contact@timounhaiti.org

Certaines images ont pu vous choquer, mais c'était malheureusement la triste réalité
Heureusement de nombreuses actions positives sont conduites sur place, notamment grâce à Timoun d'Haïti

mardi 30 novembre 2010

Le parti au pouvoir admet une possible défaite

Le parti au pouvoir en Haïti a reconnu, hier, qu'il pourrait avoir perdu les élections présidentielle et législatives. Deux des candidats sérieux à la succession du président René Préval, Mirlande Manigat et le chanteur Michel Martelly avaient indiqué, la veille, croire en leurs chances respectives de se retrouver au second tour, le 16 janvier. Dimanche, le premier tour a donné lieu à des incidents qui ont fait plusieurs morts, tandis qu'une majorité des 18 candidats à la présidentielle a exigé l'annulation du scrutin, se disant victimes de fraudes au profit de Jude Célestin, considéré comme très proche de René Préval. Le Conseil électoral a promis de publier les résultats des scrutins d'ici à dimanche et se préparait, entre-temps, à dresser un bilan des incidents, qui ont conduit à l'annulation du vote dans 56 des 1 500 centres de vote. L'Onu, qui se dit « préoccupée » par les incidents, a averti que des heurts pourraient entraver la lutte contre le choléra.


Le scrutin de dimanche a été émaillé d'actes de violence qui ont fait deux morts, tandis que des candidats ont souligné des « irrégularités graves ». Les scrutin a toutefois été validé dimanche soir pour la plus grande partie du pays par le Conseil électoral haïtien, qui a décidé d'annuler l'élection dans seulement 3,5 % des bureaux de vote.

lundi 29 novembre 2010

Malgré la confusion les élections sont validées

Malgré une série d'incidents et de violences, qui ont fait deux morts, les élections présidentielle et législatives en Haïti ont été validées dimanche dans la majorité des bureaux de vote. Des bureaux de vote ont été saccagés et des milliers de Haïtiens ont défilé à Port-au-Prince pour protester contre les conditions dans lesquelles s'est déroulée la consultation, qui a eu lieu moins d'un an après le séisme qui a fait 250 000 morts et au moment où le pays se débat avec une épidémie de choléra. Les Haïtiens devaient élire leur président, les 99 députés de la Chambre et onze des trente membres du Sénat. Dix-huit candidats à la présidence, 120 au Sénat et 900 pour la Chambre des députés étaient en lice.

Fin du dépouillement des bulletins au lycée national de Pétionville, le 28 novembre 2010. Photo Allison Shelley

Au moins 12 des 18 candidats à l'élection présidentielle ont réclamé l'annulation du scrutin. Dans une déclaration commune, ces candidats, parmi lesquels des favoris tels Mirlande Manigat, le chanteur populaire Michel Martelly ainsi que Jacques-Edouard Alexis, ont dénoncé " un complot du gouvernement et du Conseil électoral provisoire (CEP) pour trafiquer les élections au profit du candidat du parti au pouvoir ", Jude Célestin. Ce dernier est accusé par ses détracteurs d'être une marionnette du président sortant, René Préval.


Manifestations de partisans de Michel Martelly, le 28 novembre 2010. Photo Logan Abass

L'ONU et la communauté internationale ont exprimé dimanche " leur vive préoccupation suite aux nombreux incidents ", et exhorté la population et les acteurs politiques " à rester calmes ". Les résultats du premier tour doivent être communiqués à partir du 5 décembre et un éventuel deuxième tour pourrait avoir lieu le 16 janvier. Les opérations de vote ont été annulées dans deux villes du nord du pays, suite à des violences qui ont fait au moins deux blessés, tandis que les 25 bureaux d'un centre de vote ont été saccagés à Port-au-Prince, dans le quartier de Tabarre.
Le Monde

dimanche 28 novembre 2010

Haïti vote sous tension ce dimanche

Pourquoi ces élections maintenant ?

Après le tremblement de terre, tout le monde disait « il faut faire un gouvernement provisoire... ». Mais pourquoi passer par un gouvernement provisoire quand on peut passer directement à un gouvernement légitime ? On a dû rappeler aux différents acteurs haïtiens l'article 134 de la Constitution haïtienne qui établit que les élections doivent s'organiser la dernière année du mandat présidentiel, le dernier dimanche du mois de novembre. Bien sûr, il y a eu accusation d'ingérence.

Craignez-vous des incidents et des intimidations ?

On a vu dans le passé comment on brûlait parfois des centres de vote, comment on créait des violences pour annuler le résultat... Mais les incidents au Cap-Haïtien et à Hinche sont le produit de manipulations, nous sommes victimes de beaucoup de frustration. 


Nous travaillons en appui de la Police Nationale. Nous avons identifié ensemble les centres de vote « rouges », « verts » et « jaunes » selon la tradition et le contexte politique de chaque région. Nous sommes prêts pour garantir la sécurité le jour des élections.

Beaucoup d'armes circulent ?

J'ai rencontré les candidats qui ont émis les accusations de distribution d'armes mais on n'a pas trouvé une seule preuve. Je ne pense pas qu'il y a eu de distribution d'armes nouvelles mais plutôt des armes qui ont changé de mains. Certains utilisent la nervosité de la population pour attirer l'attention.
En photo : Edmond Mulet, chef civil de la Mission des Nations Unies depuis janvier, se dit prêt à garantir la sécurité pendant les élections.

samedi 27 novembre 2010

Port-au-Prince, ville en morceaux au temps du choléra

À la veille de l'élection présidentielle, le chaos règne toujours dans la capitale haïtienne infestée par le choléra, un an après le séisme qui l'a dévastée.

Qui gouverne Haïti ? 

Le président René Préval ? Son palais, symbole du désastre du 12 janvier, est un château de cartes effondré. Agronome de formation dans un pays où l'agriculture est en déshérence, son mandat s'achève dans le marasme de l'après-séisme. Après lui, en février, son successeur devra à son tour composer avec les bailleurs internationaux qui financent à hauteur de 60 % le budget national.

Les Nations unies ? Elles n'en ont pas le mandat. Bill Clinton pilote la structure chargée de lancer les projets de reconstruction de Port-au-Prince, mais en codirection avec le premier ministre, Jean-Max Bellerive. Quant aux militaires de la Minustah, la force de stabilisation, ils sont perçus comme des occupants et envisagent de plier bagage à partir de l'année prochaine. « Minustah = Kolera », peut-on lire sur les murs. La population accuse le contingent népalais d'avoir importé l'épidémie en salissant une rivière.

Les Organisations non gouvernementales (ONG) ? Elles sont censées puiser dans la manne des 11 milliards de dollars promis par la communauté mondiale au lendemain du tremblement de terre (250 000 morts et toujours 1,3 million de déplacés). Mais les dons tardent à se concrétiser et le milieu humanitaire n'est pas homogène. « Ici, tout le monde gouverne un peu, mais personne n'installe l'eau potable dans les bidonvilles et les campagnes. Résultat : le choléra provoque des milliers de morts », résume Auguste Menza, un intellectuel haïtien. Cassée en mille morceaux, la ville est un capharnaüm. Les opérations de déblayage progressent très lentement. Les rues sont dégagées, pas leurs bordures. « On a calculé qu'une noria de mille camions tournant pendant mille jours sera nécessaire pour enlever quelque 25 millions de tonnes de gravats », précise un expert. Chacun se débrouille comme il peut. La cathédrale continue à être vidée par des gangs de ferrailleurs. Les immeubles en ruines sont dépecés pour en extraire de quoi gagner quelques gourdes, la monnaie locale. Pierre Charles vit parmi les déplacés rassemblés dans la vaste bourgade de toile du Champ de Mars, la grande place de Port-au-Prince. Comptable au chômage, il a quitté sa maison du centre-ville. Sérieusement ébranlé, le logis inhabitable est marqué d'une croix rouge - signe qu'il doit être rasé. Pierre Charles ne sait pas quand. « J'ignore si un dédommagement est prévu. Je suis comme beaucoup de monde. Je patiente sans avoir d'idée sur l'avenir », dit-il. Le jeune homme est issu de la petite bourgeoisie qui cohabite avec les plus pauvres sur le Champ de Mars. Des commerces de bric et de broc sont apparus entre les abris. Des gargotes servent des spaghettis. On trouve même des cafés Intenet. La précarité s'installe dans la durée. Dimanche, Pierre Charles ira malgré tout voter parce qu'il est « fatigué de ce pouvoir ».

