Des accrochages ont eu lieu entre des manifestants et les forces de l’ordre à Port-au-Prince, capitale d’Haïti. Objet du mécontentement : la gestion de la reconstruction de l‘île, jugée défaillante par les Haïtiens.
samedi 31 juillet 2010
Haïti et la République dominicaine reprennent leur coopération
A l'occasion de la réouverture de la commission mixte, René Préval (à droite) a décoré son homologue dominicain Leonel Fernandez (à gauche) de l'Ordre national panaméricain Pétion et Bolivar.
Photo: Amélie Baron/ RFI
Photo: Amélie Baron/ RFI
Le séisme du 12 janvier 2010 a changé la donne entre Haïti et la République dominicaine voisine. Les points de conflits, et la question de l'immigration haïtienne en République dominicaine en premier lieu, demeurent mais les deux pays qui partagent l'île d'Hispaniola ne veulent plus s'opposer. Preuve en est, leurs deux présidents René Préval et Leonel Fernandez se sont retrouvés dans la commune haïtienne de Wanaminthe pour relancer les travaux de la commission mixte bilatérale.
Dix ans que la Commission haïtiano-dominicaine ne s’était pas réunie. Ce samedi 31 juillet 2010 les deux chefs d’Etat ont repris le dialogue en tenant le même discours : les problèmes entre les deux pays ne se résoudront que si Haïti parvient à se développer. Le président haïtien René Préval sait que l’émigration engendre beaucoup de tensions mais l’heure est pour lui à la coopération : « Le développement inégal entre les deux pays peut générer des comportements de défense des deux côtés. Du côté haïtien, la peur d’une domination et du côté dominicain, la peur d’une ''invasion pacifique". La migration, nous le savons bien, est un sujet d’agacement à cause de la persistance et de l‘ampleur du phénomène. Nous devons aborder toutes ces questions difficiles et bien d’autres… nous pouvons, … nous devons ensemble trouver et appliquer les solutions qui s’imposent ». Leonel Fernandez va faire construire un campus universitaire dans le Nord de Haïti. Selon le président dominicain, seule l’éducation pourra éradiquer la pauvreté et donc réduire l’émigration qui empoisonne encore les relations bilatérales.
vendredi 30 juillet 2010
Le Président dominicain est attendu en Haïti ce week-end
Le ministre des haïtiens vivant à l'étranger, Edwin Paraison confirme la visite en Haïti, ce week- end du président dominicain, Leonel Fernandez.
Le chef d'État dominicain qui sera accompagné du nouveau président Colombien, Juan Manuel Santos profitera de sa visite pour lancer la construction du campus universitaire de Limonade promis à Haïti après le tremblement de terre du 12 janvier. Le ministre Paraison, a fait remarquer que ce sera l'occasion aussi pour Leonel Fernandez de relancer avec son homologue haïtien René Préval, les travaux de la commission mixte haitiano–dominicaine. Par ailleurs, monsieur Paraison a indiqué que la circulation entre Haïti et la République dominicaine via le point de passage de Malpasse a été rétabli ce jeudi après deux jours de blocage. Selon lui, un accord est sur le point d'être conclu entre les syndicats des deux pays pour éviter la répétition de ce genre de situation.
jeudi 29 juillet 2010
Le bilan de l'Unicef 6 mois après le séisme
Le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef) vient de présenter un bilan de ses réalisations en Haïti au cours des six mois ayant suivi le séisme du 12 janvier. Une évaluation qui lève aussi le voile sur les défis auxquels l’agence onusienne aura à faire face dans le cadre de l’accompagnement qu’elle compte offrir au gouvernement haïtien dans le processus de reconstruction.
Au centre des activités de l’Unicef, les enfants vivant dans les zones directement affectées par le séisme. Ils sont quelque 800 000 sur les 1.6 millions de personnes vivant dans les camps. Mais ils ne sont pas les seuls. L’intervention de l’agence touche aussi ceux qui sont indirectement affectés. En effet, s’ils ne se trouvent pas dans les zones touchées, avec l’arrivée massive dans leur zone, pour la plupart pauvre, des personnes fuyant la capitale, ils en subissent le contrecoup. D’ailleurs, avant le 12 janvier, leur situation s’était déjà caractérisée par « une très grande vulnérabilité ». Et avec le tremblement de terre, elle s’est aggravée. « Le 12 janvier, en 35 secondes, la situation de beaucoup de ces enfants a basculé », a fait remarquer la représentante de l’Unicef en Haïti, Françoise Gruloos-Ackermans.
Le bilan des activités de l’Unicef ne se concentre pas seulement sur ce qui a été concrètement fait mais aussi sur « ce qui n’est pas arrivé », car cela peut démontrer une intervention positive. Et l’une des appréhensions de l’Unicef qui ne s’est pas traduite dans les faits, ce sont les risques d’épidémie. « On a évité le pire », dit-elle. Car selon la Représentante, l’agence est parvenue à stabiliser la situation de vulnérabilité des enfants, l’un de ses objectifs sur les 6 derniers mois.
Des interventions dans divers domaines
Ces résultats, l’Unicef le doit aux efforts consentis dans divers secteurs qui ont eu à faire face à des besoins énormes. L’un de ces secteurs très vulnérables est la santé. Aussi, de concert avec le Ministère de la Santé publique et de la Population, l’OMS ainsi que d’autres partenaires, d’importantes campagnes de vaccination ont été menées. Et sur les six mois, l’Unicef a vacciné 275 000 enfants contre divers types de maladies immunocontrôlables. Ses interventions ont aussi été cruciales au niveau du secteur « eau et assainissement », un autre secteur très vulnérables. Sur les 1,2 millions de personnes qui reçoivent de l’eau quotidiennement, l’agence en a fourni à 330 000. Des gens qui en reçoivent chacun au moins 5 litres par jour.
Si dans le secteur de l’assainissement, la situation s’est révélée assez compliquée en raison du fait que les camps sont installés sur des terrains privés sur lesquels on ne peut pas installer des latrines, l’Unicef a joué un rôle considérable dans l’installation de toilettes portables. Sur les 11 000 toilettes portables installées dans les camps, 9 000 l’ont été par l’Unicef. Il est par ailleurs en train de planifier l’installation de 4 000 autres. Tout cela a aussi été accompagné d’une campagne d’information relative à l’hygiène.
Autre urgence, c’était la réouverture des écoles et le retour en classe car ceci permet à l’enfant de « retrouver un semblant de normalité ». Mais le grand défi, c’est qu’il fallait déblayer avant d’installer les tentes. L’Unicef a fourni de grandes tentes à 120 écoles publiques et privées, avec une moyenne de 8 tentes par écoles. De même, du matériel scolaire a aussi été distribué à de nombreuses écoles partenaires et non partenaires de l’Unicef. Par ailleurs ont été créés, dans de nombreux camps, des « espaces-timoune » (espaces pour des enfants). Sous des tentes mises en place spécifiquement à cet effet, peuvent se réfugier des enfants plus jeunes pour « jouer, se détendre, rire, récupérer et être en paix et en sécurité pendant quelques heures ». Une initiative qui a nécessité la formation d’animateurs.
Le secteur de la nutrition, selon l’agence, fait aussi partie de ceux qui nécessitaient des interventions urgentes car « les enfants sont très vulnerables au manque de nourriture ». Et dans ce domaine, l’Unicef, de concert avec d’autres partenaires, dont le programme alimentaire mondial (PAM), agissait sur deux plans. Il s’agissait d’abord des interventions en faveur des mamans qui allaitent. Aussi, l’agence a-t-elle aidé à mettre en place dans de nombreux camps, des tentes servant d’espaces pour allaiter et où les mamans pouvaient aussi recevoir des conseils sur la façon de réactiver l’allaitement. Pour les enfants qui ne bénéficiaient pas de l’allaitement maternel, existait un service qui fournissait du lait prêt à la consommation. A cela s’ajoutent les soins aux enfants mal nourris, ce qui suppose un système de détection, d’appui et de soutien aux enfants dans divers types de centres.
L’Unicef est aussi intervenu dans le domaine de la protection de l’enfant. Après le 12 janvier, de concert avec l’Institut du Bien-être social et de recherche (IBESR), l’institution étatique en charge des enfants, et d’autres partenaires internationaux, l’Unicef a visité 365 centres résidentiels qui accueillent des enfants orphelins ou abandonnés. Une initiative qui a permis d’entamer un processus d’enregistrement de tous les enfants gardés dans ces centres.
