C’était le 12 janvier 2010 : une secousse estimée à 7,3 sur l’échelle de Richter frappe Haïti au cœur. C’est le pire séisme enregistré dans les Amériques en 200 ans. Une grande partie du pays, et surtout de la capitale Port-au-Prince est détruite. Le bilan humain est estimé à 230 000 morts, mais il reste incomplet, de nombreux corps étant, un an plus tard, toujours coincés sous les gravats.
Ce 11 mars 2011, c’est le Japon qui enregistre le tremblement de terre le plus puissant de son histoire : 8,9 sur l’échelle de Richter. Certes, il y a eu des destructions, le bilan ne cesse de s’alourdir, mais ce sont surtout les nombreux tsunamis qui ont emporté les vies de centaines, peut-être de milliers de Japonais. Car le Japon était aussi prêt qu’il est possible de l’être pour ce séisme. Le tremblement de terre de 1923 (100 000 morts) avait sonné le début d’une mobilisation générale. Et celui de Kobe, en 1995, avait été une piqûre de rappel. Aucune construction n’est autorisée si elle ne respecte pas les normes antisismiques, et des technologies sophistiquées ont été mises au point. La population est drillée, dès l’enfance, sur les strictes mesures de sécurité à respecter.
Si Haïti avait pu bénéficier de toutes ces procédures, elle ne serait pas plongée dans ce cauchemar qui semble inextricable, où une catastrophe s’ajoute à une autre. Mais pour que les immeubles et les écoles ne s’écroulent pas sur leurs occupants, il faut une volonté politique forte, des technologies innovantes, des moyens financiers importants et une absence de corruption, cette corruption qui a tué les écoliers chinois du Sichuan en 2008.
Le Japon remplit toutes ces conditions, Haïti aucune.
Il reste un élément non maîtrisable : la force de la nature. Les technologies japonaises les plus pointues en matière d’alerte aux tsunamis n’ont pas suffi face à l’extrême violence, à la brutalité soudaine du séisme. Au pays d’Hokusai et de sa célèbre vague, c’est la mer qui a balayé bateaux et maisons, voitures et ponts, laissant derrière elle une désolation comparable à celle des Haïtiens. Mais les plaies japonaises seront sans doute plus rapidement guéries.
Véronique Kiesel - Le Soir