Sean Penn, le philanthrope

Sur les hauteurs, dans le secteur de Pétionville, l'unique golf de neuf trous du pays accueille 55 000 déplacés. Son propriétaire s'est laissé envahir. Le camp est une ville dans la ville. Il est entouré de grillages et son accès routier est fermé par une barrière. C'est le domaine de Sean Penn. L'acteur américain, qui réside souvent avec son équipe dans une maison du voisinage, s'implique fortement sur le terrain. Son ONG, J/P HRO, fondée après le tremblement de terre, est couverte de louanges par les diplomates. Le pari n'était pas gagné d'avance. Sean Penn avait débarqué d'un avion-cargo six jours après le séisme, son pistolet Glock en évidence à la ceinture. 


Il semblait venu pour un show. L'aventure l'a transformé en manager philanthropique. Son personnel traverse en Jeep l'interminable campement de tentes aux allées creusées de tranchées pour évacuer les eaux les jours de fortes pluies. « On est dans une période intermédiaire. La tâche est colossale pour reloger les gens chez eux. On s'organise au mieux pour qu'il n'y ait pas dans le camp de misère abjecte », explique Félix Véronneau, le directeur des opérations de J/P HRO. Un bureau de vote a été installé sur place pour les élections, mais les candidats ne sont pas passés pour faire campagne. En attendant le vote, le dispensaire tourne à plein régime. Des malades du choléra viennent des environs pour se faire soigner. Dans les rues de Pétionville, où les luxueuses villas des riches sont encerclées par les masures des démunis, les passants ne se serrent plus la main par peur d'une éventuelle contagion. Ils se saluent en se frappant poing contre poing. Ils pourraient aussi les serrer de rage, s'ils n'étaient pas si usés.

Photo d'Eduardo Munoz : Les militaires de la Minustah, la force de stabilisation, sont perçus comme des occupants et envisagent de plier bagage à partir de l'année prochaine.
Le Figaro - Thierry Oberlé

vendredi 26 novembre 2010

Une odeur de fraude règne en Haïti

À la sortie du bureau de Nawoon Marcellus, candidat au Sénat pour le parti Inite du président sortant René Préval, des femmes jouent les groupies en scandant « Chico,Chico ! » Leur joie exubérante tranche avec les mines patibulaires de la vingtaine d'hommes qui ont assisté à notre rencontre avec un des politiciens les plus en vue au Cap-Haïtien, deuxième ville du pays. « Il va nous sauver, il va nous rendre riches », crie une des femmes, Yvenie, en frappant dans ses mains. Une de ses compagnes ouvre son sac à main, à l'intérieur duquel nous avons la surprise d'apercevoir une bonne cinquantaine de cartes d'identité indispensables pour aller voter le 28 novembre. « Nous sommes une association de femmes et tous ces gens sont avec nous ! » affirme fièrement la propriétaire du sac, qui ne semble pas consciente du fait que son butin n'est pas tout à fait régulier. Nawoon Marcellus, un bel homme au sourire à faire craquer le cœur des filles, nous a reçus dans une pièce de la maison familiale qui lui sert de bureau électoral, au centre de la ville. « C'est à l'État et non aux ONG qu'appartient la responsabilité de venir en aide au peuple, notre pays souffre d'une faible structure économique et sociale », a-t-il plaidé avec éloquence. Mais au-delà de ses beaux discours, cet ancien maire et député est aussi une sorte de roi du département du Nord. Il a ses influences partout. Comme le résume Yvenie, sur un ton admiratif : « Quand on est malade, il nous fait conduire à l'hôpital, quand quelqu'un meurt, il s'occupe des funérailles, et quand quelqu'un est en prison, il s'arrange pour le faire sortir ». Il faut dire que Nawoon Marcellus a un lourd passé. Selon le Réseau national de défense des droits humains, il s'est fait révoquer son visa américain à cause de soupçons de trafic de drogue. Le même organisme lui reproche d'avoir été mêlé à des actes de vandalisme contre une station de radio, il y a cinq ans. Un personnage haut en couleur, donc. Mais revenons à ce sac bourré de cartes d'identité. Au cours des derniers jours, nous avons demandé à une bonne dizaine de personnes comment on pouvait interpréter le fait que des partisans d'un candidat se baladent avec des tas de cartes d'identité entre les mains. Tous évoquent un scénario similaire, qui fonctionnerait grosso modo comme suit : certains candidats envoient des émissaires dans les quartiers populaires pour recueillir les cartes électorales, en échange de ce que l'on appelle ici des « avantages ». Un peu d'argent. De la nourriture. Des promesses d'aide. Les besoins des électeurs sont sans fond. Oui, mais pourquoi recueillir les cartes ? « Pour empêcher ces gens d'aller voter, ou pour faire voter quelqu'un à leur place », résume le journaliste Cyrus Sibert, du Cap-Haïtien.

Pluie de critiques

Le trafic de cartes ? « Oui, j'en ai entendu parler, il y a des rumeurs à ce sujet », reconnaît Jean François Alexis, responsable des communications à l'Office national d'identification (ONI), qui délivre les fameuses cartes, quand on lui parle de notre découverte. « Vous avez vraiment vu ça ? Ah bon... Pourtant la carte, c'est la responsabilité de chaque citoyen », dit-il, stupéfait. Jean François Alexis ne croit pas qu'il soit facile de faire voter quelqu'un avec une carte qui n'est pas la sienne. Après tout, les cartes d'identité comportent une photo. Et puis, les électeurs qui ont voté doivent tremper leur pouce dans de l'encre. Impossible de voter une deuxième fois. Encore faut-il que le personnel des bureaux électoraux soit vigilant. 