Cap sur la reconstruction
Si en raison de la situation prévalant dans le pays, l’action humanitaire, 6 mois après le séisme, parait incontournable, elle ne saurait capter toute l’énergie. A en croire la Représentante, l’accent doit être parallèlement mis sur la reconstruction. Et celle-ci doit se faire à deux niveaux : la reconstruction physique et la reconstruction de systèmes. A titre d’exemples, 13 Ministères sur 16 ont été détruits et 150 cadres ont succombé sous les décombres. Aussi, dans le cadre du soutien immédiat aux Ministères, l’Unicef a fourni des préfabriqués et des ordinateurs au Ministère de l’Education nationale, à l’IBESR et à la Direction de la Nutrition du ministère de la Santé publique. Mais pour le Fond des Nations Unies pour l’Enfance, la reconstruction physique renvoie à la reconstruction d’écoles.
Et l’octroi des tentes à 120 écoles constitue déjà des actions de reconstruction. En outre, il a entrepris un processus de constructions semi-permanentes. L’objectif poursuivi dans cette optique est d’aller vite pour que les enfants puissent retourner à l’école. L’Unicef travaille aussi à la reconstruction du système national d’éducation. « Il y avait une stratégie, tout était prêt » mais il faut redynamiser et faire en sorte que tous les enfants y soient inclus. Une initiative qui suppose entre autres la formation de maitres, l’élaboration de curriculum, l’appui psycho-social. L’Unicef a déjà aidé à former des maitres, il faut continuer. Aussi quelque 120 ONG ont été formées dans la prise en charge au niveau psychosocial afin qu’elles puissent suivre les normes édictées par le gouvernement.
Une situation identique dans le domaine de la santé. Car le pays est habitué à faire des campagnes de vaccination, il faut maintenant une routine, que les mamans sachent qu’il faut vacciner. Là où les systèmes n’existaient pas, il faut aider à les mettre en place comme c’est le cas pour le Ministère des Affaires sociales dans la mise en place d’un système de Sécurité sociale. Pour l’Unicef comme pour le Ministère de l’Education nationale, aller à l’école ne doit pas concerner uniquement ceux qui étaient déjà scolarisés. Il faut que « tous les enfants aillent à l’école ». Et l’agence, dans cette optique, s’est engagé à construire 200 écoles semi-permanentes dotées de tout le matériel nécessaire.
Et l’octroi des tentes à 120 écoles constitue déjà des actions de reconstruction. En outre, il a entrepris un processus de constructions semi-permanentes. L’objectif poursuivi dans cette optique est d’aller vite pour que les enfants puissent retourner à l’école. L’Unicef travaille aussi à la reconstruction du système national d’éducation. « Il y avait une stratégie, tout était prêt » mais il faut redynamiser et faire en sorte que tous les enfants y soient inclus. Une initiative qui suppose entre autres la formation de maitres, l’élaboration de curriculum, l’appui psycho-social. L’Unicef a déjà aidé à former des maitres, il faut continuer. Aussi quelque 120 ONG ont été formées dans la prise en charge au niveau psychosocial afin qu’elles puissent suivre les normes édictées par le gouvernement.
Une situation identique dans le domaine de la santé. Car le pays est habitué à faire des campagnes de vaccination, il faut maintenant une routine, que les mamans sachent qu’il faut vacciner. Là où les systèmes n’existaient pas, il faut aider à les mettre en place comme c’est le cas pour le Ministère des Affaires sociales dans la mise en place d’un système de Sécurité sociale. Pour l’Unicef comme pour le Ministère de l’Education nationale, aller à l’école ne doit pas concerner uniquement ceux qui étaient déjà scolarisés. Il faut que « tous les enfants aillent à l’école ». Et l’agence, dans cette optique, s’est engagé à construire 200 écoles semi-permanentes dotées de tout le matériel nécessaire.
Edition et Rédaction de Faustin Caille
mercredi 28 juillet 2010
L'Unicef va vacciner 500 000 enfants
Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (Unicef) a lancé ce mardi une campagne de vaccination en Haïti.
Selon le communiqué émis mardi, le but de l'Unicef est d'immuniser au moins 500 000 enfants supplémentaires contre la diphtérie, le tétanos, la rubéole, la rougeole et la polio. Selon l'organisation, les projets mis en place avec des partenaires en Haïti ont permis d'aider plus de 63 000 enfants en leur fournissant des installations récréatives et des jeux dans les 225 espaces aménagés. L'agence dit aussi assurer un soutien psychologique aux enfants traumatisés par le séisme du 12 janvier dernier. L'Unicef soutient que la situation nutritionnelle reste stable et sous le seuil d'urgence. Il est estimé que six mois après le séisme, les installations d'eau et d'assainissement mises en place par l'Unicef et ses partenaires profitent à plus de 1,2 million de personnes.
mardi 27 juillet 2010
Une ONG française empêchée d’installer un abri pour une école professionnelle à Jacquet
Les techniciens de l’ONG française « Abris sans frontière » et les cadres du Secours populaire français ont du interrompre le 24 juillet la mise en place d’une structure de toile devant accueillir une école professionnelle à Jaquet (périphérie est) à cause des menaces d’un groupe de personnes munies de pierres, de machettes et d’une arme à feu.
Le chef monteur, et ses aides commençaient à peine à planter les pieux pour installer la structure sur ce qui semblait un terrain de football, quand « des brailleurs » s’en sont pris aux techniciens puis aux hommes qui prêtaient main forte au chantier, raconte un témoin à AlterPresse. La bénéficiaire haïtienne du projet, Anna Gaillard, présidente d’une ONG haïtienne d’aide aux femmes (Fam Grama, dont la CGT française, précise-t-elle, a parrainé l’opération), a tenté de négocier sans succès. La mairie de Delmas, explique-t-elle, a obtenu la concession du propriétaire et lui a reconcédé le terrain pour y construire un centre de formation professionnelle. Un homme arborant un revolver, accompagné d’autres armés de machettes, et leurs poches gonflées de roches ont même réclamé à un journaliste français présent son appareil photo, indique la même source. Le chef de mission, Daniel Robin, secrétaire national au Secours Populaire, a alors décide de mettre un terme à la mission humanitaire et de battre en retraite immédiatement. « Abris sans frontière » s’est associée au Secours Populaire pour livrer et monter en Haïti 70 tentes familiales de 18 mètres carrés et six chapiteaux de 200 m2 qui, une fois cloisonnés, abriteront une vingtaine de salles de classes, un orphelinat et une salle polyvalentes. Ces structures sont gérées par les associations haïtiennes partenaires du Secours Populaire. Les monteurs sont formés sur place par des animateurs d’Architecture textile française (ATF), le numéro un européen de la location de chapiteaux et de structures de toile destinés aux foires, aux grands meetings ou aux spectacles itinérants
lundi 26 juillet 2010
La situation de l'agriculture
Après l’arrêt des distributions massives d’aide alimentaire d’urgence au cours desquelles environ 30 mille tonnes d’aliments ont été distribuées à environ 3 millions de personnes, des dispositions ont été prises en vue de relancer la production agricole locale. Après l’évaluation des besoins des exploitants, des milliers de tonnes d’intrants de base (semences, engrais) et des équipements de labourage ont été alors distribués aux exploitants agricoles à travers le pays au début de la saison de printemps.
Certains facteurs tels l’appui technique et en intrants et surtout les conditions météorologiques favorables dans les différentes zones agro écologiques depuis les dernières décades d’avril, le développement des cultures dans les régions ayant démarré la saison à temps, laissent anticiper une campagne agricole de printemps réussie. Selon Selon le Ministère de l'Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) , les premières récoltes (maïs, haricot, igname, manioc, patate douce, etc.), ont été satisfaisantes dans certaines zones telles le Nord (Saint Raphael, Plaisance, Pilate, Borgne), l’Artibonite, le Nord-est, le Sud (notamment la Côte Sud). Au niveau du Centre (bas Plateau notamment), les cultures (maïs, haricot, pois Congo, patate douce, manioc et banane Plantin) se développent normalement, à la faveur d’une pluviométrie abondante. Mais au niveau des montagnes, l’excédent de pluies compromet les récoltes de haricot.
