contact@timounhaiti.org

Certaines images ont pu vous choquer, mais c'était malheureusement la triste réalité
Heureusement de nombreuses actions positives sont conduites sur place, notamment grâce à Timoun d'Haïti

vendredi 31 décembre 2010

Le choléra a fait 3 333 morts

L'épidémie de choléra en Haïti a fait 3 333 morts depuis son apparition à la mi-octobre, selon un nouveau bilan du ministère de la Santé haïtien et arrêté au 26 décembre. Un précédent bilan, publié plus tôt jeudi et arrêté lui au 20 décembre, faisait état de 2 901 morts dues au choléra. Le nouveau bilan ne précise pas cependant si les 432 nouveaux décès comptabilisés sont intervenus depuis le 20 décembre ou sur une plus longue période.

Le nouveau bilan indique également que 148 787 cas ont été recensés dans le pays. Le département de l'Artibonite (nord), où s'est déclarée l'épidémie, reste le plus touché, avec 828 morts, tandis que la capitale Port-au-Prince, où vivent dans des conditions très précaires de nombreux sinistrés du séisme du 12 janvier, déplore 281 morts. Selon le ministère de la Santé de la République dominicaine voisine, le nombre de malades du choléra est passé à 139 dans le pays, mais aucun décès dû à la maladie n'y a été enregistré. L'Organisation de l'ONU pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), basée à Rome, a indiqué mercredi qu'une partie " non négligeable " de la récolte de riz en Haïti risquait d'être perdue en raison " des appréhensions des paysans quant à une possible contamination par le choléra ".

jeudi 30 décembre 2010

Selon la FAO la peur du choléra menace la récole de riz

Une partie " non négligeable " de la récolte de riz en Haïti risque d'être perdue en raison " des appréhensions des paysans quant à une possible contamination par le choléra ", a indiqué mercredi la FAO, qui a lancé une campagne de sensibilisation des agriculteurs.

" Beaucoup de paysans évitent de récolter le riz, craignant que les rivières et les canaux qui irriguent les rizières et les champs avoisinants ne soient infectés ", note dans un communiqué l'Organisation de l'ONU pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), basée à Rome. " L'important est de ne pas arrêter la récolte ", a expliqué Annika Kaipola, chargée des opérations de la FAO pour les Caraïbes. " Les agriculteurs craignent d'attraper la maladie en raison de l'eau, mais nos recherches ont montré qu'il n'y a pas de danger à cultiver le riz tant que les règles de base d'hygiène sont suivies ", a-t-elle ajouté, citant le fait de se laver les mains ou de faire bouillir l'eau avant utilisation. En outre, selon la FAO, " des consommateurs rechignent à acheter des produits agricoles provenant des zones directement touchées par le choléra, une circonstance aggravante pour le commerce agricole dans la région ".

Depuis le début de l'épidémie à la mi-octobre, le choléra a tué plus de 2 500 personnes dans le pays. " Sans une réponse opportune aux dégâts causés à l'agriculture haïtienne par les inondations et le choléra, la sécurité alimentaire pourrait se détériorer, ce qui aggraverait les conséquences du tremblement de terre de janvier dernier sur les populations rurales pauvres ", note encore la FAO. L'impact du choléra a été amplifié par les inondations de novembre 2010, provoquées par l'ouragan Tomas. Selon l'organisation onusienne, celui-ci a fortement endommagé les infrastructures rurales et dévasté 78 000 hectares de champs cultivés tout en aggravant la propagation du choléra qui a débouché sur une crise sanitaire pour plus de 50 000 familles rurales.

mercredi 29 décembre 2010

L'ex-président Boniface Alexandre craint la guerre civile

L'ancien président provisoire haïtien Boniface Alexandre (au pouvoir de 2004 à 2006) a indiqué aujourd'hui craindre que la crise politique actuelle née de la contestation des résultats à l'élection présidentielle ne " débouche sur une guerre civile " en Haïti.

Les principaux candidats aux élections présidentielle et législatives ont dénoncé des fraudes massives en faveur du candidat du pouvoir Jude Célestin et demandé l'organisation de nouvelles élections. " Ce processus électoral, à la phase où il se trouve, peut déboucher sur une guerre civile. Nous serons tous à la fois responsables et victimes " de cette situation, a averti M. Alexandre, devenu président provisoire d'Haïti après la chute d'Aristide en février 2004. " J'ai une suggestion: tous les partis, le pouvoir et l'opposition, ont un point commun c'est Haïti, nous devons trouver une solution ", a plaidé M. Alexandre dans une interview accordée à Radio Vision 2000 à Port-au-Prince. La proclamation des premiers résultats du premier tour des élections présidentielle du 28 novembre, plaçant Mirlande Manigat (31 %) et Jude Célestin (22 %) en tête, avait provoqué de violentes manifestations dans tout le pays. Une mission d'experts de l'Organisation des Etats américains (OEA) est attendue mercredi en Haïti pour entamer un travail de recomptage des procès-verbaux des élections avant la proclamation des résultats définitifs du premier tour. Le deuxième tour des élections prévu le 16 janvier pourrait ainsi être repoussé, a récemment admis le président sortant René Préval dont le mandat arrive à terme le 7 février 2011.

mardi 28 décembre 2010

Chaque demie-heure une personne meurt du choléra en Haïti

Au cours des six premières semaines de l’épidémie, plus de 2 000 personnes, et probablement beaucoup plus, ont succombé au choléra. Quelque 100 000 personnes ont atteint les hôpitaux, mais d’innombrables autres n’y sont jamais parvenues en raison de la dévastation des routes et du manque de centres de soins adéquats. Le 17 décembre, le nombre officiel de morts s’élève à 2 535, avec un taux de mortalité de 2 pour cent.

Mais dans la Grande Anse, dans les premières deux semaines de décembre, la fatalité est plus proche de 12 pour cent. On transporte les malades sur des planches de contreplaqué, pendant parfois quatre heures, tandis que la diarrhée et la vomissure éclaboussent les transporteurs et dégoulinent dans leurs sillages, infectant de nouvelles communautés. Près de la capitale, il y a une géante « piscine d’excreta » de la périphérie nord de la capitale, qui contient des milliers de litres d’excréments, certains probablement infectés par le choléra. La fosse est située à 2 kilometres de la Baie de Port-au-Prince, et au-dessus de la nappe phréatique de la Plaine du Cul de Sac.

Plusieurs médias ont déjà couvert l’éclosion du choléra.

Ils ont enquêté sur l’origine du choléra en Haïti. Ils ont fait état des « ravages » de l’épidémie dans le pays et réalisé d’innombrables articles sur les élections, les manifestations et autres sujets d’actualité « au temps du choléra », dans un pays « occupé » et « sinistré ». Les articles sont surmontés de titres truffés d’adjectifs et se réfèrent à un pays « ravagé par le séisme » et « dévasté par le choléra ». En utilisant la voix passive, on donne l’impression que ces catastrophes arrivent naturellement, comme la foudre. Mais c’est faux.

Les Haïtiens ne courent pas tous les mêmes risques. Le choléra est une maladie des pauvres, des sans-voix. Une maladie des pauvres des pays pauvres. Le choléra se propage dans les conditions d’insalubrité, là où l’eau manque et où les systèmes de santé sont insuffisants. 