Or, au cours des derniers jours, la Commission électorale provisoire, qui supervise le processus électoral, a été la cible d'une tempête de critiques. Les reproches viennent de partout : le Sud, le Nord, le Plateau central. Dans plusieurs bureaux de scrutin, la Commission aurait modifié les listes de superviseurs, de manière à écarter les représentants des partis de l'opposition et à favoriser les gens proches du régime. Un exemple : à Miragoâne, au sud-est de Port-au-Prince, des allégations de manipulation des listes de superviseurs ont causé un début d'émeutes, lundi matin. Des hommes ont brûlé des pneus et érigé des barricades pour protester contre la composition du personnel dans quelques bureaux de vote. Les voix critiques ne viennent pas uniquement de l'extérieur. Dans un coup de théâtre survenu cette semaine, une des membres du Conseil électoral provisoire, Ginette Chérubin, a accusé sa propre organisation d'être à l'origine du traficotage de listes. Elle a eu la surprise de s'apercevoir que la liste définitive de superviseurs pour la région du sud-est du pays ne correspondait pas du tout à celle qu'elle avait déjà en sa possession. « Je suis choquée », a dit Ginette Chérubin dans une déclaration à la radio. Selon elle, la nouvelle liste émane de la Commission électorale elle-même, un organisme qui s'est souvent fait accuser de marcher main dans la main avec le pouvoir. « Nous favorisons les critères de performance, d'ancienneté et de proximité du bureau de vote », explique le porte-parole de la Commission électorale, Richardson Dumel, quand on lui demande de commenter les allégations de fraude. Selon lui, les superviseurs sont choisis parmi ceux qui ont exercé ce rôle lors d'élections précédentes. Quant à ceux qui ont été écartés, ils avaient des « rapports disciplinaires défavorables », assure-t-il. Ce qui ne l'empêche pas d'admettre qu'il y a « de faux bulletins et de faux procès verbaux en circulation ». Où ? Combien ? Il ne le sait pas. Le directeur du registre national, Philippe Augustin, est plus précis : il s'attend à ce qu'il y ait « de la fraude partout », selon une déclaration faite cette semaine. La fraude électorale est endémique en Haïti. « Chez nous, c'est surtout lors du décompte des votes que cela se passe », explique Frantz Duval, rédacteur en chef du principal quotidien de Port-au-Prince, Le Nouvelliste. D'où l'importance de contrôler le personnel électoral. Chaque jour apporte son lot de nouvelles troublantes. Mardi, la radio Kiskeya révélait l'existence de deux listes électorales. L'une émane de l'Office d'identification nationale, l'autre du Conseil électoral provisoire. La seconde compterait 71 039 électeurs de plus que la première. D'où vient cet écart ? Mystère.

Élection ou sélection ?

Tous ces incidents n'empêchent pas le chef de la mission de l'ONU en Haïti, Edmond Mulet, d'assurer que tout se passe très bien. « Le climat est apaisé, tranquille, serein et sans violence dans les circonstances haïtiennes », a-t-il assuré en conférence de presse hier. Pourtant, dans la rue, cet optimisme est inexistant. Et les soupçons de fraude font monter la tension, à la veille d'un vote où le régime du président René Préval se sent menacé. Ils alimentent aussi le scepticisme des électeurs, qui sont nombreux à résumer le processus électoral par un seul mot : magouille. « Notre pays est entre les mains de gens immoraux », dénonce Jean Pierre Frécher, organisateur communautaire dans le quartier Carrefour Feuilles, un des plus ravagés par le séisme du 12 janvier. « Beaucoup d'argent est gaspillé pour que Jude Célestin (le candidat appuyé par le régime) gagne les élections, et pendant ce temps, la population n'a rien », déplore-t-il. Mêmes commentaires à la « Faculté libre », une petite place aménagée sous un arbre d'acajou, en plein camp de déplacés du Champ-de-Mars, où des hommes ont l'habitude de se rassembler pour discuter. Le jour de notre passage, le scrutin de dimanche ne leur inspirait rien de bon : « Les élections, c'est une perte de temps, de la magouille »À la faculté des sciences humaines de l'Université d'État d'Haïti, les étudiants sont tout aussi désabusés. « La politique traditionnelle est totalement corrompue », dénonce l'un d'entre eux. Pour résumer les choses, Jean Pierre Frécher lance une phrase que l'on entend beaucoup ces jours-ci en Haïti : « Ce n'est pas une élection, mais une sélection ! »
Agnès Gruda - La Presse

jeudi 25 novembre 2010

D'après l'ONU, le nombre de cas de choléra à Haïti approche des 50 000

Des responsables des Nations unies ont tiré mercredi la sonnette d' alarme sur le choléra à Haïti, dont le nombre de cas approche les 50 000, mettant en garde que ce chiffre pourrait encore augmenter.

Alors que le nombre de morts s'élève ce mercredi à 1 200, ces responsables ont indiqué que la maladie pourrait déjà avoir en réalité pris près de 2 000 vies, car un certain nombre de décès dans des zones reculées ne sont pas signalés. Aucune information sur l'épidémie n'a été reçue des communautés rurales, a déclaré mardi Nigel Fisher, coordinateur humanitaire de l'ONU à Haïti, par vidéoconférence depuis la capitale de Port-au-Prince. Les épidémiologistes de l'Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) estiment que le nombre de cas pourrait avoir atteint les 70 000, a-t-il indiqué. Les épidémiologistes ont mis à jour leurs projections sur la maladie, et estiment désormais que le nombre de cas s'élèvera à 200 000 dans les trois prochains mois, a noté M. Fisher. Auparavant, ces experts pensaient qu'il faudrait six mois pour atteindre ce chiffre. 


" Malgré la mobilisation de ressources nationales et internationales considérables (..) il faut encore intensifier considérablement nos efforts ", a dit M. Fisher, également représentant spécial adjoint du secrétaire général pour Haïti. Il a également appelé à un déploiement à Haïti de personnel médical supplémentaire, en particulier depuis les pays voisins, pour lutter contre le choléra, qui devrait rester par ailleurs rester un problème pour la région pour au moins un an, selon les estimations. 

Les élections générales haïtiennes auront lieu dimanche malgré l'épidémie de choléra, a déclaré à la presse le représentant spécial du secrétaire général et directeur de la Mission de stabilisation de l'ONU à Haïti (MINUSTAH), également par vidéoconférence depuis la capitale haïtienne. " En dépit de cela, le processus électoral se poursuit de manière imperturbable. Le gouvernement et la grande majorité des candidats sont déterminés à ce que ces élections se déroulent le 28 novembre, conformément aux prévisions et à la Constitution ", a dit M. Mulet. Quelque 4,5 millions d'électeurs sont attendus aux urnes, selon les estimations, et 14 millions de bulletins de vote ont été imprimés et distribués. Tout le matériel pour les élections a été transporté dans les bureaux régionaux de la MINUSTAH, a indiqué M. Mulet. L'unité de police de la MINUSTAH a aidé l'unité de police à évaluer les risques de sécurité dans chaque zone électorale, les deux forces développant en commun un plan de sécurité complet, a-t- il dit. Les résultats provisoires devraient être annoncés le 7 décembre et les résultats définitifs le 20 décembre, a déclaré M. Mulet.

mercredi 24 novembre 2010

La campagne présidentielle menace de sombrer dans la violence

Un candidat visé par un attentat, deux hommes abattus lors d’affrontements entre militants : à cinq jours des élections présidentielle et législatives de dimanche en Haïti, la campagne électorale menaçait de céder à la violence, en pleine épidémie de choléra.

Les victimes sont des sympathisants des candidats à la présidentielle Jude Célestin, du parti INITE, proche du pouvoir, et Charles-Henri Baker, du parti RESPE. Elles ont été tuées lundi soir lors d’affrontements à Beaumont (sud-ouest), rapportaient des radios haïtiennes, qui signalaient plusieurs blessés. Ce climat de violence menace la bonne tenue d’élections cruciales pour la stabilité d’un pays exsangue après le séisme du 12 janvier qui a fait plus de 250 000 morts, et qui se débat depuis la mi-octobre avec une épidémie de choléra dont le bilan ne cesse de grimper. La maladie a fait 1 415 morts et entraîné plus de 25 000 hospitalisations. Parallèlement, Paris va négocier avec les autorités d’Haïti un accord bilatéral pour permettre, dans le respect de la législation haïtienne, d’acheminer en France d’ici la fin de l’année les derniers 320 enfants haïtiens en cours d’adoption.