Une observation similaire a été faite au niveau de l’Artibonite où, suite aux inondations provoquées par les pluies de mai et de juin, les plantations de maïs, de pistache et de riz ont été emportées. Dans le Sud-est, vu que la période de récolte de haricot approche, les récoltes de haricot et de maïs de printemps courent le risque d’être hypothéquées. Au mois de juin, les pertes de haricot et de mais dans le département du Sud-est ont été estimées à 60 et 35 % en moyenne, respectivement. On y signale aussi les brûlures subies par les plantations de pomme de terre à cause d’un excédent hydrique. Il importe de souligner le développement d’une situation inquiétante au niveau de la Grande-Anse avec la présence des fourmis envahissantes qui attaquent les cultures. Ainsi, sur douze communes, huit sont concernées : Jérémie, Moron, Chambellan, Dame Marie, Anse d’Hainaut, les Irois, Bonbon et Abricot. Malgré les mesures adoptées par les techniciens en place (formation des agents agricoles, application de pesticides) et les conditions climatiques favorables, la production agricole y est très faible. L’incidence est plus grave pour le maïs, les racines comme le manioc, la pate douce, ainsi que pour le bétail. Il en résulte une baisse de la disponibilité alimentaire au niveau de ces communes et une augmentation légère des prix des produits de base, notamment des céréales. En revanche, la saison a pleinement réussi pour les communes non affectées telles Beaumont, Corail, Roseaux et Pestel. Par ailleurs, Léogane continue d’enregistrer des pertes liées à la catastrophe du 12 janvier. En effet, si les récoltes de maïs se sont avérées bonnes, les plantations de haricot sont hypothéquées. Plus important encore, cette année les mangues léoganaises, très prisées par les Port-au-princiers, n’ont pas été au rendez-vous à cause de la chute des fleurs provoquées par les averses de novembre et décembre 2009. De plus dans la section de Petite Rivière, les champs de cannes à sucre et d’autres cultures, envahis par l’océan après le tremblement de terre, sont pour la plupart détruits.
Une observation similaire a été faite au niveau de l’Artibonite où, suite aux inondations provoquées par les pluies de mai et de juin, les plantations de maïs, de pistache et de riz ont été emportées. Dans le Sud-est, vu que la période de récolte de haricot approche, les récoltes de haricot et de maïs de printemps courent le risque d’être hypothéquées. Au mois de juin, les pertes de haricot et de mais dans le département du Sud-est ont été estimées à 60 et 35 % en moyenne, respectivement. On y signale aussi les brûlures subies par les plantations de pomme de terre à cause d’un excédent hydrique. Il importe de souligner le développement d’une situation inquiétante au niveau de la Grande-Anse avec la présence des fourmis envahissantes qui attaquent les cultures. Ainsi, sur douze communes, huit sont concernées : Jérémie, Moron, Chambellan, Dame Marie, Anse d’Hainaut, les Irois, Bonbon et Abricot. Malgré les mesures adoptées par les techniciens en place (formation des agents agricoles, application de pesticides) et les conditions climatiques favorables, la production agricole y est très faible. L’incidence est plus grave pour le maïs, les racines comme le manioc, la pate douce, ainsi que pour le bétail. Il en résulte une baisse de la disponibilité alimentaire au niveau de ces communes et une augmentation légère des prix des produits de base, notamment des céréales. En revanche, la saison a pleinement réussi pour les communes non affectées telles Beaumont, Corail, Roseaux et Pestel. Par ailleurs, Léogane continue d’enregistrer des pertes liées à la catastrophe du 12 janvier. En effet, si les récoltes de maïs se sont avérées bonnes, les plantations de haricot sont hypothéquées. Plus important encore, cette année les mangues léoganaises, très prisées par les Port-au-princiers, n’ont pas été au rendez-vous à cause de la chute des fleurs provoquées par les averses de novembre et décembre 2009. De plus dans la section de Petite Rivière, les champs de cannes à sucre et d’autres cultures, envahis par l’océan après le tremblement de terre, sont pour la plupart détruits.
Globalement, hormis ces difficultés localisées, la disponibilité alimentaire est plus ou moins satisfaisante les différents marchés étant bien approvisionnés en produits alimentaires locaux et importés. On y retrouve des céréales (maïs, riz, petit-mil), des légumineuses (haricot noire notamment), des racines et tubercules, des fruits dont en particulier la mangue, toutes catégories confondues, provenant en majeure partie du Nord, de l’Artibonite et du Plateau central.
dimanche 25 juillet 2010
Fin du programme " Cash For Work " de Care
L’organisation non Gouvernementale CARE Haïti a mis fin cette cette semaine son programme « Cash For Work » (argent contre travail) pour la commune de Carrefour.
Lors d’une cérémonie tenue le 23 juillet au nouveau local de la mairie de Carrefour à la base Amiral Killick (Marine Haïtienne) à Bizoton (périphérie sud), les responsables ont indiqué que 5 025 sinistrés de 39 camps ont bénéficié du programme. Parmi les bénéficiaires se trouvent 2 688 femmes, dont Mimose Marseillant, représentante des 39 Camps, qui a salué l’initiative. « Le Cash for work était une manne pour nous », a-t-elle affirmé. Des critiques sont émises dans certains secteurs sur les conditions de travail dans le programme « Cash for work », qui ne prend pas suffisamment en compte la sécurité des travailleurs sur les chantiers où ils interviennent afin de déblayer les espaces. Présent à la cérémonie, le maire de Carrefour, Yvon Jérôme, a souhaité que le Care relance le programme jusqu’au mois de septembre pour aider les parents sinistrés dans les camps à faire face à la rentrée des classes prévue pour le mois d’octobre prochain. Audrée Monpetit, représentante adjointe de Care Haïti a déclaré que l’organisme « continuera d’accompagner les sinistrés des 39 camps à travers d’autres programmes ». Six mois après le séisme la situation n’a pas beaucoup évolué dans les différentes communes touchées par le séisme dévastateur du 12 janvier. L’un des grands défis demeure le nettoyage des rues jonchées de 20 millions de m3 de débris.
samedi 24 juillet 2010
« La tragédie d’Haïti est le situation la plus forte que j’ai vécue »
Après le Pakistan, l’Afghanistan et le tsunami d’Indonésie, le docteur Lafuente, anesthésiste à la Clinique de l’Université de Navarre, est allé en Haïti, comme volontaire bénévole. Il explique : « La tragédie d’Haïti est le situation la plus forte que j’ai vécue »
La Clinique universitaire de Navarre est une œuvre collective de l’Opus Dei. Dans sa plaquette de présentation, l’établissement hospitalier souligne que « le défi de la Clinique Universitaire de Navarre est de se maintenir à l’avant-garde des avancées scientifiques pour offrir un service médical de pointe, intégral et innovateur. Pour cela elle réalise des efforts permanents pour promouvoir une recherche en relation étroite avec le Centre de Recherche Médicale Appliquée (CIMA) et avec d’autres centres de l’Université de Navarre. ». Suite au tremblement de terre en Haïti, plusieurs médecins sont partis comme volontaire avec l’équipe envoyée par l’Espagne. L’un d’entre eux nous transmet son expérience. Le tremblement de terre d’Haïti est la cinquième catastrophe naturelle pour laquelle le docteur Lafuente, anesthésiste à la Clinique Universitaire de Navarre, et membre de DYA se rend en tant que bénévole pour porter secours à la population.
Auparavant, il était allé en Afghanistan, suite à la guerre dans ce pays, puis au Pakistan (tremblement de terre en octobre 2005) en Indonésie (pour le tsunami de 2006 et le tremblement de terre de septembre 2009). Malgré son expérience, la situation en Haïti ne cesse de l’impressionner. « je peux dire que c’est la chose la plus forte que j’ai vue dans ma vie. (…) La situation est absolument dantesque. » Des journées de travail de 12 heures, des repas pris sur le pouce, la forte chaleur et la précarité de la situation générale, font que les bénévoles commencent à ressentir une certaine fatigue. Néanmoins, le docteur Lafuente s’efforce de rester positif et souligne que « cela vaut la peine de faire cet effort pour tant de gens. Si nous ne sommes pas capables de donner un peu de nous-mêmes pour la population d’Haïti, qui souffre tant, cela n’a pas beaucoup de sens d’avoir étudié la médecine. »
Auparavant, il était allé en Afghanistan, suite à la guerre dans ce pays, puis au Pakistan (tremblement de terre en octobre 2005) en Indonésie (pour le tsunami de 2006 et le tremblement de terre de septembre 2009). Malgré son expérience, la situation en Haïti ne cesse de l’impressionner. « je peux dire que c’est la chose la plus forte que j’ai vue dans ma vie. (…) La situation est absolument dantesque. » Des journées de travail de 12 heures, des repas pris sur le pouce, la forte chaleur et la précarité de la situation générale, font que les bénévoles commencent à ressentir une certaine fatigue. Néanmoins, le docteur Lafuente s’efforce de rester positif et souligne que « cela vaut la peine de faire cet effort pour tant de gens. Si nous ne sommes pas capables de donner un peu de nous-mêmes pour la population d’Haïti, qui souffre tant, cela n’a pas beaucoup de sens d’avoir étudié la médecine. »
Après cinq jours dans la capitale haïtienne, Port au Prince, Alberto Lafuente précise que pour les personnes participants à l’aide humanitaire, les approvisionnements en eau, électricité et communications sont résolus. Ils sont donc répercutés sur la population. « On fait en sorte que les approvisionnements de base arrivent à toute la population, même si c’est difficile, car le pays a vraiment perdu tous ses repères, en plus de la situation de base d’avant le tremblement de terre : le pays évoluait déjà dans la pauvreté la plus absolue. » L’assistance médicale espagnole s’est installée dans l’un des trois hôpitaux encore debout, sur les dix hôpitaux existants avant le tremblement de terre. En cinq jours, ils ont réussi à aménager cet hôpital, dans lequel on a pu installer un bloc opératoire, avec des moyens matériels amenés d’Espagne, et dans lequel on a pu opérer dès le premier jour de leur arrivée.