Si l’on comprend maintenant que le Vibrio cholera est arrivé en Haïti avec les Casques Bleus et qu’on peut en limiter les ravages avec un accès à de l’eau potable et des installations sanitaires, avec un bon système de santé, une bonne hygiène et des vaccins, on comprend moins bien comment réunir toutes ces conditions avant que des milliers de personnes succombent à la maladie.
Et même si on parvient à vaincre le choléra, des douzaines d’autres maladies véhiculées par l’eau menacent Haïti. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 1,4 million de personnes meurent annuellement de maladies hydriques – soit quatre personnes par minute – principalement en raison du manque ou de la mauvaise qualité de l’eau et des installations sanitaires.


lundi 27 décembre 2010

L'OEA attend les termes de sa mission pour commencer le recomptage

La mission de l'Organisation des Etats américains (OEA) chargée de superviser le recomptage des votes de la présidentielle haïtienne attend que les autorités précisent les termes de cette mission avant d'entamer son travail, a indiqué l'OEA dimanche. " Le libellé " de la mission " n'a pas encore été déterminé pour l'instant ", a indiqué le secrétaire général adjoint de l'OEA Albert Ramdin. " Tant qu'on ne s'est pas mis d'accord sur les termes de cette mission, nous n'enverrons pas nos experts ", a-t-il indiqué à la veille du début théorique de la mission.

" J'espère que cette mission pourra commencer aussi vite que possible. Je pense que ça devrait être le cas cette semaine, le temps passe ", a-t-il avancé. Le secrétaire général adjoint de l'OEA avait indiqué il y a une semaine que la mission devait se rendre ce dimanche à Port-au-Prince pour commencer son travail ce lundi 27 décembre. " L'équipe de l'OEA va devoir vérifier le recomptage des procès-verbaux opéré par le CEP (Conseil électoral haïtien). En dehors de cela, des recommandations seront faites que les résultats reflètent ou non le comptage " qui aura été fait, a précisé M. Ramdin. L'OEA a constitué une équipe internationale de six personnes (deux experts juridiques, deux experts électoraux, un statisticien et un spécialiste des technologies de l'information) prêtes à partir pour Port-au-Prince. 


Albert Ramdin a précisé que l'envergure de cette mission pourraient changer en fonction de son cahier des charges mais qu'il y aurait au " minimum " ces six experts. La publication des résultats définitifs du premier tour de la présidentielle haïtienne, prévue le 20 décembre, a été reportée pour permettre aux experts de l'OEA de vérifier la validité d'un scrutin dont les premiers résultats ont plongé le pays dans une crise politique et provoqué des violences. Le chef de l'état sortant René Préval avait demandé à l'OEA de dépêcher une mission en Haïti afin d'aider les autorités électorales dans la vérification des procès verbaux et la phase de contentieux électoral. En retour, l'organisation avait demandé un report de la date de publication des résultats contestés par la majorité des candidats dont le chanteur populaire Michel Martelly arrivé en troisième position et non qualifié pour un second tour qui doit avoir lieu le 16 janvier.

dimanche 26 décembre 2010

De nombreux poissons morts dans un lac

Les autorités haïtiennes s'apprêtaient ce dimanche à interdire la consommation de poissons dans plusieurs localités proches d'un lac où des dizaines de poissons ont été retrouvés morts ces derniers jours. 

" Une quantité anormale de poissons, plusieurs dizaines, ont été retrouvés morts à la surface de l'eau et sur les rives du lac Azuei qui coule dans la localité de Malpasse à la frontière avec la République dominicaine ", a indiqué le secrétaire d'état haïtien à la production animale Michel Chancy. Dans l'attente des résultats des analyses, les autorités haïtiennes ont invité les villageois à ne pas consommer et à ne pas commercialiser les poissons et autres produits en provenance du lac Azuei.

samedi 25 décembre 2010

Appel en faveur d'un arrêt du lynchage de prêtres vaudou à Haïti

Le chef suprême du vaudou haïtien a demandé jeudi aux autorités de mettre fin aux lynchages de prêtres vaudou par des foules qui leur reprochent d'être responsables de l'épidémie de choléra qui sévit dans le pays.

" Depuis le début de l'épidémie à la mi-octobre, au moins 45 prêtres vaudou, des hommes comme des femmes, ont été tués. Nombre de ces victimes ont été massacrées et mutilées à coups de machettes ", a expliqué à Reuters Max Beauvoir, le " Ati ", ou chef suprême du vaudou en Haïti. " On leur reproche d'avoir eu recours au vaudou pour contaminer les gens avec le choléra ", ajoute Beauvoir, notamment " en répandant de la poudre ou en jetant des sorts "Beauvoir s'est plaint de ce que la police et les autorités ne faisaient pas tout ce qu'il fallait pour empêcher les lynchages et pour punir leurs auteurs, alors même que le vaudou est reconnu par la Constitution comme l'une des principales religions de Haïti. 


" Je lance un appel aux autorités pour qu'elles assument leurs responsabilités ", a dit Beauvoir, qui redoute encore d'autres agressions contre des prêtres vaudou. La majeure partie des lynchages ont eu lieu dans le sud-ouest de Haïti, mais aussi dans le centre et le nord. Depuis qu'il a fait son apparition dans la région centrale du pays en octobre, le choléra a fait plus de 2 500 morts et s'est propagé à l'ensemble des dix départements.
En photo : Un prêtre vaudou lors d'une cérémonie à Plaine-du-Nord, en Haïti. Le chef suprême du vaudou haïtien a demandé jeudi aux autorités de mettre fin aux lynchages de prêtres vaudou par des foules qui leur reprochent d'être responsables de l'épidémie de choléra qui sévit dans le pays. 
L'Express - Joseph Gulyer Delva, Eric Faye pour le service français

vendredi 24 décembre 2010

Silence ... tout va bien !

Suite à un entretien, reproduit ci-dessous (voir au mercredi 22 décembre) paru dans « Le Temps » où il critiquait l’action de l’ONU et des ONG, Ricardo Seitenfus, représentant de l’Organisation des Etats américains (OEA) en Haïti, a été débarqué

La réaction a été immédiate. Ricardo Seitenfus, docteur en relations internationales, paie sans doute son attaque violente contre les échecs de l’intervention onusienne et de l’aide non gouvernementale sur l’île caraïbe. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ...

jeudi 23 décembre 2010

45 lynchages à mort depuis le début de l'épidémie de choléra

45 personnes ont été lynchées à mort en Haïti depuis le début de l'épidémie de choléra à la mi-octobre par des groupes les accusant de pratiquer la sorcellerie pour propager la maladie, a indiqué mercredi le ministère haïtien de la Communication et de la Culture.
Ce nouveau bilan complète celui donné par les autorités haïtiennes début décembre qui faisait état d'au moins 14 morts dans des incidents similaires survenus dans le département de la Grand'Anse, dans le sud-ouest d'Haïti.
Au total, 2 591 personnes sont mortes depuis le début de l'épidémie et 121 518 personnes ont été traitées, selon un bilan arrêté au 17 décembre.

mercredi 22 décembre 2010

« Haïti est la preuve de l’échec de l’aide internationale »

Ricardo Seitenfus, représentant de l’OEA en Haiti dresse un véritable réquisitoire contre la présence internationale dans le pays. Diplômé de l’Institut de hautes études internationales de Genève, le Brésilien Ricardo Seitenfus a 62 ans. Depuis 2008, il représente l’Organisation des Etats américains en Haïti.

Dix mille Casques bleus en Haïti. A votre sens, une présence contre-productive ?

Le système de prévention des litiges dans le cadre du système onusien n’est pas adapté au contexte haïtien. Haïti n’est pas une menace internationale. Nous ne sommes pas en situation de guerre civile. Haïti n’est ni l’Irak ni l’Afghanistan. 