mardi 23 novembre 2010

L'épidémie de choléra progresse plus vite que prévu par l'ONU

Le dernier bilan disponible de l'épidémie s'établissait vendredi dernier à 1 344 morts. Le coordinateur humanitaire de l'Onu dans le pays, Nigel Fisher, a estimé que le bilan devait en fait être déjà " plus près de 2 000 morts que de 1 000 " en raison de l'absence d'informations en provenance de régions reculées. Il a ajouté que le nombre de cas devait être de 60 000 ou 70 000, au lieu des 50 000 officiellement recensés. Lors d'une visioconférence entre Haïti et le siège de l'Onu à New York, il a précisé que des experts de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) étaient en train de revoir leur estimation selon laquelle la maladie aller toucher 200 000 personnes en six mois. " Ils pensent maintenant que le chiffre de 200 000 pourrait être atteint en trois mois ", a-t-il dit. " Les spécialistes disent tous que cette épidémie de choléra va durer des mois, peut-être au moins un an, et qu'il y aura des centaines de milliers de cas ".
L'Express - Patrick Worsnip, Guy Kerivel pour le service français

lundi 22 novembre 2010

La reconstruction est au point mort

« Le choc du choléra, le traumatisme du séisme, le ressentiment profond contre la mission de l’ONU pour la paix, le rejet d’un gouvernement qui dépense beaucoup d’argent pour la campagne électorale forment un cocktail explosif dans le climat électoral actuel. La mauvaise gestion de l’épidémie alimente par ailleurs le mécontentement de la population. La Minustah s’est montrée maladroite en donnant l’impression de vouloir étouffer l’affaire de l’origine de la maladie. Quant aux autorités, elles jouent à court terme. Le gouvernement parle d’éducation à la propreté, sans travailler à moyen terme sur le ramassage des ordures, l’accès à l’eau et à l’assainissement. On en reste à des messages incantatoires. L’État paraît incapable d’assurer son rôle de chef de file, notamment dans la coordination des ONG. En attendant, le chantier de la reconstruction est au point mort. Plusieurs projets pharaoniques ont été annoncés, sans concertation avec la société civile. Dans les faits, l’argent n’a pas été débloqué. Les élections ne vont pas résoudre tous les problèmes, mais on peut espérer qu’elles apportent un peu plus de conscience politique et civique à la population ».
Père Jan Hanssens, Directeur de justice et paix en Haïti - Propos recueilli par Olivier Talles

dimanche 21 novembre 2010

A une semaine des élections, la campagne continue malgré le choléra

Les véhicules tout terrain du candidat du parti au pouvoir, précédés de motards et suivis par des centaines de militants bloquent l'avenue de Delmas à Port-au Prince : ce dimanche, malgré l'épidémie de choléra qui frappe Haïti, la campagne électorale se poursuit.

Malgré quelques danseurs de rue et des musiciens aux habits colorés, aux abords de la route, des passants indifférents poursuivent leurs activités ; un vendeur de fleurs présente des bouquets à une femme, une vendeuse de fruits à l'ombre d'un grand parasol époussette ses produits. " Je ne suis pas encore certaine. La dernière fois que je suis allée voter j'ai eu des problèmes de sécurité ", se souvient Sabina, une jeune femme qui fait ses courses dans un supermarché. Margareth Costumé, une ancienne candidate à la municipalité de Delmas, ses yeux cachés derrières d'épaisses lunettes noires, est déterminée : " Je vais voter avec toute ma famille. Je ne veux pas boire cette soupe que Préval (le président sortant) nous prépare ". 


Un perdant connu 


" Je ne sais pas qui va gagner les élections, mais je connais le perdant : le peuple haïtien ", prédit avec un sourire triste un ancien diplomate haïtien, les cheveux tout blanc. Mais pour Petit-Frère, un jeune de 25 ans, les élections n'apporteront pas de changement et " il faut une révolution à Haïti "Les élections doivent-elles se tenir dimanche, malgré le choléra ? Quatre candidats à la présidence ont demandé samedi leur report en raison de l'épidémie qui se propage depuis la mi-octobre et qui a déjà fait 1 250 morts. " Nous demandons aux autorités de repousser la date des élections, d'établir et de publier un plan de lutte contre l'épidémie de choléra qui menace la vie de tous les Haïtiens ", ont écrit Josette Bijou, Gérard Blot, Garaudy Laguerre et Wilson Jeudy, des candidats très mal classés dans les sondages. Quelque 4,7 millions d'habitants de ce pays frappé par une instabilité chronique sont appelés aux urnes le 28 novembre pour élire leur nouveau président et un nouveau parlement. Pour les églises, les Haïtiens doivent aller voter " pour choisir des dirigeants qui travailleront pour tout le peuple ", a indiqué dimanche la Conférence des évêques d'Haïti dans un " message au peuple de Dieu "" Levez-vous, allez voter, ne vendez pas vos votes, ni votre conscience. Ne participez pas à la violence. L'Etat doit mettre les moyens pour garantir la sécurité ", poursuit le message des évêques. De fait, la question de la sécurité revient dans toutes les conversations. Plusieurs partis politiques ont dénoncé des actes d'intimidation de l'électorat lors de rassemblements dans les provinces ainsi que des armes qui pourraient perturber la journée de vote.

samedi 20 novembre 2010

L'ONU s'alarme de la paralysie engendrée par les manifestations

L'ONU a tiré vendredi la sonnette d'alarme face aux manifestations en Haïti paralysant le fonctionnement de l'Etat, les qualifiant " d'actes criminels et irresponsables " qui empêchent l'acheminement de l'assistance médicale et sanitaire aux milliers de patients frappés par le choléra et menacés par la mort.

" Chaque seconde qui passe peut sauver ou briser des milliers de vies ", a déclaré jeudi-soir le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Haïti, Edmond Mulet, quatre jours après le début des manifestations qui continuent de paralyser certaines villes du nord du pays. Les auteurs de ces actes " criminels et irresponsables " empêchent l'acheminement de l'assistance médicale et sanitaire aux milliers de patients récemment frappés par l'épidémie du choléra, les condamnant ainsi à une mort certaine, a souligné M. Mulet. " Si cette situation perdure, de plus en plus de patients dans l'attente désespérée de soins risquent de mourir ; de plus en plus d'Haïtiens dans l'attente désespérée d'accès à des soins préventifs risquent d'être rattrapés par l'épidémie ", a-t-il averti.

Malgré les appels pressants de la communauté humanitaire, des routes, des aéroports et des ponts sont toujours bloqués, des barricades sont toujours érigées dans la région de Cap Haïtien, une des régions les plus affectées par la propagation du choléra. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'épidémie de choléra a fait pour l'instant plus de 1 100 morts. Plus de 18 000 personnes infectées par le choléra ont été hospitalisées. Trois agences des Nations Unies, l'OMS, le Programme alimentaire mondiale (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) ont aussi appelé à la fin des manifestations violentes qui ont débuté le 15 novembre dans le Nord d' Haïti car cette violence compromet la réponse face à l' épidémie de choléra. L'ONU coordonne actuellement un appel à l' aide internationale d' urgence pour lever des fonds d' un montant de 164 millions de dollars pour financer la réponse face au choléra en Haïti.

Les manifestations ont éclaté lundi dernier dans diverses villes en Haïti, ciblant la base des Nations unies dans le pays, à un moment où certains médias colportent des rumeurs suspectant le contigent des casques bleus venus de l'étranger d'être à l'origine de l'épidémie.

vendredi 19 novembre 2010

Le pire scénario

C’est le scénario alarmant que redoutaient les autorités et les humanitaires en Haïti. La propagation du choléra est en train de s’accélérer dans ce pays terrassé par le puissant séisme du 12 janvier et aujourd’hui confronté à une épidémie qui a fait 1 100 morts d’après un nouveau bilan diffusé hier. Selon les autorités, 18 382 personnes sont à ce jour affectées par cette bactérie hautement contagieuse. En moins de trois semaines, le chiffre a été multiplié par six.

Rien que dans la capitale, soumise à des conditions sanitaires désastreuses, 46 personnes sont décédées. « A Port-au-Prince, nous sommes dans une phase ascendante de l’épidémie, note Frédéric Penard, directeur des opérations d’urgence de Médecins du monde (MDM). On va devoir faire des efforts continus pendant plusieurs mois ».