Quand le remède tue le soignant et le rescapé
Retour d'un monde de traumatisme et de destruction. En Haïti, plus de six mois après le séisme, le chaos règne toujours. En quarante ans d'humanitaire, je n'ai jamais connu une telle situation, et j'ai pourtant approché des guerres et des catastrophes à travers le monde. Mais en Haïti tout est plus violent, plus dur, plus épouvantable. Je me suis trouvé face à un peuple traumatisé, blessé dans les corps et dans les âmes …
Au lendemain de ce séisme, La Chaîne de l'Espoir a pu déployer son aide médicale au sein de la clinique Lambert, dirigée par le Docteur Margaret Degand, à Pétionville, près de Port-au-Prince. Dans cet ancien établissement de chirurgie esthétique, plus de 2 000 blessés ont été pris en charge, et la clinique est devenue un centre de référence pour tous les sauveteurs. Dans cette clinique, j'ai retrouvé le cardiologue haïtien Michel Théard, mon ancien élève à l'hôpital Broussais, à Paris. Avec lui, je me suis trouvé plongé dans le milieu médical haïtien. Et là, j'ai constaté qu'un drame se jouait dans le drame…
Les ONG détruisent le tissu économique du pays.
Comment le petit paysan pourrait-il vendre ces quelques bananes, si les organisations humanitaires distribuent des vivres gratuitement ? De la même manière, la médecine gratuite est en train de détruire le système de santé en Haïti. Qu'on ne se méprenne pas : la prodigieuse solidarité internationale qui s'est manifestée lors du tremblement de terre a constitué une aide essentielle pour ce pays supplicié, notamment celle des organisations médicales humanitaires. Toutefois, sur place, six mois après, la situation des hôpitaux, des médecins, des personnels soignants est tout simplement effrayante : il n'y a plus de moyens et les patients ne sont plus prêts à recourir à des soins qui ne soient pas gratuits … Des hôpitaux sont obligés de fermer. Un autre a réduit de moitié ses effectifs de médecins, personnels soignants et administratifs. Un chirurgien viscéral m'a expliqué qu'en un mois il n'a procédé qu'à une seule opération. Les cabinets médicaux, les cliniques, les hôpitaux sont en situation de grand dysfonctionnement. Et, lorsque les établissements réussissent vaille que vaille à se maintenir, ils ne trouvent plus d'infirmières ni de jeunes médecins pour y exercer car les ONG les recrutent, avec des salaires beaucoup plus élevés.
Les ONG détruisent le tissu économique du pays.
Comment le petit paysan pourrait-il vendre ces quelques bananes, si les organisations humanitaires distribuent des vivres gratuitement ? De la même manière, la médecine gratuite est en train de détruire le système de santé en Haïti. Qu'on ne se méprenne pas : la prodigieuse solidarité internationale qui s'est manifestée lors du tremblement de terre a constitué une aide essentielle pour ce pays supplicié, notamment celle des organisations médicales humanitaires. Toutefois, sur place, six mois après, la situation des hôpitaux, des médecins, des personnels soignants est tout simplement effrayante : il n'y a plus de moyens et les patients ne sont plus prêts à recourir à des soins qui ne soient pas gratuits … Des hôpitaux sont obligés de fermer. Un autre a réduit de moitié ses effectifs de médecins, personnels soignants et administratifs. Un chirurgien viscéral m'a expliqué qu'en un mois il n'a procédé qu'à une seule opération. Les cabinets médicaux, les cliniques, les hôpitaux sont en situation de grand dysfonctionnement. Et, lorsque les établissements réussissent vaille que vaille à se maintenir, ils ne trouvent plus d'infirmières ni de jeunes médecins pour y exercer car les ONG les recrutent, avec des salaires beaucoup plus élevés.
Une autre forme d'urgence
Michel Théard me précisait même que le remède est en train de tuer le médecin ! Comment ne pas comprendre le découragement quand il suffit à des médecins haïtiens d'aller sur Internet pour constater qu'après le tremblement de terre, une ONG a reçu, à elle seule, l'équivalent en dons de trois fois le budget annuel du ministère haïtien de la santé. Comment ne pas comprendre que l'on observe sur les murs de Port-au-Prince un bien vieux slogan qui rejaillit, actualisé : "ONG go home !". En Haïti comme ailleurs, les ONG n'ont pas vocation à s'installer définitivement. Il serait dramatique de prendre le risque de voir le système médical haïtien détruit lorsqu'elles se retireront. Or, elles se retireront et, si le pays a vécu sous perfusion, il ne survivra pas à l'arrêt de la machine. Pour sortir de ce piège, les pouvoirs publics haïtiens, avec une immense faiblesse de moyens, travaillent à un programme d'aide aux structures médicales pour tenter de les sauver, elles et les personnels médicaux locaux. Des tentatives de coopération entre les institutions privées et publiques tentent de se mettre en place et des initiatives originales sont tentées. Mais rien ne sera possible si la solidarité internationale, encore si forte, ne déplace pas ses modes d'intervention et d'assistance pour se mobiliser autour de l'aide aux structures locales, à la formation… Bref, pour préserver, développer et moderniser ce qu'il reste d'un système médical local. C'est une autre forme d'urgence. C'est peut-être aujourd'hui la première.
Alain Deloche, chirurgien, président de la Chaîne de l'Espoir
vendredi 23 juillet 2010
Colère et déception pour le parrainage au Québec
Même si le programme spécial de parrainage humanitaire est officiellement fermé depuis lundi, Québec ne prévoit pas de terminer de traiter tous les dossiers reçus avant plusieurs mois, ce qui suscite de vives réactions dans la communauté haïtienne.
La ministre de l’Immigration Yolande James a annoncé la semaine dernière qu’elle fermait le programme spécial mis sur pied à la suite du séisme du 12 janvier, et qui a élargi le parrainage aux sœurs, frères et enfants de plus de 22 ans de Québécois d’origine haïtienne, car elle estimait avoir reçu assez de dossiers pour atteindre l’objectif d’accueil initial de 3 000 sinistrés. Or, à ce jour, seulement 1 000 certificats de sélection ont été émis et les 2 000 dossiers restants ne seront pas complétés avant « quelques mois », a confirmé la porte-parole du ministère de l’Immigration, Anne-Frédérick Laurence. « C’est lent et c’est énervant, surtout que plus on entend parler d’Haïti, plus on se rend compte que la situation est difficile là-bas. C’est urgent », déplore Jean Ernest, directeur de la radio CPAM, une figure connue de la diaspora haïtienne montréalaise. Plusieurs membres de la communauté haïtienne se disent par ailleurs déçus de la fermeture «abrupte » de ce programme.
« La ministre avait bien mentionné qu’on avait jusqu’à décembre pour déposer une candidature. Plusieurs personnes sont donc déçues, surtout que ce programme ferme alors qu’aucun sinistré parrainé n’est encore arrivé au pays », note Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d'Haïti (en photo ci-dessous).
Steve Joseph est l’un de ceux qui ont réussi à déposer in extremis une demande de parrainage, alors que le programme a été fermé avec « seulement une semaine de préavis ». « Je cherche à parrainer ma sœur qui est à Port-au-Prince. En une semaine, j’ai dû monter un dossier avec une centaine de documents, de ma déclaration de revenus à mon relevé de paie. Moi, je pensais vraiment que ce n’était pas « premier arrivé, premier servi » et j’ai passé proche de me faire avoir », rage l’homme de 33 ans.