Et pourtant le Conseil de sécurité, puisqu’il manque d’alternative, a imposé des Casques bleus depuis 2004, après le départ du président Aristide. Depuis 1990, nous en sommes ici à notre huitième mission onusienne. Haïti vit depuis 1986 et le départ de Jean-Claude Duvalier ce que j’appelle un conflit de basse intensité. Nous sommes confrontés à des luttes pour le pouvoir entre des acteurs politiques qui ne respectent pas le jeu démocratique. Mais il me semble qu’Haïti, sur la scène internationale, paie essentiellement sa grande proximité avec les Etats-Unis. Haïti a été l’objet d’une attention négative de la part du système international. Il s’agissait pour l’ONU de geler le pouvoir et de transformer les Haïtiens en prisonniers de leur propre île. L’angoisse des boat people explique pour beaucoup les décisions de l’international vis-à-vis d’Haïti. On veut à tout prix qu’ils restent chez eux.

Qu’est-ce qui empêche la normalisation du cas haïtien ?

Pendant deux cents ans, la présence de troupes étrangères a alterné avec celle de dictateurs. C’est la force qui définit les relations internationales avec Haïti et jamais le dialogue. Le péché originel d’Haïti, sur la scène mondiale, c’est sa libération. Les Haïtiens commettent l’inacceptable en 1804 : un crime de lèse-majesté pour un monde inquiet. L’Occident est alors un monde colonialiste, esclavagiste et raciste qui base sa richesse sur l’exploitation des terres conquises. Donc, le modèle révolutionnaire haïtien fait peur aux grandes puissances. Les Etats-Unis ne reconnaissent l’indépendance d’Haïti qu’en 1865. Et la France exige le paiement d’une rançon pour accepter cette libération. Dès le départ, l’indépendance est compromise et le développement du pays entravé. Le monde n’a jamais su comment traiter Haïti, alors il a fini par l’ignorer. Ont commencé deux cents ans de solitude sur la scène internationale. Aujourd’hui, l’ONU applique aveuglément le chapitre 7 de sa charte, elle déploie ses troupes pour imposer son opération de paix. On ne résout rien, on empire. On veut faire d’Haïti un pays capitaliste, une plate-forme d’exportation pour le marché américain, c’est absurde. Haïti doit revenir à ce qu’il est, c’est-à-dire un pays essentiellement agricole encore fondamentalement imprégné de droit coutumier. Le pays est sans cesse décrit sous l’angle de sa violence. Mais, sans Etat, le niveau de violence n’atteint pourtant qu’une fraction de celle des pays d’Amérique latine. Il existe des éléments dans cette société qui ont pu empêcher que la violence se répande sans mesure.

N’est-ce pas une démission de voir en Haïti une nation inassimilable, dont le seul horizon est le retour à des valeurs traditionnelles ?

Il existe une partie d’Haïti qui est moderne, urbaine et tournée vers l’étranger. On estime à 4 millions le nombre de Haïtiens qui vivent en dehors de leurs frontières. C’est un pays ouvert au monde. Je ne rêve pas d’un retour au XVIe siècle, à une société agraire. Mais Haïti vit sous l’influence de l’international, des ONG, de la charité universelle. Plus de 90 % du système éducatif et de la santé sont en mains privées. Le pays ne dispose pas de ressources publiques pour pouvoir faire fonctionner d’une manière minimale un système étatique. L’ONU échoue à tenir compte des traits culturels. Résumer Haïti à une opération de paix, c’est faire l’économie des véritables défis qui se présentent au pays. Le problème est socio-économique. Quand le taux de chômage atteint 80 %, il est insupportable de déployer une mission de stabilisation. Il n’y a rien à stabiliser et tout à bâtir.

Haïti est un des pays les plus aidés du monde et pourtant la situation n’a fait que se détériorer depuis vingt-cinq ans. Pourquoi ?

L’aide d’urgence est efficace. Mais lorsqu’elle devient structurelle, lorsqu’elle se substitue à l’Etat dans toutes ses missions, on aboutit à une déresponsabilisation collective. S’il existe une preuve de l’échec de l’aide internationale, c’est Haïti. Le pays en est devenu la Mecque. Le séisme du 12 janvier, puis l’épidémie de choléra ne font qu’accentuer ce phénomène. La communauté internationale a le sentiment de devoir refaire chaque jour ce qu’elle a terminé la veille. La fatigue d’Haïti commence à poindre. Cette petite nation doit surprendre la conscience universelle avec des catastrophes de plus en plus énormes. J’avais l’espoir que, dans la détresse du 12 janvier, le monde allait comprendre qu’il avait fait fausse route avec Haïti. Malheureusement, on a renforcé la même politique. Au lieu de faire un bilan, on a envoyé davantage de soldats. Il faut construire des routes, élever des barrages, participer à l’organisation de l’Etat, au système judiciaire. L’ONU dit qu’elle n’a pas de mandat pour cela. Son mandat en Haïti, c’est de maintenir la paix du cimetière.

Quel rôle jouent les ONG dans cette faillite ?

A partir du séisme, Haïti est devenu un carrefour incontournable. Pour les ONG transnationales, Haïti s’est transformé en un lieu de passage forcé. Je dirais même pire que cela : de formation professionnelle. L’âge des coopérants qui sont arrivés après le séisme est très bas ; ils débarquent en Haïti sans aucune expérience. Et Haïti, je peux vous le dire, ne convient pas aux amateurs. Après le 12 janvier, à cause du recrutement massif, la qualité professionnelle a beaucoup baissé. Il existe une relation maléfique ou perverse entre la force des ONG et la faiblesse de l’Etat haïtien. Certaines ONG n’existent qu’à cause du malheur haïtien.

Quelles erreurs ont été commises après le séisme ?

Face à l’importation massive de biens de consommation pour nourrir les sans-abri, la situation de l’agriculture haïtienne s’est encore péjorée. Le pays offre un champ libre à toutes les expériences humanitaires. Il est inacceptable du point de vue moral de considérer Haïti comme un laboratoire. La reconstruction d’Haïti et la promesse que nous faisons miroiter de 11 milliards de dollars attisent les convoitises. Il semble qu’une foule de gens viennent en Haïti, non pas pour Haïti, mais pour faire des affaires. Pour moi qui suis Américain, c’est une honte, une offense à notre conscience. Un exemple : celui des médecins haïtiens que Cuba forme. Plus de 500 ont été instruits à La Havane. Près de la moitié d’entre eux, alors qu’ils devraient être en Haïti, travaillent aujourd’hui aux Etats-Unis, au Canada ou en France. La révolution cubaine est en train de financer la formation de ressources humaines pour ses voisins capitalistes…

On décrit sans cesse Haïti comme la marge du monde, vous ressentez plutôt le pays comme un concentré de notre monde contemporain.

C’est le concentré de nos drames et des échecs de la solidarité internationale. Nous ne sommes pas à la hauteur du défi. La presse mondiale vient en Haïti et décrit le chaos. La réaction de l’opinion publique ne se fait pas attendre. Pour elle, Haïti est un des pires pays du monde. Il faut aller vers la culture haïtienne, il faut aller vers le terroir. Je crois qu’il y a trop de médecins au chevet du malade et la majorité de ces médecins sont des économistes. Or, en Haïti, il faut des anthropologues, des sociologues, des historiens, des politologues et même des théologiens. Haïti est trop complexe pour des gens qui sont pressés ; les coopérants sont pressés. Personne ne prend le temps ni n’a le goût de tenter de comprendre ce que je pourrais appeler l’âme haïtienne. Les Haïtiens l’ont bien saisi, qui nous considèrent, nous la communauté internationale, comme une vache à traire. Ils veulent tirer profit de cette présence et ils le font avec une maestria extraordinaire. Si les Haïtiens nous considèrent seulement par l’argent que nous apportons, c’est parce que nous nous sommes présentés comme cela.

Au-delà du constat d’échec, quelles solutions proposez-vous ?