Gestion des corps. 



Signe d’une dégradation de la situation, l’enterrement des cadavres est devenu « le gros problème des derniers jours », avancent plusieurs urgentistes. « J’ai vu au moins cinq corps abandonnés dans la rue à Port-au-Prince, raconte un responsable de l’ONU joint hier par téléphone. Les familles refusent d’enterrer leurs proches. Les ONG doivent les prendre en charge et faire pression sur les autorités pour trouver un lieu ». 


Une crise sous estimée


Un responsable de Médecins sans frontières confirme le constat : « On se prend la tête des heures et des heures pour savoir qui va s’occuper de la gestion des corps ». Rien n’indique que la situation soit sous contrôle. Au contraire, une représentante de l’ONU témoigne que l’ampleur de « la crise est complètement sous-estimée ». « On manque d’eau, de personnel médical, de chlore pour purifier l’eau et de centres de traitement. Surtout, les réponses à la crise ne sont pas coordonnées ».
En lançant vendredi un appel de fonds de 163,8 millions de dollars (121 millions d’euros), les Nations unies ont voulu « éviter d’être dépassée » par l’épidémie. Elles s’attendent à ce que 200 000 personnes montrent des symptômes dans les six mois à venir. « Il y a beaucoup à faire car on va assister à une explosion de cas dans les prochains jours, pronostique Elisabeth Byrs, la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Un réseau de collecte d’informations se met en place et il est à craindre que dans tout le pays le nombre de personnes atteintes par la maladie soit plus important que prévu ». Partie mi-octobre de l’Artibonite, l’épidémie touche aujourd’hui toutes les régions de Haïti. Elle a même gagné la République dominicaine voisine où, mardi, la maladie a été diagnostiquée chez un Haïtien de 32 ans.

Rumeur. 

Cette course contre la montre intervient au pire moment. Lundi et mardi, des heurts entre Casques bleus népalais et manifestants ont fait deux morts et quatorze blessés à Cap-Haïtien, ainsi que six blessés parmi les soldats de l’ONU à Hinche. Un entrepôt du Programme alimentaire mondial a été pillé puis incendié. L’ONG Oxfam a suspendu ses programmes à Cap-Haïtien. L’ONU a bouclé ses bureaux. Les échauffourées seraient dues à une rumeur selon laquelle les fosses septiques d’une base de l’ONU située près de Mirebalais (centre) sont à l’origine de l’épidémie. Elles pourraient avoir une motivation politique avant les élections générales du 28 novembre.

Les humanitaires et les autorités locales doivent composer avec une population frustrée de voir que la « situation ne bouge pas, que la reconstruction prend beaucoup de temps », analyse Frédéric Penard, de MDM. Sans compter la peur et le fatalisme. « Les gens que nous rencontrons sont persuadés qu’on ne guérit pas du choléra », se désole la représentante de l’ONU. Les Nations unies disaient vouloir se lancer dans un « marathon d’information » pour lutter contre les idées reçues. Il va leur falloir du souffle.

Sous les débris la solution

France Culture consacrera une journée à Haïti, en direct du Studio de l'Hôtel Plaza le vendredi 26 novembre

* Deux émissions
Les Matins, par Marc Voinchet (7h-9h, heure française, 1h-3h, heure haïtienne)
La Grande Table, le magazine de l'actualité culturelle avec Caroline Broué et Hervé Gardette (12h-13h30 heure française, 6h-7h30 heure haïtienne)
* Deux programmes spéciaux
Le rôle des médias dans la société haïtienne par Jean-Marc Four (14-15h, heure française, 8h-9h, heure haïtienne)
Le grand melting pot religieux haïtien par Mathieu Conquet et Mélanie Chalandon (16-17h, heure française, 10h-11h heure haïtienne)
* Les journaux
(7h, 8h, 12h30, 18h), présentés par Frédéric Métezeau. Avec les reportages de Christine Moncla, Eric Chaverou, Vanessa Descouraux, Isabelle Labeyrie, Sophie Becherel et Grégory Philips.
Deux grands enregistrements en public depuis l'Oloffson (jeudi 25 novembre)
* De 19h à 20h, (heure haïtienne) Le Rendez-Vous, l'émission médias/musique/direct de Laurent Goumarre. Les cultures urbaines, graffitis, arts plastiques... (diffusion le vendredi 26 novembre à 19h, heure française).
* De 21h à 23h, (heure haïtienne) Soirée spéciale présentée par Alexandre Héraud et Esméralda Milcé, présentatrice de la télévision nationale haïtienne. Le Patrimoine et la culture d'Haïti avec des lectures, des entretiens, des plateaux musicaux... pour aborder (presque toutes) les formes de l'art et du patrimoine d'Haïti (littérature, musique, photographie… (diffusion le vendredi 26 novembre à 20h, heure française).


L'actualité d'Haïti avec la rédaction de France Culture

Pendant près d'une semaine, les journalistes de la rédaction de France Culture réaliseront de nombreux reportages diffusés dans les journaux principalement sur les élections, la reconstruction et l’humanitaire.
Une ligne ouverte de 0h05 à 2h10 (heure de Paris)
Par téléphone ou en studio, des Haïtiens de France, d’Europe, d’Afrique, d’Amérique, de tous âges et de tous horizons, sont invités à intervenir en direct pour raconter leur itinéraire, dire leur attachement à Haïti. réagir aux émissions de la journée diffusées depuis Port au Prince. L’antenne est ouverte à tous les témoignages, ceux des anonymes comme ceux des représentants d’associations d’entraide à Haïti.

Le standard téléphonique de France Culture est le +33 (0)1 42 20 62 62.

Le vendredi 26 novembre, 24h Haïti sur France Culture avec un habillage antenne radiophonique aux sons d'Haïti et des messages avec la voix et la musique de Bélo.
Enfin, le site internet de France Culture propose non seulement l'écoute en direct ou en différé de cette journée spéciale mais aussi de nombreux boni et un dossier spécifique réalisé sur place « Une journée à Port-au-Prince » à découvrir sur franceculture.com
Suivez la journée en direct et en différé sur franceculture.com

jeudi 18 novembre 2010

L'épidémie de choléra fait monter la colère

La maladie a déjà fait 1 110 morts et contaminé près de 20 000 personnes sur l'île dévastée

Question de sécurité nationale. Situation d'extrême urgence sanitaire... Derrière les mots, la réalité en Haïti est un drame. Dix mois après le séisme qui a tué plus de 250 000 personnes, le pays compte à nouveau ses morts. Apparu dans les villes au bord du fleuve Artibonite, le choléra s'est propagé à une vitesse inquiétante aux villages reculés dans les montagnes. La capitale Port-au-Prince est aussi touchée.

Premières cibles : les bidonvilles. 


A Cité Soleil, qui compte entre 400 000 et 800 000 habitants, l'hôpital Sainte-Catherine reçoit les malades sous des tentes montées en urgence par Médecins sans frontières. Des bassins de chlore à l'entrée, dans la zone de triage et devant les lits des patients : tout est fait pour ne pas laisser se propager le choléra au quartier pauvre qui entoure la petite clinique. Mais les personnes viennent, toujours plus nombreuses. Raoul Planchet, médecin haïtien, ne peut s'imaginer être débordé. «  Nous faisons face à une épidémie : on ne peut pas se fixer un maximum de patients à accueillir. Notre travail est de fournir des soins à la communauté ». Mais ces centres de traitement du choléra mis en place par les ONG pour venir en renfort des faibles structures médicales nationales arrivent à saturation. Les espaces manquent dans la ville encore encombrée des ruines du séisme.