Une fois en main le certificat de sélection de Québec, le processus ne s’arrête pas là, puisque le réfugié sélectionné par la province doit ensuite demander le statut de résident permanent au gouvernement fédéral. « Ce n’est pas évident de présenter une demande au gouvernement fédéral.
Puisque le programme de parrainage de Québec a fermé abruptement, la ministre doit au moins s’engager à soutenir les Haïtiens jusqu’au bout de leurs démarches. Nous en faisons la demande à Québec et nous sommes prêts à faire pression pour obtenir cette promesse », lance Mme Villfranche. Du côté de la ministre de l’Immigration, la porte-parole Anne-Frédérick Laurence a affirmé qu’une ligne téléphonique était disponible pour aider les parrains et les « parrainés » dans leurs démarches. « Nous allons les accompagner dans leurs démarches. Il faut cependant comprendre que s’il y a un refus de la part du fédéral, ce n’est pas de notre ressort », nuance-t-elle. À l’heure actuelle, le ministère de l’Immigration n’a toujours pas compilé le nombre de demandes de parrainage reçues.
jeudi 22 juillet 2010
Le FMI annule la dette restante
Le Fonds monétaire international a annoncé mercredi avoir annulé l'intégralité des sommes qu'Haïti lui doit et avoir accordé à ce pays une nouvelle facilité de caisse pour soutenir sa croissance et l'aider à se reconstruire. Le conseil d'administration du FMI a accordé une annulation de dette totale à Haïti, ce qui correspond à une remise de dette de 268 millions de dollars, indique l'organisation multinationale dans un communiqué.
Dans le même temps, l'instance de décision du Fonds a accordé une nouvelle facilité de crédit au pays, frappé en janvier par un terrible séisme, indique le communiqué. Cette facilité étendue de crédit (FEC), aide accordée à des pays connaissant des difficultés prolongées de balance des paiements, doit permettre à Haïti de bénéficier d'une facilité de caisse d'une durée de trois ans. L'argent, qui sera débloqué par tranches successives, permettra à Port-au-Prince de tirer à terme jusqu'à 60 millions de dollars auprès du Fonds, indique le FMI. Le directeur général du Fonds, Dominique Strauss-Kahn, a appelé les nations ayant promis d'aider Haïti de "à tenir promesse rapidement afin que la reconstruction puisse s'accélérer, et que la qualité de vie des Haïtiens s'améliore en même temps que s'apaiseront les tensions sociales". M. Strauss-Kahn faisait-là référence à l'aide promise lors d'une conférence organisée en mars pour aider Haïti à se reconstruire et au cours de laquelle ont été promis 9,9 milliards de dollars, dont 5,3 doivent être déboursés au cours des dix-huit mois à venir. L'organisation de Washington a précisé que sa nouvelle aide à Haïti avait été financée grâce au Fonds fiduciaire du FMI pour l'allégement de la dette après une catastrophe (ADAC), lancé en juin. Dans un communiqué distinct, le Fonds précise les modalités de fonctionnement de ce nouveau mécanisme et indique que celui-ci est destiné à "dégager des ressources supplémentaires pour satisfaire aux besoins exceptionnels de balance des paiements créés par la catastrophe puis par la reconstruction", en complément du financement des donateurs.
mercredi 21 juillet 2010
Haïti ne se relève pas du tremblement de terre
Haïti ne se relève pas du tremblement de terre de janvier, a estimé hier, mardi, la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean. Elle a appelé à rompre avec la logique d'assistance et à impliquer davantage la population du pays dans la reconstruction.
Six mois après le tremblement de terre du 12 janvier, « une situation alarmante prévaut dans ce pays. Haïti s'en relève-t-il ? Non. Pour le moment, il ne s'en relève pas », a déploré Mme Jean lors d'un discours à Paris, dans le cadre de la convention annuelle du réseau culturel français à l'étranger.
« Le temps est venu de rompre avec la logique d'assistance qui a transformé Haïti en laboratoire », a-t-elle ajouté, en soulignant que la solidarité devait s'exprimer en totale coopération avec le gouvernement haïtien. « Il faut une nouvelle éthique du partage », a-t-elle dit, en faisant valoir qu'« Haïti ne se relèvera pas sans la participation pleine et entière des femmes, des hommes et des enfants de ce pays ».
Aujourd'hui désœuvrée, la population haïtienne « doit être incluse dans chaque projet », a demandé la gouverneure générale, en lançant un appel à un effort particulier pour l'éducation, dans un pays où plus de 1,5 million d'enfants ne sont pas scolarisés. L'ambassadeur de France en Haïti, Didier Le Bret, reconnaît lui aussi que les progrès sont inexistants. Par exemple, on ignore si les camps de toile utilisés pour abriter les sinistrés vont perdurer. Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain. Michaëlle Jean sera bientôt l'envoyée spéciale de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) en Haïti. Elle occupera ses nouvelles fonctions cet automne, à la fin de son mandat de gouverneure générale du Canada.
« Le temps est venu de rompre avec la logique d'assistance qui a transformé Haïti en laboratoire », a-t-elle ajouté, en soulignant que la solidarité devait s'exprimer en totale coopération avec le gouvernement haïtien. « Il faut une nouvelle éthique du partage », a-t-elle dit, en faisant valoir qu'« Haïti ne se relèvera pas sans la participation pleine et entière des femmes, des hommes et des enfants de ce pays ».
Aujourd'hui désœuvrée, la population haïtienne « doit être incluse dans chaque projet », a demandé la gouverneure générale, en lançant un appel à un effort particulier pour l'éducation, dans un pays où plus de 1,5 million d'enfants ne sont pas scolarisés. L'ambassadeur de France en Haïti, Didier Le Bret, reconnaît lui aussi que les progrès sont inexistants. Par exemple, on ignore si les camps de toile utilisés pour abriter les sinistrés vont perdurer. Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain. Michaëlle Jean sera bientôt l'envoyée spéciale de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) en Haïti. Elle occupera ses nouvelles fonctions cet automne, à la fin de son mandat de gouverneure générale du Canada.
mardi 20 juillet 2010
La vie quotidienne dans les camps haïtiens, un combat
Voir : les Camps, ma nouvelle adresse en Haïti !
Des mois après le tremblement de terre, des milliers de personnes, à Port-au-Prince et ailleurs, continuent à attendre ne serait-ce qu’un début d’aide humanitaire. Dans les quatre camps de fortune où nous nous sommes rendus lors de nos premiers jours en Haïti, chaque jour est une lutte et les conditions sont terribles, c’est peu de le dire. Les gens sont privés d’eau, de nourriture, d’installations sanitaires ou d’abri. La résilience et la solidarité qui les unit sont les seules choses sur lesquelles les habitants de ces camps peuvent compter.
Des mois après le tremblement de terre, des milliers de personnes, à Port-au-Prince et ailleurs, continuent à attendre ne serait-ce qu’un début d’aide humanitaire. Dans les quatre camps de fortune où nous nous sommes rendus lors de nos premiers jours en Haïti, chaque jour est une lutte et les conditions sont terribles, c’est peu de le dire. Les gens sont privés d’eau, de nourriture, d’installations sanitaires ou d’abri. La résilience et la solidarité qui les unit sont les seules choses sur lesquelles les habitants de ces camps peuvent compter.
Il y a des camps partout. Chaque espace en plein air, que le terrain soit public ou privé, est occupé par des centaines, voire des milliers de personnes. Les gens s’abritent pour la plupart sous des draps et des serviettes de toilette, des tentes, des bâches ou, pour les plus industrieux, sous des structures faites de bois et de fer-blanc de récupération. Dans les camps que nous avons visités à Cité Soleil, Delmas et Champ-de-Mars, des comités locaux se sont créés, improvisant et prenant en charge les tâches d’intendance de base : coordination, sécurité pendant la nuit, enregistrement des familles, activités pour les enfants, creusement de latrines ou délimitation des espaces communs. La participation des femmes et leur représentation au sein des comités est cependant restreinte.
Ceci dit, la plupart des femmes sont à l’extérieur, dans les rues de Port-au-Prince, vendant diverses marchandises et essayant de gagner de quoi nourrir leur famille. À certains points de distribution, d’autres femmes font patiemment la queue dans l’ordre et la discipline afin de recevoir du riz ou d’autres articles proposés par des organisations humanitaires, sous l’œil vigilant de casques bleus de l’ONU ou de soldats américains lourdement armés.