Dans deux mois, j’aurai terminé une mission de deux ans en Haïti. Pour rester ici, et ne pas être terrassé par ce que je vois, j’ai dû me créer un certain nombre de défenses psychologiques. Je voulais rester une voix indépendante malgré le poids de l’organisation que je représente. J’ai tenu parce que je voulais exprimer mes doutes profonds et dire au monde que cela suffit. Cela suffit de jouer avec Haïti. Le 12 janvier m’a appris qu’il existe un potentiel de solidarité extraordinaire dans le monde. Même s’il ne faut pas oublier que, dans les premiers jours, ce sont les Haïtiens tout seuls, les mains nues, qui ont tenté de sauver leurs proches. La compassion a été très importante dans l’urgence. Mais la charité ne peut pas être le moteur des relations internationales. Ce sont l’autonomie, la souveraineté, le commerce équitable, le respect d’autrui qui devraient l’être. Nous devons penser simultanément à offrir des opportunités d’exportation pour Haïti mais aussi protéger cette agriculture familiale qui est essentielle pour le pays. Haïti est le dernier paradis des Caraïbes encore inexploité pour le tourisme, avec 1 700  kilomètres de côtes vierges ; nous devons favoriser un tourisme culturel et éviter de paver la route à un nouvel eldorado du tourisme de masse. Les leçons que nous donnons sont inefficaces depuis trop longtemps. La reconstruction et l’accompagnement d’une société si riche sont une des dernières grandes aventures humaines. Il y a 200 ans, Haïti a illuminé l’histoire de l’humanité et celle des droits humains. Il faut maintenant laisser une chance aux Haïtiens de confirmer leur vision.

Une semaine consacrée à Haïti sur Arte

Près d'un an après le tremblement de terre qui a dévasté l'Haïtï, Arte revient sur cette catastrophe naturelle en consacrant une semaine de programmation spéciale à ce triste anniversaire.

Le 12 janvier 2010 le tremblement de terre d'Haïtï faisait la Une des journaux. Aujourd'hui, près d'un an après, comment le pays évolue-t-il et ou en est-il dans sa reconstruction ? C'est la question que s'est posée Arte. 


Du samedi 8 au samedi 15 janvier, documentaires et débats se pencheront sur l'état actuel de ce pays.
Le 8, les téléspectateurs feront d'abord une petite rétrospective dans l'histoire de l'Haïtï, dès 20h40. Toussaint Louverture, le libérateur d'Haïtï est un documentaire qui retracera le seul succès d'une révolte d'esclaves dans l'histoire.
Le 11 janvier, Arte diffusera Sauvez Haïtï, un documentaire Patrick Forbes qui a suivi le projet de reconstruction d'un centre commercial et d'appartements à Port-au-Prince. A travers cette diffusion, les téléspectateurs découvriront l'avancée du projet mais aussi la criminalité, la violence, la pauvreté et l'instabilité politique qui règnent dans ce pays depuis le tremblement de terre. Ces thèmes feront ensuite l'objet d'un débat dès 22h40.
Enfin, le 15 janvier, le magazine culturel de la chaîne baptisé Metropolis se rendra en Haïtï pour recueillir les confidences d'écrivains et de photographes, témoins de l'état du pays.

Arte offre ainsi à ses téléspectateurs une rétrospective sur une année durant laquelle la reconstruction peine malgré l'aide internationale.

mardi 21 décembre 2010

La reconstruction au point mort

Cela saute aux yeux dès les premiers faubourgs, après avoir quitté l'aéroport international Toussaint-Louverture. Rien n'a changé. Rien de visible, en tout cas. Les maisons effondrées restent des tas de ruines. Par endroits, une parcelle nette. Mais elles sont rares !

En remontant par Delmas, l'un des deux grands axes de Port-au-Prince, on croise les premiers camps. Les sans-abri s'y sont installés dès le soir du tremblement de terre. Ils y sont encore. L'organisation internationale pour l'immigration (OIM) a recensé 1 376 de ces campements de toile. Leur nombre n'a pas bougé. Ils sont juste un peu moins peuplés. De 1,5 million, la population des déplacés est passée à environ 900 000. Par endroits, une tente sur la terrasse d'une maison en chantier. Un privilégié qui, au moins, dispose d'un espace à lui. Mais devant, dans la rue, des tas d'ordures. Des cochons qui fouillent dedans et, à côté, des gosses qui jouent, qui rient.

« Rien n'a changé »


Partout dans la capitale, des habitations qui menacent ruine, châteaux de cartes branlants qui font peur. Pas une tractopelle, aucun de ces gros engins de chantier pourtant si efficaces. Ce n'est qu'au bout de dix jours, en repartant vers l'aéroport, que je croiserai le premier Caterpillar jaune qu'un camion achemine vers un chantier. Où est-elle, l'aide promise ? Où sont-ils passés les milliards de dollars que la communauté internationale avait juré d'apporter au pays mutilé ? Place du Champ de Mars, dans le centre de la capitale, les ministères continuent de ressembler à des immeubles bombardés. 


Le palais présidentiel, fierté des Haïtiens, est toujours à terre. « Rien n'a changé », dit Jonas, le chauffeur du vieux 4x4 coréen qui nous transporte en sautant sur la chaussée défoncée. Les rues de Port-au-Prince sont toujours aussi crasseuses, offrant un contraste saisissant avec la propreté de la population, polos toujours nets, pantalons impeccables. On trouve sur les trottoirs les mêmes petits marchands - les ti komes (petits commerces) - qui vendent aussi bien des chaussures, que des bananes, des poulets vivants, des comprimés d'aspirine à l'unité ou des pneus rechapés. Jonas a raison, rien n'a changé.

La survie s'est organisée

Dans Pétion-Ville, un immeuble neuf, tout de même. Un market, comme on appelle ici les supermarchés. Il appartient à des Libanais et avait été mis en chantier avant le séisme. Aucun rapport, donc, avec la solidarité internationale. De même, le marché Hyppolite, superbement rénové dans le style Eiffel, près du Champ de Mars. C'est un privé, l'opérateur téléphonique Digicel, qui a payé la note, 8 millions de dollars. Dans les camps, la survie s'est organisée. Les draps tendus entre des piquets ont été remplacés par des tentes. Au fil des mois, la toile s'use, quelquefois part en lambeaux. De grandes bâches distribuées par les ONG améliorent l'étanchéité. À l'intérieur, les vêtements, les ustensiles de cuisine, quelques rares provisions éparpillées car, évidemment, il n'y a aucun meuble. À même le sol, un grand matelas sur lequel on dort à cinq ou six, dans quelques mètres carrés. Joseph, 38 ans, nous montre son logis, au camp de la place Boyer. Comme beaucoup, il a construit des bas de murs en mortier pour éviter que l'eau entre quand il pleut. Il a aussi installé un cadre de porte et posé de la tôle ondulée rouillée sur le toit. La tente devient cabane. « Les camps sont en pleine bidonvilisation. C'est un des gros problèmes », confirme Lucile Grosjean, d'Action contre la faim.