Lundi, la tension est montée dans le nord du pays. Accusée par la population d'avoir apporté la bactérie dans le pays, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) fait l'objet depuis de violentes manifestations au Cap-Haïtien. Dans la deuxième ville du pays, deux personnes sont mortes par balle après des affrontements avec les casques bleus. Depuis, les rares équipes médicales présentes sont contraintes de rester en lieu sécurisé. Elles ne peuvent plus travailler : les liaisons par hélicoptère depuis Cap-Haïtien vers les zones inaccessibles par la route sont interrompues. Or, c'est par ce moyen que les médicaments et les médecins sont amenés dans les villages durement touchés par le choléra.
Mercredi, deux vols des Nations unies ont pu se poser à Port-de-Paix, situé à 170 km à l'ouest du Cap-Haïtien, mais, dans la ville même du Cap, la situation est proche du chaos. Des barricades sont toujours dressées et la population a peur de sortir de chez elle. Les malades ne peuvent donc se rendre rapidement dans les hôpitaux. Or, une fois déclaré, le choléra tue en quelques heures. Dans les rues, les cadavres se font plus nombreux, ce qui va accroître la propagation de la maladie.

mercredi 17 novembre 2010

Heurts mortels entre manifestants et casques bleus

Ls manifestants accusent les Casques bleus d'être responsables de l'épidémie de choléra.

Les Haïtiens craquent. Le pays, détruit par un tremblement de terre en janvier dernier, fait face à une grave épidémie de choléra depuis quelques semaines. Des affrontements ont eu lieu entre des populations à bout et les Casques bleus, lundi 15 novembre. La rumeur prétend que l'épidémie proviendrait d'un des camps où stationnent les soldats. Les émeutes ont fait deux morts à la suite de tirs onusiens, ainsi que quatorze blessés. Selon l'ONU, " une manipulation politique " qui vise à créer un climat d'insécurité à la vieille des élections, serait à l'origine des émeutes.

mardi 16 novembre 2010

Le choléra passe la frontière

Un premier cas de choléra hors d'Haïti. Un ressortissent haïtien infecté a été soigné en République dominicaine, a annoncé ce mardi le ministre de la Santé publique du pays. Frontalière d'Haïti, la République dominicaine fait face à un afflux de réfugiés haïtiens depuis le séisme dévastateur du 12 janvier dernier. Depuis l'apparition du choléra chez son voisin, la République dominicaine a pris des mesures sévères de contrôle à la frontière pour limiter les risques de propagation de la maladie.

En Haïti, l'épidémie progresse et l'inquiétude de la population cède la place à la colère. Des heurts ont opposé ce mardi, pour la deuxième journée consécutive, de jeunes manifestants aux casques bleus de l'ONU. C'est notamment le cas au Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays fortement touchée par le séisme, où deux manifestants ont été tués hier et quatorze autre blessés. Six soldats de l'ONU ont également été blessés à Hinche. Face à cette flambée de violences, le président René Préval a lancé ce mardi un appel au calme, exhortant la population à "maintenir la solidarité avec les autorités nationales et la communauté internationale" et dénonçant des groupes qui chercheraient à attiser les troubles. Les heurts ont notamment éclaté suite à une rumeur qui désignait des casques bleus népalais comme les responsables de la propagation du choléra dans le pays. La porte-parole de l'armée népalaise, Ramindra Chhettri, a expliqué que des tests avaient été effectués auprès des soldats qui prouvent qu'ils n'ont rien à voir avec l'épidémie.

Le bilan de l'épidémie continue de s'alourdir. Il était de 1 034 morts, ce mardi, selon le ministère de la Santé en Haïti. Soit 117 victimes et 2 157 hospitalisation de plus par rapport au précédent bilan publié dimanche. A Port-au-Prince, où les conditions sanitaires font craindre une propagation rapide de la maladie, les autorités ont recensé 38 décès, soit 11 de plus que dimanche.

Photo de Thony Belizaire : Des personnes atteintes du choléra attendent des soins dans un centre de Médecins sans frontières près de Port-au-Prince, le 10 novembre 2010. 

lundi 15 novembre 2010

Le choléra atteint le Nord du pays

Le choléra gagne rapidement du terrain à Haïti alors que l’épidémie a pris d’assaut la deuxième ville en importance au pays, Cap-Haïtien, une zone nordique relativement épargnée depuis le début du fléau. Porte-parole pour Oxfam, Julie Schindall précise que la situation s’aggrave dangereusement dans ce secteur.

« Nous ne connaissons pas les chiffres officiels, précise-t-elle. Les autorités gouvernementales parlent de plusieurs centaines de cas et d’autres organismes ont qualifié la situation de très sérieuse là-bas ». À l’échelle nationale, les dernières statistiques divulguées dimanche faisaient état de 917 cas et de plus de 14 000 hospitalisations.

Sans explications

L’intervenante pour Oxfam s’explique mal la rapidité avec laquelle la maladie a franchi les 100 km de chaîne de montagnes qui la séparent du foyer d’infection, en Artibonite, avant de toucher la ville de Cap-Haïtien où vivent 250 000 personnes. « Il y a deux possibilités. Peut-être que ce sont des voyageurs de province qui sont venus du centre du pays ou bien c’est l’eau qui est maintenant contaminée, et dans ce cas, on ne sait pas comment c’est arrivé ». L’infection a aussi traversé le canal de Saint-Marc pour se répandre sur l’île de la Gonâve, tout comme elle prend de l’ampleur dans le sud, à Léogâne.



Pas de panique

La vitesse avec laquelle le choléra tue inquiète autant les autorités d’Haïti que les organismes à pied d’œuvre dans le secteur, mais plusieurs soutiennent que la situation est généralement sous contrôle. « Les cas augmentent, oui, mais c’est stable à Port-au-Prince, où on compte 30 % de toute la population d’Haïti. On attend de voir ce qui arrivera là précisément », relativise Stefano Zannini, chef de mission pour Médecins sans frontières. Quant au chiffre alarmant de 200 000 personnes infectées d’ici un an, nombre avancé par l’Organisation mondiale de la santé, le chef de mission préfère attendre avant de se prononcer. « C’est très difficile d’arrêter un chiffre puisque le pays n’a pas d’histoire du choléra. On pense cependant qu’on n’a pas atteint le sommet ».

dimanche 14 novembre 2010

Timoun Haïti fête ses 15 ans

L'histoire de Timoun, c'est un peu celle de son président fondateur Michel Debarge. Un homme qui déborde d'altruisme mais sans angélisme. Son amour du prochain ne semble guère s'être amenuisé depuis ses années de militantisme à la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne). Après une première expérience au Chili, l'ancien ajusteur devenu professeur technique auprès des mineurs délinquants pose ses valises pleines de bons sentiments et de bonne volonté en Haïti. « Un premier partenariat m'a incité à me pencher sur le sort des "enfants domestiques", se souvient Michel Debarge. À l'époque, une école a été construite puis démolie par un cyclone. » Déjà. En 1995, de retour en France après un énième séjour sur l'île, il crée Timoun d'Haïti. « Mon but était d'œuvrer durablement, surtout en direction des enfants. » Des propos qui n'ont rien de théoriques, le Villeneuvois a lui-même adopté deux enfants.