Ceci dit, la plupart des femmes sont à l’extérieur, dans les rues de Port-au-Prince, vendant diverses marchandises et essayant de gagner de quoi nourrir leur famille. À certains points de distribution, d’autres femmes font patiemment la queue dans l’ordre et la discipline afin de recevoir du riz ou d’autres articles proposés par des organisations humanitaires, sous l’œil vigilant de casques bleus de l’ONU ou de soldats américains lourdement armés.
La destruction de la ville est massive et la plupart des locaux des institutions gouvernementales se sont écroulés ou sont trop endommagés pour fonctionner. Les représentants des autorités, comme des milliers d’autres Haïtiens, campent et travaillent au bord de la route. Le poste de police de Port-au-Prince est situé à quelques centaines de mètres des vestiges du Palais présidentiel et surplombe le Champ-de-Mars, un des espaces en plein air de la ville – désormais occupé par plus de 12 000 personnes. Ce poste de police accueille l’une des quelques unités mises en place pour lutter contre la violence à l’égard des femmes. Ce service se limite désormais à une table poussiéreuse installée sur le trottoir et est seulement opérationnel pendant la journée. Depuis le séisme, plusieurs pages d’un registre ont été remplies de plaintes pour abus sexuels et violences déposées par des femmes, des jeunes filles et des fillettes résidant dans le camp du Champ-de-Mars, de l’autre côté de la rue.
Le jour où nous nous sommes rendus au poste de police, le policier de service à cette table a compté pour nous à contrecœur le nombre de cas inscrits dans le registre : 52 cas de violences physiques et sexuelles depuis le tremblement de terre. Il nous a dit que de nombreuses victimes étaient mineures, âgées de 11 à 16 ans, et que la plupart des agressions se déroulaient la nuit. Bien qu’il sache où envoyer les victimes pour qu’elles bénéficient de soins médicaux après une agression sexuelle, il n’a pas été en mesure d’expliquer pourquoi, la nuit précédente, une femme sollicitant l’aide de la police après que quatre jeunes gens eurent tenté de violer sa fille de 17 ans s’est entendu dire que la police ne pouvait rien faire et que le maintien de l’ordre au sein des camps relevait de la responsabilité du président de la République. La confiance de la population envers la police en a été fortement ébranlée…
Le jour où nous nous sommes rendus au poste de police, le policier de service à cette table a compté pour nous à contrecœur le nombre de cas inscrits dans le registre : 52 cas de violences physiques et sexuelles depuis le tremblement de terre. Il nous a dit que de nombreuses victimes étaient mineures, âgées de 11 à 16 ans, et que la plupart des agressions se déroulaient la nuit. Bien qu’il sache où envoyer les victimes pour qu’elles bénéficient de soins médicaux après une agression sexuelle, il n’a pas été en mesure d’expliquer pourquoi, la nuit précédente, une femme sollicitant l’aide de la police après que quatre jeunes gens eurent tenté de violer sa fille de 17 ans s’est entendu dire que la police ne pouvait rien faire et que le maintien de l’ordre au sein des camps relevait de la responsabilité du président de la République. La confiance de la population envers la police en a été fortement ébranlée…
La vie surgit au milieu des décombres
Le petit Wilson est né au cours de la nuit précédant notre second passage à Cité Soleil, un camp de fortune où vivent 272 familles. Sa mère lui a donné naissance dans les conditions les plus insalubres que l’on puisse imaginer : par terre, à quelques mètres d’un canal d’eau stagnante à l’odeur fétide, obstrué par des ordures et couvert de mouches et de moustiques. Une autre femme du camp a aidé la mère de Wilson pendant l’accouchement, qui nous a été décrit comme difficile, sans eau propre, serviettes, ni instruments stériles pour couper le cordon. Âgé d’un jour, Wilson se reposait en toute quiétude dans les bras de sa mère, en aucun cas dérangé par notre présence, ni par la nuée de moustiques qui avaient envahi l’espace où nous nous trouvions, sous des draps de lit maintenus en l’air grâce à de la ficelle. Cette installation est sa maison natale. L’abri improvisé apportait de l’ombre et pas grand-chose d’autre, n’offrant aucune protection contre les dangers environnants. Il laisse ainsi trois enfants et leur mère, qui est veuve, exposés à la pluie et aux inondations récurrentes à Cité Soleil, et à la merci de maladies infectieuses. Avec la saison des pluies toutes les personnes avec qui nous avons parlé craignent le pire. Ce dont elles ont besoin, ce qu’elles demandent, c’est un toit au-dessus de leur tête. C’est leur priorité.
Par Gerardo Ducos, délégué d’Amnesty International en mission à Port-au-Prince, en Haïti
lundi 19 juillet 2010
Les orphelins de la frontière de Malepasse
La frontière de Malepasse entre Haïti et la République dominicaine est devenue, après le séisme du 12 janvier dernier, un lieu stratégique : c'est en effet ici que transite tout le fret commercial et humanitaire, car le port de Port-au-Prince n'est pas totalement remis en service. La zone est en fait une petite ville, avec ses commerces et son marché. Et chaque jour, dans ce lieu atypique, une dizaine d'enfants orphelins travaillent sans relâche pour gagner quelques centimes.
dimanche 18 juillet 2010
Secousse aux GonaÏves
Une secousse tellurique de magnitude 4.3 sur l’échelle de Richter à été ressentie hier, samedi 17 juillet à 2h 01 et 44 secondes du matin. L’épicentre a été localisé à 37.9 km de profondeur à 30 km Ouest, Sud-Ouest au large des Gonaïves, 65 km au Sud de Port-de-Paix et à 110 km au Nord-Ouest de Port-au-Prince.
La protection civile ne rapporte aucun dommage ni victimes mais cette secousse de faible intensité a effrayé une partie de la population, réveillant un souvenir encore très présent dans cette région qui n’avait pas été éprouvé par le tremblement de terre du 12 janvier mais qui abrite plus de 40 000 réfugiés qui ont fuit la capitale et pour qui, lorsque la terre tremble tout peut arriver. « Je me sentais comme sous un choc électrique » à déclaré un habitant réveillé en pleine nuit « je me suis assis dans mon lit, j’ai tenue ma femme et mes enfants contre moi et nous avons prié Dieu ». Les habitant de Gonaïves, ville portuaire qui vivent déjà dans la crainte de la saison cyclonique ayant en mémoire les tempêtes Jeanne et Hanna (2004 et 2008). C’est la ville du pays la plus exposée aux catastrophes climatiques et cette secousse de faible intensité ajoute à une situation déjà très inquiétante pour la population.
samedi 17 juillet 2010
Le faux site de la diplomatie française
Le site diplomatiegov.fr a annoncé un engagement financier de la France envers Haïti, cette semaine. Fausse annonce, faux site... qui nous viendrait de Montréal.
Il en a les couleurs, il arbore les mêmes drapeaux, il met en avant des logos presque similaires... Le site diplomatiegov.fr ressemble fort au site diplomatie.gouv.fr mais ce n'est pas le site du ministère des Affaires étrangères (MAE). En vedette sur la page d'accueil, une vidéo. Une "porte-parole du MAE" annonce, à l'occasion du 14 juillet, la remise à zéro des relations entre la France et Haïti, "unis par la compassion et la coopération" après le séisme qui a endeuillé le pays le 12 janvier dernier. Selon cette déclaration, Paris s'engage à "rendre les 90 millions de francs-or qu'elle avait exigés de la part d'Haïti pour le dédommagement des colons à la suite de son indépendance au début du XIXe siècle". Somme qui s'élève aujourd'hui à 17 milliards d'euros, "si l'on tient compte de l'inflation et du taux d'intérêt", et qui sera reversée à Port-au-Prince "sous forme de versements annuels sur une période de 50 ans".
Yes Men, les pros de la fausse annonce
Cette séquence, annonce-démenti, rappelle les opérations de communication menées par les Yes Men. La plus célèbre reste sans doute l'interview accordée à la BBC par un faux représentant de Dow Chemical, en décembre 2004: en prétendant que le géant américain de l'industrie chimique indemniserait en masse les victimes de la catastrophe de Bhopal, survenue 20 ans plus tôt en Inde, et nettoierait le site, les activistes ont précipité la chute de l'action en bourse et poussé Dow Chemical à démentir l'information.
Page principale, vidéo et communiqué "officiel": en dehors de ces trois éléments, tous les onglets du site diplomatiegov.fr pointent vers le véritable site du MAE. Le Quai d'Orsay a d'ailleurs promis des "suites judiciaires" pour la copie frauduleuse des contenus officiels de son site. Et démenti l'annonce du remboursement de la "dette originelle" d'Haïti, demandée en 2003 par le président Aristide, à l'occasion du bicentenaire de l'indépendance haïtienne.