« On ne reçoit plus rien du tout »

Dans la ville, on croise sans arrêt des véhicules aux sigles des organisations internationales. Haïti, surnommée « république des ONG », en compterait plus de 10 000. Mais la majeure partie des camps ne reçoit quasiment pas d'aide de leur part, surtout depuis que le gouvernement a interdit les dons de nourriture pour ne pas ruiner le petit commerce des rues - et les grandes familles qui tiennent l'importation, glisse un volontaire d'une ONG. « On ne reçoit plus rien du tout », confirme Onise, 20 ans, qui habite dans une tente de la place Saint-Pierre, à l'un des pires emplacements, près des toilettes. Il s'en dégage une odeur effroyable, car elles ne sont vidées que tous les quinze jours. La jeune fille est à bout. Sa cousine a failli être violée, la semaine dernière, dans une tente voisine. Désormais, elle dorment ensemble. « On a peur toutes les nuits », disent-elle. Des milices sont organisées dans les camps. Mais l'insécurité règne. Benita, quatre enfants, montre le petit abri de toile où elle rangeait le lait et le chocolat qui lui servait à un ti biznes de boisson, dans la rue. « On m'a tout volé. Je ne peux plus gagner d'argent », se lamente-t-elle. Comment font-ils pour tenir, ces gens sur lesquel le sort s'acharne ? Comment peut-on résister au tremblement de terre, aux cyclones, aux émeutes politiques, à l'épidémie de choléra qui a déjà fait 2 500 morts et plus de 115 000 malades ? « On est Haïtiens, on est durs au mal, on s'habitue », dit Evelyne, ancienne croupière de casino, désormais au chômage.
Ouest-France - Marc Mahuzier

lundi 20 décembre 2010

Le résultat des élections reste contesté

Le Conseil électoral haïtien a annoncé dimanche soir qu’il avait décidé de surseoir à la publication prévue pour le 20 décembre des résultats définitifs du premier tour des élections présidentielle et législatives.

La publication des résultats préliminaires avait provoqué des manifesfations violentes en Haïti soldées par la mort de plusieurs personnes et la destruction de plusieurs bureaux publics. " En attendant la fin de la phase contentieuse du processus électoral, l’arrivée et l’accomplissement des travaux d’une mission d’experts de l’OEA sollicitée par le président René Préval, le CEP a décidé de surseoir à la publication des résultats définitifs du premeir tour ", lit-on dans un communiqué du Conseil. Le chef de l’état haïtien avait demandé à l’Organisation des Etats américains (OEA) de dépêcher une mission en Haïti afin d’assister les autorités électorales dans la vérification des procès verbaux et la phase de contentieux électoral. 


En retour, l’organisation avait demandé un report de la date de publication des résultats contestés par la majorité des candidats dont le chanteur populaire Michel Martelly arrivé en troisième position et non qualifié pour un second tour. Les résultats préliminaires avaient placé en première position la candidate Mirlande Manigat avec 31 % des suffrages devant le candidat du pouvoir Jude Célestin, 22 %. Un groupe de 12 candidats à la présidence continue d’exiger l’annulation des élections accusant le pouvoir d’avoir organiser des fraudes en faveur du protégé du président René Préval.

dimanche 19 décembre 2010

SOS Haïti enfants adoptés salue la décision française d'affréter deux avions

Les familles qui réclament depuis près d'un an de faire venir d'Haïti plus de 300 enfants adoptés vont pouvoir passer Noël avec eux : deux avions ont été affrétés pour les transférer la semaine prochaine, a annoncé samedi la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie.

" Pour permettre aux familles françaises d'aller chercher en Haïti les enfants en cours d'adoption, et compte tenu de l'incertitude pesant sur les vols commerciaux, deux avions ont été spécialement affrétés. Ils quitteront Paris pour Port-au-Prince les 21 et 23 décembre ", a-t-elle déclaré dans un communiqué. Au total, 318 enfants, dépourvus de passeport mais bénéficiant d'un laisser-passer consulaire exceptionnel, devraient être concernés. Ce laisser-passer a été rendu possible par un échange de lettres gouvernementales entre la France et Haïti. " Les enfants seront acheminés par notre ambassade, avec le soutien des autorités haïtiennes et de la Mission des Nations unies en Haïti (Minustah), dans des conditions sécurisées jusqu'à un point de regroupement où les attendront les familles ". Tous rejoindront ensuite l'aéroport de Port-au-Prince, a précisé Mme Alliot-Marie.


 " Durant le retour vers la France, les enfants et leurs familles d'accueil seront accompagnés de membres du Centre de Crise du ministère des Affaires étrangères, du Service de l'Adoption Internationale (SAI) et d'un encadrement médico-psychologique adapté à la situation et à l'âge des enfants. A l'arrivée à Paris, familles et enfants seront accueillis par un dispositif de personnels médicaux et de représentants des différentes administrations qui faciliteront les premières formalités des familles adoptantes sur le territoire national ", a-t-elle ajouté. Jeudi, le collectif SOS Haïti enfants adoptés avait demandé à la France d'affréter des avions en urgence, en faisant valoir que l'épidémie de choléra continuait de progresser en Haïti où une crise politique s'est ajoutée à la reconstruction du pays meurtri par le séisme du 12 janvier (plus de 250 000 morts). " C'est une extrêmement bonne nouvelle, c'est ce que le collectif demandait depuis onze mois " a réagi Emmanuelle Guerry, présidente du collectif. " On aurait pu épargner à des familles onze mois d'attente, on n'oubliera rien, il y a six enfants qui sont morts ", a-t-elle toutefois ajouté. Depuis son apparition à la mi-octobre, l'épidémie de choléra a fait plus de 2 000 morts en Haïti. Les résultats contestés de la présidentielle du 28 novembre ont provoqué ensuite des manifestations violentes.

L'opération d'affrètement a été décidée à l'issue de plusieurs réunions interministérielles. Son coût n'a pas été précisé. " Elle illustre de façon concrète notre volonté d'assurer un accompagnement adapté, humain et efficace, des démarches d'adoption en direction des enfants d'Haïti ", a fait valoir Mme Alliot-Marie. Le collectif SOS Haïti enfants adoptés s'en est pris à plusieurs reprises à la politique de l'ex-chef de la diplomatie Bernard Kouchner, accusé d'avoir laissé les familles dans " le plus grand désarroi ". Ce dernier avait mis en garde contre les trafics d'enfants et justifié son approche prudente par la nécessité d'un statut juridique clair pour les enfants visés par une adoption. Au total, un millier d'enfants étaient en cours d'adoption avant le séisme et quelque 700 ont depuis rejoint leur famille. Les 318 mentionnés par le communiqué de la ministre bénéficiaient d'un jugement haïtien sur leur adoption mais il leur manquait un passeport pour venir en France. " L'ambassade de France (en Haïti) poursuit son travail pour finaliser les démarches concernant les autres enfants en voie d'adoption, dans les meilleurs délais ", a précisé Michèle Alliot-Marie.

samedi 18 décembre 2010

Un panel scientifique pour déterminer l'origine du choléra

Devant la diversité des théories, le secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon, a annoncé la mise en place d'un panel scientifique international pour déterminer l'origine du choléra, le vendredi 17 décembre.

Un épidémiologiste français de renom, Renaud Piarroux, a affirmé que le camp népalais, à Mirebalais, dans le centre d'Haïti, était la source du choléra. D'autres experts ont indiqué que la souche provenait d'Asie du Sud. Le chef des forces de maintien de la paix de l'ONU, Alain LeRoy, a rappelé mercredi que d'autres experts attribuaient l'épidémie aux conditions climatiques ou estimaient qu'elle avait été dormante depuis des années.

Le panel comprendra des épidémiologistes et des microbiologistes, leur nom sera rendu public " dès que possible ", selon M. Ban Ki-moon.

La situation sécuritaire aggrave le choléra

En plus de l'épidémie de choléra qui a fait plus de 2 400 morts, selon un dernier bilan, Haïti doit faire face à une situation sécuritaire de plus en plus instable. Après l'annonce des résultats du premier tour, le 28 novembre, de violentes manifestations ont éclaté. Le scrutin est contesté par les partisans du chanteur Michel Martelly, non qualifié pour le second tour, qui a proposé d'organiser une nouvelle consultation à un seul tour en janvier. Grégory Bulit est référent assainissement de l'ONG Solidarités International ; dépêché en Haïti ces deux dernières semaines, il estime que " la situation sécuritaire aggrave le choléra parce que les ONG ne peuvent pas travailler ".