Quinze ans plus tard, Michel Debarge n'a pas à rougir de son action, même si l'association ne fait pas partie des grandes ONG de référence. L'école Demontreuil, un des premiers projets d'envergure, n'attend plus que les derniers coups de pinceaux. 210 enfants y sont scolarisés, malgré l'absence d'électricité. La cantine est financée par l'association à raison de 50 € par élève et par an. Le jardin d'enfants, sis à Port-au-Prince, devrait bénéficier dès janvier 2011 d'un abri en dur, estimé à 12 000 €. « Les deux tentes qui abritaient les deux classes ne sont pas pérennes, Dès 9h, la chaleur est insupportable », at-il constaté en octobre. Timoun supportera le loyer et envisage d'offrir une bouteille de lait chaque semaine à 50 enfants.
Enfin, suite au séisme qui a ravagé Haïti le 12 janvier, un centre de santé, baptisé André-Thenor, a été ouvert, toujours à Port au Prince. Une fois n'est pas coutume, Timoun prend partiellement en charge les salaires du médecin et de la secrétaire, ainsi que le loyer. Un point d'eau potable devrait être opérationnel dès demain. « Pour ne pas favoriser l'assistanat, nous n'instaurons pas de gratuité totale, explique Michel Debarge. Chaque consultation est facturée 25 gourdes (0,45 €). » (Lire aussi ci-dessous) Autant d'actions rendues possibles grâce à la générosité de 640 donateurs depuis le 12 janvier 2010 (contre 120 en 2009), soit quelque 110 000 € au service de la population haïtienne.

www.timounhaiti.org
Nord Eclair Marig Doucy


Yolette Jean est présidente de l'association haïtienne Oimavi, basée à Port-au-Prince, et partenaire de Timoun d'Haïti depuis 2005. Elle a quitté Haïti mercredi pour célébrer les 15 ans de l'association et nous livre un témoignage sans fioritures. 
Quel regard portez-vous sur la situation actuelle de Haïti ? 
Malgré toute la médiatisation et les campagne de mobilisation, les gens risquent d'être déçus. Les décombres sont encore là. Les actions menées depuis 10 mois, suite au séisme, n'ont pas été suffisantes, c'est désepérant. On se demande parfois où est parti l'argent... 
De quelle façon l'épidémie de choléra a-t-elle aggravé le sort des habitants ? 
Les associations au contact de la population font de leur mieux pour endiguer l'épidémie. Nous expliquons aux gens que le choléra peut être évité et soigné. Des conseils leur sont prodigués, nous espérons qu'ils en tiennent compte. En revanche, si la maladie est déclarée, il ne faut pas perdre de temps... 
Que vous demandent prioritairement les 40 personnes que vous recevez quotidiennement ? 
Malheureusement, c'est la nourriture... Les habitants ne mangent pas à leur faim. Certains peuvent passer deux jours sans faire de repas. Les soins viennent ensuite. Sans argent, il est bien plus difficile d'être pris en charge. C'est une spirale : la personne est pauvre, parfois illettrée, est dénutrie et accède difficilement aux soins... 
Quels sont les moyens d'action d'Oimavi ? 
Grâce à Timoun d'Haïti qui finance la plupart de nos projets, nous faisons vivre le centre de santé André-Thenor, installé dans le quartier défavorisé de Bel Air à Port-au-Prince. Trois salariés et des bénévoles y travaillent. Un point d'eau potable y a été installé. Nous espérons lancer en 2011 une session d'alphabétisation et une campagne de vaccination. En décembre, des travaux pour construire un abri de deux salles seront effectués afin d'héberger le jardin d'enfants. Quant à l'école Demontreuil, elle devrait bientôt être terminée. Nous envisageons d'y scolariser des adolescents et jeunes adultes qui pourraient y apprendre un « petit métier ».

Timoun fête avec Yolette 15 ans de soutien à la perle des antilles

Aujourd'hui, elle peut regarder les photos de sa maison sans pleurer. Yolette Jean, 65 ans, est une rescapée. Le 12 janvier, elle se trouve dans une de ses chambres, à l'étage de sa villa de Port-au-Prince, avec sa nièce et sa fille. La terre tremble, elle est habituée à des secousses de 3-4 secondes. « J'ai compris que c'était plus grave quand la télé est tombée ». L'étage s'effondre sur le rez-de-chaussée !

Miracle, les trois femmes sont indemnes, mais traumatisées. Comme des milliers d'Haïtiens, elles passent les nuits qui suivent sous les étoiles, belles à défaut d'être bonnes. Dix mois après le séisme, la pharmacienne-chimiste ne s'est toujours pas reconstruit de toit. « Je vis chez ma mère de 94 ans. Je n'ai plus envie d'avoir une maison à moi », justifie Yolette. Pourtant, elle veut rester à Haïti, où elle n'est retournée qu'il y a trois ans. « J'ai fait mes études au Canada et j'y suis restée pendant 35 ans ». Revenue pour s'occuper de sa maman, elle assume l'héritage de sa soeur décédée : elle sera le relais de Timoun d'Haïti. C'est elle qui, une fois par semaine, se rend à l'école communautaire de Villeneuve-d'Ascq, « entre deux et cinq heures de route, selon la météo », assure Michel Debarge, le président de Timoun. « Une présence indispensable pour montrer au directeur qu'on est bien là », insiste le Villeneuvois.

Yolette est l'un des maillons forts de l'association. C'est elle aussi qui, pour Timoun, supervise le fonctionnement du centre de santé, ouvert en mars, après le séisme. La pharmacienne s'associe à un médecin gynécologue, Eva, pour créer ce dispensaire de médecine générale, pédiatrie, grossesse, gynécologie. « Environ 80 personnes s'y rendent tous les jours », comptabilise Michel Debarge. Timoun finance les salaires du médecin (500 $ mensuels), de la secrétaire (100 $) et paie les charges. Bénévoles, Yolette réapprovisionne la pharmacie, Eva assure trois jours de consultation. « Nos cibles principales : la malnutrition des enfants et le suivi des grossesses », décrypte Yolette qui rêve d'adjoindre au seul lit de consultation « une petite salle d'accouchement ». Mais pour faire venir les Haïtiens, obligés de payer les tap-tap (taxis) pour se rendre au dispensaire, il faut ruser. Avant de s'occuper de santé, soigner l'estomac... « La faim est la préoccupation majeure des Haïtiens. Pour être sûrs que les gens reviennent, on leur offre un peu de riz, de l'huile, des haricots », explique Yolette. Son prochain chantier : des campagnes de vaccination, une salle d'alphabétisation. Mais Yolette mise en urgence sur la prévention, avec l'épidémie de choléra, déjà aux portes de Bel Air, le quartier où est installé le centre de santé. « Je répète qu'il faut se nettoyer les mains, laver les fruits et légumes. Le message passe à l'école mais c'est plus dur pour les adultes ». Infatigable, elle nettoie les plaies de son pays martyr.

Avec le coup de pouce de Timoun et de ses donateurs.
La Voix du Nord par Marie Vandekerkhove

samedi 13 novembre 2010

L'épidémie de choléra va plus vite que les soins

L'épidémie a fait près de 800 morts. Et elle s'étend. L'Onu redoute qu'elle atteigne les camps de réfugiés du séisme et la République dominicaine voisine.
796 morts et 12 303 malades hospitalisés. C'est le dernier bilan de l'épidémie de choléra qui frappe Haïti, depuis la mi-octobre. Mercredi et jeudi, le nombre de morts quotidiens s'est établi à quatre-vingts personnes. « Le taux de mortalité est beaucoup plus élevé que d'habitude, six ou sept pour cent. Cela devrait se situer beaucoup plus bas », a indiqué Gregory Hartl, porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), hier, à Genève.

Le besoin d'ouvrir des sépultures collectives pour inhumer les corps le plus rapidement possible est évoqué près du quartier de Raboteau. Ce bidonville surpeuplé est situé en périphérie de la ville de Gonaïdes, au nord-ouest d'Haïti, là où se situe le foyer de départ de la maladie ; là où sont morts les deux tiers des victimes.