Mais qui est l'auteur de cette initiative et quel but poursuit-il ? Une rapide recherche donne quelques indices. Premier clin d'oeil, la création du site date du 21 juin dernier et aurait été effectuée par un certain Toussaint Louverture... Le véritable Toussaint Louverture ne disposait sans doute pas d'une adresse de courrier électronique chez Hotmail, comme indiqué sur cette fiche: il fut le héros de la révolution haïtienne, à la jonction du XVIIIe et du XIXe siècle !
Autre piste, le numéro de téléphone. Il renvoie directement vers une boîte vocale: une voix féminine se présente sous le nom de Laurence Fabre, porte-parole du MAE. Ce nom correspond aussi à un compte Twitter qui relaie toutes les publications liées au site pirate. Comme ce post de blog de The Lede sur le site du New York Times.
On retrouve la trace de ce numéro sur Internet: sur la Toile, il appartient à la société bordelaise Perestroika Creative qui conçoit des sites internet. L'un de ses responsables, Jofrey Claudey, réfute cependant tout lien avec diplomatiegov.fr. "Ce numéro, acquis via Skype, nous ne l'avons plus depuis octobre 2009. Il a dû être réattribué depuis. Le hasard veut que cela tombe sur ma société qui créait des sites... mais qui a déposé le bilan le mois dernier. Nous sommes totalement étrangers à cette initiative".
Alors qui ? Retour à la vidéo sur la dette haïtienne... où affleure un léger accent québécois. En promenant la souris sur cette vidéo, un nom de serveur apparaît. Serveur sur lequel le document côtoie des présentations .pdf attribuées au site offsettingresistance.ca.
L'exemple canadien
Si cette fausse annonce vient de Montréal, il est important de souligner que le Canada a montré l'exemple dans le dossier haïtien... Il est le premier pays à avoir fait les paiements requis pour annuler le fardeau de ce pays pauvre. Après le séisme de janvier, le G20 s'était entendu pour libérer Haïti de ses dettes contractées auprès des institutions financières internationales, évaluées à 825 millions de dollars américains. La part assumée par Ottawa (33 millions) a été payée en juin. En 2009, le gouvernement de Stephen Harper avait déjà annulé la dette que devait Haïti au Canada.
Les deux contacts de ce site (qui propose principalement une réflexion sur le financement d'ONG environnementales) sont actifs sur le média alternatif en ligne The Dominion, basé à Montréal. Et l'un de ces deux activistes est aussi lié à une organisation locale... pour Haïti.
Haïti qui, six mois après le terrible séisme qui a tué plus de 250 000 personnes et fait 1,5 million de sans-abri, peine encore à se relever. Et qui a reçu, d'après le président de la République dominicaine voisine, 10 % seulement de l'aide internationale promise par la communauté
Pourquoi Haïti attend toujours l'aide internationale
Six mois après le séisme, 10 % seulement des aides promises par les Etats sont parvenues au gouvernement haïtien. Contourné par certains pays, le fonds international pour la reconstruction d'Haïti ne recense que trois donateurs.
Où en est la reconstruction d'Haïti ?
Avec 1,5 million de sans-abri, Haïti se trouve toujours dans une situation "d'urgence permanente", selon la Croix Rouge française. Le manque de soins, d'accès à l'eau et à l'éducation freinent les efforts de reconstruction. Sous une tente au milieu des ruines du Palais national de Port-au-Prince, le président René Préval n'a officiellement lancé la "phase de reconstruction" que dimanche, six mois jour pour jour après le séisme. Les experts internationaux évaluent à 11,5 milliards de dollars le coût de la reconstruction sur une dizaine d'années.
Qu'a permis la conférence internationale des donateurs ?
Dès fin mars, les Etats se sont accordés sur l'aide à apporter. Neuf milliards de dollars sur cinq ans, dont 5,3 les deux prochaines années, ont été promis lors d'une conférence internationale réunie à New York. Un engagement sans précédent qui dépassait les attentes de l'ONU. Pour coordonner cette aide, un fonds multilatéral a été chargé de collecter l'argent et de donner des gages de transparence aux bailleurs. Le 24 avril, la Banque mondiale annonce que le Fonds pour la reconstruction d'Haïti (FRH) a commencé à travailler sous son égide. Le Fonds fonctionne aussi sous la houlette d'une Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH). Le 17 juin, la première réunion de la CIRH a permis d'allouer 31 millions de dollars pour la construction d'abris en prévision de la saison des cyclones.
Où en est-on aujourd'hui ?
Plus de trois mois après la conférence, le Fonds ne compte que... trois donateurs. Le Brésil a montré l'exemple début mai en débloquant 55 millions de dollars. La Norvège et l'Australie lui ont emboité le pas, en versant respectivement 31 et 8,6 millions de dollars, ce qui porte les ressources du Fonds à un peu moins de 100 millions de dollars. Au total "seuls 10 % des 5,3 milliards promis par les gouvernements ont été versés au gouvernement haïtien", s'est inquiété Bill Clinton, coprésident de la CIRH, dans un éditorial publié dans le New York Times. Pour l'ancien dirigeant américain, ce retard handicape le gouvernement haïtien qui doit planifier ses dépenses de reconstruction tout en répondant à l'urgence. "La Banque mondiale doit s'assurer que l'argent promis par les Etats va parvenir rapidement au gouvernement haïtien", a t-il demandé. Le président de la République dominicaine voisine, Leonel Fernadez, a relayé ses critiques : "La reconstruction est toujours très lente et les Haïtiens n'en voient pas les bénéfices."
Les chiffres du désastre : 220 000 morts, 300 000 blessés, 105 000 maisons, 1 300 établissement scolaires et 50 hôpitaux détruits, 50 % de la capitale détruite, 11,5 milliards de dollars nécessaires à la reconstruction.
Pourquoi tous les pays n'ont-ils pas encore participé au Fonds ?
D'abord parce que les procédures sont longues et que la motivation des gouvernements faiblit parfois à mesure que l'émotion retombe. "Les Etats aiment bien les effets d'annonce, explique Marie-José Domestici-Met, directrice de l'Institut d'Etudes humanitaires internationales à l'université d'Aix-Marseille-III. Quand ils annoncent une aide importante lors d'une conférence internationale, ils veulent dire qu'ils sont prêt à monter jusqu'à cette somme. Mais tant que des projets précis ne leur sont pas présentés, ils ne débloquent pas les fonds." L'adage dit que les promesses n'engagent que ceux qui y croient, et la chercheuse constate "qu'il est rare que les grands appels de fonds internationaux soient finalement remplis à 100 %". "Une fois passée l'émotion des Etats et des particuliers, l'engagement des pays dépend de la poursuite de cette émotion et de la médiatisation", remarque t-elle. Autre cas de figure, les Etats contournent le Fonds international et privilégient des relations directes avec le gouvernement haïtien. C'est ce que fait la France qui devrait avoir débloqué 20 millions d'euros avant fin septembre, selon le Quai d'Orsay. Dans une interview donnée jeudi au quotidien local le Nouvelliste en Haïti, l'ambassadeur de France à Port-au-Prince, Didier Le Bret, justifiait la position française : "On a privilégié un traitement bilatéral avec l'Etat haïtien. On n'a pas souhaité attendre que les structures se mettent en place pour commencer à travailler. Ce n'est pas exclu que l'on mette une partie de la somme sur le fonds, mais la majorité de nos moyens ira en appui budgétaire direct au gouvernement haïtien." "Participer à des aides collectives provoque souvent une certaine frustration, commente Marie-José Domestici-Met. Un pays comme la France trouve naturel de ne pas noyer sa contribution dans un fonds multilatéral..."
Alexia Eychenne - L'Expansion - Photo Reuters/St Felix Eves : Un jeune homme dans un des camps de réfugiés qui accueillent toujous les sans-abri six mois après le séisme en Haïti.
vendredi 16 juillet 2010
Coup de gueule pour Haïti
Coup de gueule ou coup de sang, six mois après la catastrophe qui a décimé l’île et ses habitants, rien n’est en place. L’organisation internationale est à la traîne, la coordination peine, aucune réflexion globale sur la reconstruction. C’est dérisoire, lamentable. Six mois après cet élan de générosité, nous avons déjà oublié Haïti et sa misère.