Comment a évolué l'épidémie de choléra en Haïti ces derniers jours ?

Il y a une dizaine de jours encore, le choléra avait plutôt tendance à stagner dans les sites défavorisés et les camps de réfugiés. On pouvait même espérer un recul de l'épidémie. Mais pendant quatre jours la semaine dernière, de mardi à vendredi, la plupart des ONG n'ont pas pu bouger. Cela correspondait à la période de violences dans la capitale et aux journées de barricades. Les ONG devaient rester confinées, y compris les camions privés qui délivrent l'eau potable.



A priori le choléra a une période d'incubation de un à cinq jours. Or, il y a eu un pic mercredi, accentué jeudi, c'est-à-dire qu'on est passé de cinq ou dix cas par jours à vingt ou quarante cas, selon les quartiers. Et cela correspond exactement au temps d'incubation du choléra et à la période où nous étions bloqués. La situation sécuritaire aggrave le choléra parce que les ONG ne peuvent pas travailler.

Qu'est-ce qui rendait impossible votre travail ?

D'abord, l'incertitude. On ne savait pas qui se battait : étaient-ce des gangs ? Des civils ? On ne le savait pas. En plus, certaines ONG ont tenté de sortir et ont été assaillies par des rafales de cailloux. Ça n'était pas forcément ciblé, mais ces attaques s'en prenaient à tout ce qui pouvait être étranger, institutionnel. Or, au quotidien, il faut que l'eau soit traitée, il faut sensibiliser les sites et les quartiers en collaboration ave les ONG médicales, alimenter les centres de traitement du choléra en eau et en latrines, installer des systèmes de réserves et de vidanges.
Actuellement, il y a un amalgame entre la Minutsah [les casques bleus envoyés en Haïti et accusés d'y avoir introduit le choléra] et les ONG. La population pense que les Blancs ont apporté le choléra. Il y a comme un malaise vis-à-vis de l'étranger. On éprouve donc des difficultés à sensibiliser la population est à faire accepter le fait qu'un centre de traitement du choléra ne va pas importer la maladie mais aider à la prévenir.

Un second tour de l'élection présidentielle doit avoir lieu le 16 janvier : quelle tâche incombe au président élu concernant la lutte contre le choléra ?

Il y a deux scénarios. Si les troubles se poursuivent, le président élu doit plaider auprès de la population afin de permettre aux ONG de travailler.
Si tout se passe bien et s'il y a rétablissement de la paix sociale, il faut donner des moyens au ministère de la santé publique, c'est-à-dire multiplier les agents de promotion sanitaire ou les personnes détachées qui sillonnent les zones rurales. Il y a des plans qui existent, mais ils ne sont pas mis en place.


Selon l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), branche de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il pourrait y avoir jusqu'à 400 000 cas de choléra au cours des douze prochains mois : peut-on endiguer cette propagation ?

Le choléra peut être endigué si on laisse les personnes faire leur travail. On observait d'ailleurs une stagnation à Port-au-Prince, malgré la promiscuité, car il y a beaucoup d'ONG. Une fois que le malade est pris en charge et qu'une prévention est mise en place, il y a une forte chance d'enrayer la progression de la maladie. Mais il faudra continuer ce travail de prévention au moins sur toute l'année 2011, car on ne connaît pas la capacité de cette souche nouvelle d'origine asiatique à s'installer.
Cela dit, ce n'est pas le nombre de cas qu'il faut regarder mais la transmission de la maladie. Quand une personne sort d'un centre, il faut l'accompagner dans le quartier d'origine et concentrer les efforts sur cette zone.
En ce qui concerne les autres régions d'Haïti, les ONG n'y ont pas forcément accès, contrairement au choléra. Un habitant peut rendre visite à sa famille et apporter le choléra dans son village. Les ONG, elles, ne peuvent pas couvrir tout le territoire et les zones montagneuses. Et cela demande l'appui des acteurs étatiques.
Le Monde - Propos recueillis par Flora Genoux

vendredi 17 décembre 2010

Le choléra s'étend au sud et dans les zones rurales du nord

Deux mois après le début de l'épidémie de choléra en Haïti, l'activité de MSF ne faiblit pas. Près de 2 000 patients se présentent chaque jour dans les structures de traitement du choléra gérées ou soutenues par MSF. Si le nombre de cas se stabilise dans l'Artibonite, première région touchée par la maladie, et à Port-au-Prince, l'épidémie continue pourtant de s'étendre dans le nord et atteint de nouvelles régions plus au sud.
Deux mois après le début de l'épidémie de choléra en Haïti, l'activité de MSF ne faiblit pas. Près de 2 000 patients se présentent chaque jour dans les structures de traitement du choléra gérées ou soutenues par MSF. Si le nombre de cas se stabilise dans l'Artibonite, première région touchée par la maladie, et à Port-au-Prince, l'épidémie continue pourtant de s'étendre dans le nord et atteint de nouvelles régions plus au sud.

Depuis le 22 octobre 2010, MSF a :
- soigné 62 000 personnes présentant des symptômes du choléra en Haïti, soit 10 000 de plus que la semaine passée
- installé 47 structures de traitement du cholera à travers le pays, soit 7 de plus que la semaine passée
- importé 770 tonnes de matériel médical et logistique
- mobilisé 4 000 personnels haïtiens et 315 personnels expatriés

L'épidémie continue sa progression dans les villes et les zones rurales du nord. La semaine passée, MSF a pris en charge plus de 5 000 patients dans les départements du Nord et du Nord-Ouest. Le défi est avant tout logistique, car les régions touchées sont extrêmement difficiles d'accès. Les équipes MSF mettent en place de multiples points de réhydratation et de nouvelles structures de traitement du choléra ont été mises en place à Pignon, St Raphaël, Ranquitte et Gaspard.
Les équipes constatent une nette progression de l'épidémie dans le sud : 439 patients ont été pris en charge par MSF dans le département du sud la semaine passée. A Jacmel, l'unité de traitement du choléra de MSF, d'une capacité de 50 lits, reçoit aujourd'hui une centaine de patients par jour. 


« Nous avons dû placer jusqu'à quatre patients par lit, essayé de sauver un maximum de patients avant que les renforts n'arrivent. Aujourd'hui, nous avons ouvert un nouveau centre de traitement d'une capacité de 100 lits, nous permettant de gérer la situation » explique le Dr Loreto Barcelo, coordinatrice de MSF à Jacmel.

Le nombre de patients admis dans les structures MSF à Port-au-Prince et dans la région centrale de l'Artibonite se stabilise. Depuis le début de l'épidémie, MSF a soigné plus de 15 000 personnes présentant les symptômes du cholera dans la capitale et 23 000 dans le département de l'Artibonite, foyer de l'épidémie.

Les organisations locales et internationales doivent intensifier la distribution d'eau chlorée dans les zones touchées par l'épidémie. « La priorité c'est de traiter les patients, de permettre l'accès a de l'eau chlorée et d'améliorer les mesures d'hygiène pour éviter que d'autres personnes ne tombent malades » , affirme Kate Alberti, épidémiologiste MSF.
En photo : Dans un centre du traitement du choléra à Port-au-Prince, le 23 novembre 2010. © Ricardo Garcia Vilanova

Violences post-électorales : les chiffres MSF

Lors des violences qui ont frappé Port-au-Prince et plusieurs villes du pays entre le 7 et le 12 décembre, MSF a pris en charge 96 blessés, dont 38 présentant des plaies par balle. Quatre personnes sont décédées des suites de leurs blessures. MSF dispose de matériel chirurgical et d'équipes médicales au sein de six structures à Port-au-Prince et deux en région. Les équipes restent prêtes à soigner d'éventuels blessés. Malgré l'insécurité, les équipes MSF sont parvenues à assurer la continuité des activités médicales, y compris la réponse à l'épidémie de choléra et la prise en charge des personnes blessées dans les violences.

jeudi 16 décembre 2010

Paris évoque un second tour à 3

Michèle Alliot-Marie, lors d'une audition devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale à Paris, a évoqué afin de trouver une issue à la crise politique qui sévit en Haïti, la possibilité que le deuxième tour de l'élection présidentielle soit ouvert à trois candidats (Mirlande Manigat, Jude Célestin et Michel Martelly) et non deux comme initialement prévu « Il semblerait que juridiquement il serait possible d'avoir un élargissement du nombre des candidats » (1) lors du deuxième tour. Une position déjà émise dans les milieux diplomatiques.