L'Organisation des Nations unies a lancé, hier, un appel de fonds d'urgence évalué à 163,8 millions de dollars (120 millions d'euros). « Il nous faut absolument cet argent, au plus vite, pour éviter d'être dépassés », a expliqué Elisabeth Byrs, porte-parole du bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu, hier, à Genève. Il y a urgence à envoyer au plus tôt des fournitures et des personnels de santé. L'Onu s'attend à ce que près de « 200 000 personnes montrent des symptômes de la maladie, allant de diarrhées légères à une déshydratation sévère »


L'inquiétude est montée d'un cran depuis que la maladie a touché la capitale, Port-au-Prince, faisant déjà treize morts. Il ne faudrait pas maintenant qu'elle pénètre dans les camps de tentes où s'entassent les réfugiés du séisme du 12 janvier. Et l'OMS redoute que la maladie franchisse la frontière entre Haïti et la République dominicaine, sa voisine. Le gouvernement, qui avait considéré un peu vite que l'épidémie était enrayée, a pris la mesure du drame. Il diffuse des messages audiovisuels invitant les habitants à consulter dès l'apparition des premiers symptômes, à se laver les mains avant de manger...

Photo : À l'hôpital Sainte-Catherine de Port-au-Prince, on réhydrate les malades atteints, avec la crainte que l'épidémie progresse très rapidement.

vendredi 12 novembre 2010

Le bilan du choléra s'élève à 724 morts

Le bilan de l'épidémie de choléra en Haïti s'est élevé à 724 morts, 80 personnes ayant péri durant les dernières 24 heures, a déclaré jeudi le ministère haitien de la Santé.

Selon les informations en provenance de Port-au-Prince, capitale haïtienne, plus de 11 000 personnes auraient été infectées, 1 000 personnes supplémentaires ayant contracté la maladie depuis mercredi. L'épidémie de choléra s'est déclarée à la mi-octobre dans la vallée d'Artibonite, située dans le centre du pays. Les autorités locales ont cru être en mesure de stopper la propagation de l'épidémie, mais le nombre des victimes a fortement augmenté ces derniers jours.

jeudi 11 novembre 2010

Les malades du choléra affluent à Cité Soleil dans un bidonville de la capitale

Sur une civière ou en chaise roulante, des dizaines de malades affluent depuis deux jours au centre de santé de Cité Soleil, le plus grand bidonville de la capitale haïtienne Port-au-Prince, touchée à son tour par l'épidémie de choléra.

Une odeur de chlore flotte à l'entrée du centre. Et pour cause, les nouveaux patients, visiblement affaiblis, en sont aspergés avant d'être reçus par le personnel médical, des jeunes médecins et infirmières haïtiens qui assistent l'équipe de Médecins sans Frontières (MSF) qui gère le centre. " On reçoit des cas chaque jour, le nombre augmente au fil des jours ", assure Juliette Olivier, qui tente de réhydrater des malades étendus sur des lits spéciaux placés sous des tentes. Elsie Joseph, 55 ans, vient d'arriver. Elle a été placée sous perfusion et commence à retrouver ses esprits. " Je venais juste de boire un verre d'eau quand j'ai commencé à ressentir une forte colique, ça a été le début de mon calvaire ", raconte-t-elle. " Nous essayons de stabiliser les malades qui arrivent avant de les répartir selon la gravité de leur cas dans des centres de traitement du choléra à Port-au-Prince ", explique le Dr Raou Plancher.

Depuis le début de l'épidémie, mi-octobre, près de dix mille personnes ont été admises dans les hôpitaux et centres de santé du pays, le plus pauvre du continent américain. 643 personnes en sont mortes. Et la peur a gagné les ruelles crasseuses du bidonville, jadis bastion des gangs armés, où l'insalubrité règne en maître. Deux centres de santé ont été installés dans ce quartier de la capitale où vivent plus de 300 000 personnes et où la seule présence de l'Etat consiste en un commissariat de police planté au coeur d'un marché public en pleine rue. Au moins une personne est morte du choléra à Cité Soleil et des centaines sont prises en charge dans les centres de MSF, a confirmé mardi le directeur général du ministère de la Santé publique. Dans d'autres quartiers de la capitale, MSF mais aussi d'autres ONG prennent aussi en charge les malades qui arrivent par dizaines tous les jours, tout comme ils affluent à l'hôpital universitaire de Port-au-Prince. " Nous avons mis en place un centre de triage des malades afin de diriger les cas de diarrhée sévère dans un espace que nous avons établi cette semaine, mais qui a été vite débordé ", avoue le Dr Yves Lambert, responsable des maladies infectieuses à l'hôpital public de la capitale. En quelques jours, les 20 lits ont été occupés par des personnes présentant les signes cliniques de la maladie. Deux décès ont été enregistrés. " Une personne est décédée ici, l'autre a été récupérée dans la rue, nous ne savons pas encore si elles sont victimes du choléra, mais ça en a tout l'air ", explique le Dr Lambert, qui se démène avec de maigres moyens pour éviter une propagation de l'épidémie. " Si les cas de choléra continuent à augmenter à ce rythme, on va très vite être débordés. Il va falloir agir au plus près des communautés ", recommande-t-il.

Une épidémie prévisible

L'épidémie de choléra qui a gagné le coeur d'Haïti n'étonne pas le professeur et chirurgien Vincent Échavé.

Selon lui, les conditions sanitaires du pays sont précaires depuis bien avant le tremblement de terre du 12 janvier dernier. M. Échavé, professeur agréé à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke (Canada), s'implique depuis près de 20 ans au sein de l'organisation Médecins sans frontières. Il a visité Haïti et sa capitale Port-au-Prince avant et après le séisme. Le constat qu'il en retire ne fait aucun doute : rien n'a changé dans les comportements sanitaires des habitants. Il se souvient d'ailleurs d'avoir eu la réflexion que tout était en place pour une épidémie. Cette crainte vient de se concrétiser. 

Stefano Zannini, chef de mission de Médecins sans frontières en Haïti, dresse le même portrait. Malgré des sommes importantes acheminées par les organismes d'aide internationale, les habitudes d'hygiène n'ont connu aucune amélioration, et ce, depuis des mois maintenant. Depuis dimanche, le nombre de cas possibles de choléra affluent dans le bidonville de Cité-Soleil. « Ça n'arrête pas, il faut faire un plan complet, parce que tout est à faire, a dit M. Échavé. Oui, il y a une reconstruction en raison du séisme, mais plusieurs problèmes étaient là avant. Haïti, tout seul, ne peut pas se relever »

Mettre Haïti sous tutelle

Cet état de fait amène le professeur à conclure qu'Haïti doit être placée sous tutelle, comme l'ont été le Japon et l'Allemagne après la Deuxième Guerre mondiale. « J'ai toujours favorisé une coalition internationale pour s'occuper d'Haïti. Je pense qu'il faut prendre ce pays en main, sinon ce sera toujours la même chose. On va sortir de la crise et ça va recommencer plus tard », a indiqué M. Échavé. Il fonde sa position sur l'analyse froide d'un éventail de besoins criants. Il fait notamment référence aux conditions de santé publique, aux investissements massifs requis en éducation alors que le taux d'analphabétisme est élevé et que les étudiants diplômés quittent le pays. L'environnement, avec la déforestation qui sévit, et la problématique des violences urbaines complètent le tableau. 


« Plusieurs défis nous attendent, a pour sa part indiqué Stefano Zannini. Pour l'heure, les principaux consistent à rendre des lits disponibles pour les patients les plus gravement atteints, sensibiliser la population à la maladie et prendre en charge les cas suspects ». À la précarité qui s'était déjà instaurée, le passage de l'ouragan Tomas et la propagation du choléra ont ajouté une pression énorme sur les structures et les services de santé partout dans le pays, a conclu le chef de mission de Médecins sans frontières.