comme cela nuisent à l’efficacité des mesures sociales. »
Avec de l’organisation, les choses peuvent s’arranger à Haïti
Péguy Cinord évoque aussi les problèmes de corruption, d’inégalité, ou la barrière de la langue : alors que la majorité de la population parle créole, tout ce qui s’écrit l’est en français, une langue que les créolophones ne comprennent pas forcément : « Cela empêche notamment la population de connaître les lois, et de les appliquer ». De plus, la justice haïtienne a beaucoup souffert du séisme, avec la destruction de plusieurs tribunaux et la disparition de nombreux magistrats. L’avocat souhaite « donner un souffle de développement au pays », grâce à ce qu’il aura appris en France. « Si on arrive à faire la part des choses, à organiser et planifier, la situation peut s’arranger. » Ainsi la formation qu’il reçoit n’est pas seulement théorique. Même s’il observe beaucoup auprès du procureur, du tribunal pour enfant, du juge d’instruction, ou encore à la police, Péguy Cinord prend également part à la pratique, grâce à une circulaire qui donne les mêmes droits aux 20 stagiaires haïtiens qu’aux auditeurs de justice français.
Péguy Cinord a même prêté serment. « Je prends quelques dossiers, je fais des réquisitions. J’ai des tâches à accomplir auxquelles je donne beaucoup d’importance. » Le Haïtien profite également de sa présence en France pour entamer une réflexion sur la justice : « Comprendre ce qu’est le justiciable, les droits, le respect de la personne humaine, etc. Ce sont des points fondamentaux pour administrer la justice. » Les différences entre les deux pays permettent « de prendre du recul pour voir ce qu’il manquait à Haïti, et quelles mesures on peut mettre en place pour y remédier. »
Péguy Cinord a même prêté serment. « Je prends quelques dossiers, je fais des réquisitions. J’ai des tâches à accomplir auxquelles je donne beaucoup d’importance. » Le Haïtien profite également de sa présence en France pour entamer une réflexion sur la justice : « Comprendre ce qu’est le justiciable, les droits, le respect de la personne humaine, etc. Ce sont des points fondamentaux pour administrer la justice. » Les différences entre les deux pays permettent « de prendre du recul pour voir ce qu’il manquait à Haïti, et quelles mesures on peut mettre en place pour y remédier. »
Péguy Cinord retournera à Bordeaux fin juin pour une cérémonie et afin de remettre aux professeurs son rapport de stage. Il retournera ensuite à Haïti suivre six mois de formation spécifique à la justice de son pays. Après cela, il débutera officiellement dans ses fonctions de magistrat. Péguy Cinord, passionné par son pays, souhaite incarner une vitrine de l’île haïtienne : « Je veux montrer qu’Haïti n’est pas seulement une terre de désolation comme on l’a vu dans les médias au lendemain du séisme. C’était la plus riche des colonies françaises », tient à rappeler Péguy Cinord. Comme preuve, l’auditeur de justice cite plusieurs joyaux de l’île des Caraïbes, de la richesse de la peinture ou de la poésie haïtienne, aux plages de sable fin et de palmiers.