Elle a revanche écarté catégoriquement la proposition faite par le candidat Michel Martelly d'organiser une nouvelle élection unique en janvier avec les 18 candidats « Il est essentiel que l'on arrive à tenir l'élection du 16 janvier dans des conditions incontestables » a souligné la ministre. Bernard Valero, porte-parole de la ministre avait déclaré plus tôt que « les priorités actuelles étaient la vérification des procès-verbaux électoraux, et, pour les candidats, l'usage de leur droit de recours auprès du bureau du contentieux du Conseil électoral provisoire, conformément à la Constitution haïtienne ».

Les résultats définitifs (et/ou solution pour dénouer la crise) devrait être annoncés le 20 décembre.

(1) L’article 40.1 de la loi électorale prévoit en effet la possibilité d’un second tour avec plus de 2 candidats. L’article stipule « s’il y a égalité de voix entre plusieurs candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages au premier tour, ils participent tous au second tour ». Cette notion d’égalité semble être interprétable comme « des résultats très proches entre deux ou plusieurs candidats » puisque, contrairement à l’article 42, il n’est pas fait mention « d’égalité parfaite », donc le CEP peut probablement utiliser cette option de compromis.

Article 40.1
Si cette majorité n’est pas obtenue au premier tour du scrutin, il est procédé à un second tour dans les délais fixés par le Conseil Electoral Permanent. Les deux (2) candidats qui recueillent au premier tour le plus grand nombre de voix peuvent se présenter au second tour. Néanmoins, s’il y a égalité de voix entre plusieurs candidats ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages au premier tour, ils participent tous au second tour.

Article 42
Au second tour, en cas d’égalité parfaite entre les candidats, l’élu est celui qui avait le plus grand nombre de suffrages au premier tour.

mercredi 15 décembre 2010

Bill Clinton pour un nouveau dépouillement " objectif "

L'ancien président des Etats-Unis Bill Clinton a lancé ce mercredi un appel pour un nouveau dépouillement " objectif " des bulletins de l'élection présidentielle du 28 novembre dernier contestée en Haïti, à ses yeux vital pour le redressement du pays.

" Ils sont tombés d'accord, je pense, pour que la commission (électorale) revoit les votes avec des observateurs objectifs et informés ", a déclaré Bill Clinton après avoir co-présidé une réunion en République dominicaine avec le Premier ministre haïtien portant sur la reconstruction du pays. " Je pense que cette procédure devrait offrir au peuple haïtien le meilleur moyen d'accepter le résultat ", a-t-il dit à la presse. " Nous avons besoin d'une vue objective de ce dépouillement ", a-t-il ajouté. La réunion sur la reconstruction avait été déplacée en République dominicaine en raison des violences post-électorales en Haïti, avait annoncé la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti.

mardi 14 décembre 2010

L'aide américaine à la reconstruction ne profite pas aux entreprises locales

Les Etats-Unis ont promis des centaines de millions de dollars pour reconstruire Haïti après le terrible séisme du 12 janvier, mais les entreprises haïtiennes n'en voient pas la couleur : la plupart des contrats sont attribués à des sociétés américaines.

Sur 100 dollars (75 euros) dépensés actuellement pour la reconstruction, les entreprises haïtiennes n'en perçoivent que 1,60 (1,20 €), a calculé l'Associated Press en examinant les contrats attribués par les autorités américaines depuis le séisme. Ce ratio s'explique par plusieurs facteurs. L'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), qui a l'habitude de travailler avec certaines entreprises américaines, a attribué des contrats sans appel d'offre pour gagner du temps. Il y a également la crainte de la corruption, répandue en Haïti. De leur côté, les Haïtiens sont peu familiers des pratiques de l'administration américaine. L'attribution à des entreprises locales de contrats financés par l'aide internationale est pourtant essentielle, souligne Clare Lockhart, directrice de l'ONG américaine Institut pour l'efficacité de l'Etat. " Il faut passer des contrats avec les entreprises pour que leurs gérants et propriétaires puissent participer au système juridique et à l'Etat de droit et à terme au succès du système politique et de l'économie ", dit-elle. " Si on ne peut pas remporter de contrats nous-mêmes, nous devenons totalement dépendants de l'aide étrangère et des ONG et il n'y a pas beaucoup d'espoir dans cette situation ", souligne de son côté Patrick Brun, propriétaire de Chabuma, entreprise haïtienne de matériaux de construction. M. Brun vend des fournitures à des sociétés internationales mais souhaite jouer un rôle plus important dans la reconstruction de son pays. C'est pourquoi, il a postulé - jusqu'ici sans succès - à des contrats américains, explique-t-il. 


Sur 1 583 contrats passés par les Etats-Unis, d'un montant total de 267 millions de dollars (201 millions d'euros), seulement 20, d'une valeur combinée de 4,3 millions de dollars (3,2 millions d'euros), ont été attribués à des entreprises haïtiennes. Autre constat : plus de 70 % des fonds octroyés aux deux plus importants contractants américains ont servi à acheter du matériel et les deux firmes n'employaient en juin que 8 000 Haïtiens par jour au lieu des 25 000 prévus, selon l'inspecteur général d'USAID. USAID assure vouloir augmenter la part des contrats allant aux entreprises haïtiennes. L'attribution de contrats aux entreprises locales crée des emplois et favorise le développement du secteur privé, soulignent les économistes. Les répercussions vont au-delà de la reconstruction elle-même, explique Eric Werker, de l'Ecole de commerce de Harvard. " Certaines sont évidentes comme les salaires et les bénéfices qui restent dans l'économie locale, mais il est aussi possible d'augmenter la capacité des entreprises locales en leur donnant progressivement des contrats plus gros ", précise-t-il. De nombreux obstacles compliquent la signature de contrats avec les entreprises haïtiennes. Tout d'abord, 25 % des contrats ont été directement alloués à des entreprises américaines sans appel d'offre, parfois pour des questions d'urgence. En outre, certaines offres du gouvernement américain sont rédigées uniquement en anglais et non en créole, une barrière linguistique pour de nombreux Haïtiens. Lors d'une catastrophe, il peut aussi être plus facile de faire appel à une société réputée plutôt qu'à une entreprise locale inconnue. Passer contrat avec une entreprise locale est également plus difficile dans un pays rongé par la corruption comme Haïti. La communauté internationale a promis 9 milliards de dollars (6,7 milliards d'euros) pour la reconstruction du pays, mais moins de 10% de la somme ont été débloqués jusqu'ici. Principal donateur, les Etats-Unis ont dépensé 1,1 milliard de dollars (829 millions d'euros) dans l'aide humanitaire après le séisme et promis un montant équivalent pour la reconstruction.
Le Nouvel Obs

lundi 13 décembre 2010

Nouveau processus d'appel en Haïti

La commission électorale haïtienne invite les trois principaux candidats d'en appeler du résultat controversé du scrutin présidentiel afin de tenter de calmer les tensions qui règnent dans le pays depuis plus d'une semaine, ont indiqué dimanche des responsables internationaux.

Le nouveau processus d'appel est en vigueur jusqu'à mercredi. Jusqu'à cette datte, les candidats peuvent contester les résultats de la commission électorale. L'élimination du candidat Michel Martelly, qui est arrivé en troisième place après le premier tour, derrière le dauphin du gouvernement en place Jude Célestin, a plongé la capitale Port-au-Prince dans la violence la semaine dernière. L'annonce a été faite tard dimanche par des représentants des États-Unis, de la France, du Canada, du Brésil, de l'Allemagne, de l'Espagne, des Nations Unies, de l'Union européenne ainsi que de l'Organisation des États américains. L'élection du 28 novembre a été fortement critiquée. Des milliers de personnes n'ont pas été en mesure de voter. Les observateurs internationaux ont également rapporté des actes de violence ainsi que d'intimidation.

dimanche 12 décembre 2010

Le Canada propose d'aider au recomptage des votes

Le Canada a offert de prendre part à un recomptage des votes du premier tour de la présidentielle haïtienne qui serait mené par un comité international mixte, a indiqué ce dimanche le chef de la diplomatie canadienne Lawrence Cannon.

" Il y a l'opportunité de mettre en place un comité international mixte pour superviser le recomptage des votes ", a expliqué Lawrence Cannon, interrogé sur la chaîne de télévision canadienne CTV. " Le Canada a offert sa coopération et nous attendons des informations supplémentaires ", a-t-il poursuivi. Selon des résultats préliminaires publiés mardi soir en Haïti, le deuxième tour opposera l'ex-Première Dame Mirlande Manigat et le candidat du pouvoir Jude Célestin, mais ces résultats ont provoqué des manifestations violentes qui ont fait plusieurs morts dans le pays. Jeudi, le Conseil électoral provisoire haïtien (CEP) a annoncé un recomptage des voix, mais Mirlande Manigat et Michel Martelly, arrivé troisième, ont dit ne pas vouloir y participer, accentuant la crise politique. 


Le processus de vérification serait assuré par une commission mixte composée du CEP, des candidats à la présidence concernés, d'observateurs nationaux et internationaux ainsi que des partenaires de la communauté internationale. Le ministre des Affaires étrangères canadien a aussi indiqué avoir discuté vendredi avec le président René Préval et son Premier ministre Jean-Max Bellerive des préoccupations canadiennes sur des " irrégularités " qui ont eu lieu durant le scrutin, et M. Cannon les a " encouragés à prendre les dispositions nécessaires pour y remédier ".

" Et j'ai eu l'assurance que cela sera fait ", a précisé le ministre.

Selon Lawrence Cannon, il ne sera pas demandé au Canada d'envoyer de nouvelles troupes pour prendre part à la force de stabilisation de l'ONU. " Nous contribuons à cet effort avec plus de 100 personnes et nous sommes actifs dans ce pays. Nous continuons ce que nous devons faire en terme de capacité de reconstruction avec les institutions (...) mais je doute qu'il y aura d'autres demandes ", a indiqué le ministre Cannon, précisant au journaliste de CTV, " au moment où nous nous parlons, le calme a été restauré dans les rues "Concernant la reconstruction du pays, le chef de la diplomatie canadienne a reconnu que " c'était lent, extrêmement lent " pointant du doigt " les problèmes de propriété foncière ". Mercredi, le Canada a appelé les différents acteurs impliqués dans les élections à " remédier aux irrégularités ". Jeudi, l'ambassade canadienne à Port-au-Prince a été fermée " jusqu'à nouvel ordre " en réaction aux manifestations violentes qui ont agité la capitale.

samedi 11 décembre 2010

Les origines du choléra

La France a envoyé en Haïti " l'un de ses meilleurs spécialistes du choléra en la personne du docteur Piarroux " mais n'a pas de commentaire à faire sur son rapport, tendant à prouver que la maladie a été importée dans l'île par des soldats népalais de l'ONU. Ce rapport a été remis aux autorités haïtiennes et aux responsables de l'ONU le vendredi 10 décembre.

L'épidémie a déjà fait 2 120 morts. " Le docteur Piarroux a fait un rapport sous sa responsabilité personnelle et il n'appartient pas à la ministre de le commenter, précise le cabinet de Michèle Alliot-Marie. L'ONU a ouvert une enquête dont il faut maintenant attendre les résultats. " L'ambassadeur de France en Haïti, Didier Le Bret, avait usé de la même prudence, voire de précautions redoublées, en rendant compte au Quai d'Orsay de l'enquête épidémiologique réalisée en Haïti par le professeur Renaud Piarroux, chef du service de mycologie et de parasitologie de l'hôpital de La Timone, à Marseille. 


Dans un télégramme diplomatique envoyé le 13 novembre, veille du remaniement ministériel qui a vu Mme Alliot-Marie succéder à Bernard Kouchner, l'ambassadeur préconisait de s'en tenir à une " version officielle ". Ce document la définit ainsi : " La souche est asiatique, mais rien ne permet de penser qu'elle ait été introduite par des éléments du bataillon népalais ".

Les conclusions auxquelles parvient un groupe de médecins américains et haïtiens, dont les travaux sont publiés jeudi 9 décembre par le New England Journal of Medecine sont comparables : il existe une relation étroite entre le vibrion du choléra qui sévit en Haïti et celui qui a été isolé au Bangladesh en 2002 et 2008 (El Tor O1). Les auteurs concluent que l'épidémie haïtienne a probablement été importée par l'homme, à partir d'une source distante, mais se gardent de parler des soldats de la Minustah. L'Organisation mondiale de la santé (OMS), également destinataire du rapport, " prend très au sérieux les recommandations " formulées par le Dr Piarroux, " un expert renommé ", a indiqué Christine Feig, directrice de la communication de l'OMS. Les conclusions médicales du rapport se sont révélées très utiles sur le terrain pour sauver des vies et prévenir de nouvelles infections, précise-t-elle. L'OMS pense cependant que des conclusions définitives ne peuvent être tirées de cette étude et qu'une enquête épidémiologique plus poussée est nécessaire.

Les raisons de cette prudence généralisée, tout en reconnaissant les compétences de Renaud Piarroux, sont multiples. L'ONU a souhaité protéger ses soldats au plus fort de la polémique sur l'origine du choléra, alors que des affrontements avaient fait deux morts à Cap Haïtien le 15 novembre. Ceux-ci ne sont en rien responsables de cette affaire mais doivent en affronter les conséquences auprès de la population. De son côté, le gouvernement haïtien a préféré étouffer l'affaire pour ne pas gêner la Minustah dans une période électorale délicate pour le pouvoir. Cette situation s'est encore compliquée depuis le scrutin présidentiel et parlementaire du 28 novembre, occasion de nombreuses fraudes électorales. Enfin, le docteur Piarroux lui-même s'appuie sur un faisceau de faits concordants pour déterminer l'origine de l'épidémie. Mais il ne possède pas de preuve matérielle permettant une mise en accusation formelle de la Minustah – ce n'était pas l'objet d'une enquête médicale. L'épidémiologue français souligne qu'une enquête judiciaire devrait établir la vérité. Elle lui semble nécessaire pour que les futures missions humanitaires ou du maintien de la paix puissent se dérouler dans de bonnes conditions sanitaires et politiques. Sur place, les Haïtiens demandent cette vérité. En attendant, ils auront ce week-end la visite très compassionnelle de l'égérie des ultra-conservateurs américains, Sarah Palin, qui accompagne une organisation chrétienne, Samaritan's Purse.
Béatrice Gurrey - Le Monde