La presse s’en fait écho : « Il n’y a pas de plan d’ensemble et de décision de principe sur la reconstruction de Port-au-Prince, voire du pays. Il manque une perspective concrète. » On l’a déjà dit, la générosité tout azimut des pays du globe, l’acheminement en vivres, en argent et en bonnes volontés des associations humanitaires en tout genre ont plus semé le cafouillage qu’autre chose. Chacun a voulu y aller de son écot et amener une pierre sur ce vaste champ de ruines. Mais y a-t-il eu seulement une quelconque réflexion sur « comment peut-on reconstruire Haïti et lui redonner une dimension perdue depuis longtemps ? » Six mois après le tremblement de terre, les habitants doivent se débrouiller seuls. Ils cohabitent avec les décombres encore nombreux, vivent la plupart dans des camps et attendent la manne internationale.
Rien n’avance !
Or, depuis six mois, des intellectuels de la diaspora haïtienne de Genève ont planché sur une idée novatrice : « Repenser Haïti ». Je m’en voudrais de reprendre à mon compte cette réflexion mais je vous en donne ici quelques extraits.
Or, depuis six mois, des intellectuels de la diaspora haïtienne de Genève ont planché sur une idée novatrice : « Repenser Haïti ». Je m’en voudrais de reprendre à mon compte cette réflexion mais je vous en donne ici quelques extraits.
Hélas, cette réflexion, faute de moyens, faute de pouvoir sensibiliser nos pouvoirs publics à une autre forme de questionnement sur Haïti, n’a pas encore trouvé l’écho nécessaire pour amener un groupe hétérogène à entreprendre une véritable recherche sur la reconstruction de ce pays, tenant compte de toutes les problématiques : un monde rural très défavorisé, un surpeuplement de la capitale et de nombreux bidonvilles, des infrastructures sociales, éducatives, même administratives quasi inexistantes. Bref, il ne suffit pas de mettre Clinton aux commandes, d’envoyer 10 milliards et d'avoir pléthore de techniciens et ingénieurs qui élaborent tous des plans, mais d’une manière peu concertée.
Il est grand temps de repenser Haïti pendant qu’on le peut encore en y associant sa diaspora comme élan de sa reconstruction intégrale.
Il est grand temps de repenser Haïti pendant qu’on le peut encore en y associant sa diaspora comme élan de sa reconstruction intégrale.
« La destruction de Port-au-Prince par le séisme du 12 janvier 2010 a soulevé d’innombrables questions qui sont toutes, par leur contenu, semblables et logiques. Elles se portent, d’une manière générale, sur la nécessité de décongestionner définitivement la capitale ou plus précisément de la déménager ailleurs. L’abandon de cette capitale par certains de ses habitants qui sont tous des migrants n’est pas un acte courant, mais récurrent en période de crises ou de grands bouleversements. Pour les urbanismes, ce départ est une aubaine. Il pourrait permettre de reconstruire la capitale dans de meilleures conditions de salubrité car la multiplication des bidonvilles l’a rendu insalubre. Toutefois, d’autres questions se posent encore. Elles se portent tout d’abord sur l’accueil des nouveaux réfugiés dans les villages. En fait, les zones rurales haïtiennes sont dépourvues de toute commodité et d’infrastructures les plus élémentaires et leurs habitants sont constamment en proie à l’exode pour assurer leur survie. Dans un tel contexte, au cas où ce retour n’est pas bien accompagné tant du point de vue d’encadrement social, financier et économique, on verra se reproduire une très forte migration vers la capitale à l’annonce même de sa reconstruction. Il faut comprendre que ce retour est temporaire et que seul un programme de développement national, un plan Marshal, comme on se prête à le dire, peut être un motif pour l’éviter. Ce plan devra alors englober l’ensemble du territoire national et redonner à la fois au monde rural sa raison d’existence. En matière de stratégie de reconversion de la société haïtienne, ce plan est indispensable. »
La Tribune de Genève - Thierry Piquet
La Tribune de Genève - Thierry Piquet
jeudi 15 juillet 2010
Vétérinaires en Haïti
Après le séisme du 12 Janvier dernier de nombreuses organisations humanitaires étaient présents pour aider le peuple d'Haïti, mais une seule organisation a relevé le défi afin de de répondre aux besoins sanitaires des animaux. La Coalition pour Animal Rescue en Haïti (ARCH), fait partie d’une vingtaine d’organisations de protection et du bien-être animal, et est dirigé par la Société mondiale pour la protection des animaux (WSPA) et le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW).
Après le séisme en Haïti, la santé de la population animale était indispensable, non seulement du fait que de nombreux haïtiens dépendent des animaux pour leur subsistance, mais aussi pour la menace de transmission de maladies des animaux aux humains. « ARCH aide à mieux coordonner le travail des associations de protection animale en étroite collaboration avec les représentants du gouvernement haïtien, des Nations Unies et d'autres organismes internationaux pour identifier les besoins » a déclaré Gerardo Huertas, directeur des soins WSPA en Amérique. Après le tremblement de terre, Degenhard Kevin, gestionnaire de projet à l’ARCH, en compagnie du Dr Jean-François Thomas, un vétérinaire en Haïti depuis plus de 20 ans, ont formé une équipe locale de vétérinaires, des techniciens vétérinaires et le personnel de soutien. « L'épine dorsale de l'opération est une clinique vétérinaire mobile, qui permet à l'équipe de visiter les régions sinistrées pour fournir une assistance et à la vaccination de milliers de chiens, chats, chèvres, chevaux, vaches et autres animaux [...] notre objectif initial était de fournir un traitement à 14 000 animaux par an, mais dans les deux premiers mois, notre équipe en a traité 12 700. À ce jour, nous avons franchi la barre des 25 000 » a précisé Degenhard. ARCH a également commencé à effectuer des réparations à l'infrastructure tels que le Laboratoire National Vétérinaire en Haïti et installera 24 unités de refroidissement solaire, qui sont d'une importance vitale pour le stockage des vaccins. Plus tard ce mois-ci, la Coalition ARCH lancera une campagne de sensibilisation pour éduquer les Haïtiens sur les questions liées à la préparation aux catastrophes, les soins aux animaux de compagnie et les problèmes de santé des animaux. L'ARCH a également tenue le premier recensement de chiens et de chats en Haïti, ce qui permettra d'établir une base pour évaluer la population des animaux de compagnie, l'incidence de la rage, les besoins en équipement de laboratoire et d'autres facteurs.
mercredi 14 juillet 2010
De l'artifice pour Haïti ... Décalage !
Pour le feu d’artifice du 14 juillet, la mairie de Paris a demandé à Joseph Couturier, artificier de renom, de faire un hommage à Haïti, six mois après le drame. Ce 14 juillet est placé sous le signe de la francophonie et célèbre les 40 ans de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Le spectacle aura lieu mercredi soir à 23h, au Trocadéro, à Paris.
Incidents en Haïti
Des incidents ont éclaté en Haïti où des centaines de jeunes manifestaient dans les rues de Port-au-Prince pour exiger le départ du président René Préval, a constaté un photographe de l'AFP.
Un véhicule a été incendié par les manifestants venus des quartiers pauvres de la capitale. Aucun blessé n'a été signalé parmi les manifestants, qui brandissaient des photos des anciens présidents haïtiens Jean-Claude Duvalier et Jean-Bertrand Aristide, tous deux en exil Des barricades de pneus enflammés ont été érigées sur certaines artères du centre-ville désertées par les automobilistes dont les pare-brises ont été cassés par des jets de pierre. La police a pris position devant le palais présidentiel où les manifestants devaient se rassembler pour réclamer aussi la démission du Conseil électoral chargé d'organiser des élections législatives et présidentielle prévues le 28 novembre. Les manifestations anti-gouvernementales, interrompues pendant le Mondial 2010 de football, ont été relancées par des organisations politiques de l'opposition alors que le gouvernement a commémoré mercredi les six premiers mois après le séisme du 12 janvier. De nombreux partis réclament le départ du président René Préval dont le mandat arrive à terme en février 2011, l'accusant de vouloir s'accrocher au pouvoir au-delà du terme officiel.
mardi 13 juillet 2010
Six mois après le séisme, le gouvernement et la communauté internationale piétinent
Jean-Ephrette a pris son destin en main. Et celui-ci a la forme d'une truelle. Avec application, il place le ciment humide dans la fissure du mur extérieur de sa maison. Une fissure aussi large que son avant-bras. Las d'attendre une reconstruction qui ne vient pas, il a décidé de rebâtir lui-même ses deux étages, à Martissant, quartier populaire de Port-au-Prince. Et il en a le droit. Car six mois après le séisme, le ministère des Travaux publics n'a toujours pas édicté de code de construction. Les normes antisismiques dont tout le monde parlait en janvier ne semblent plus une priorité. Par défaut, il a été dit que le code américain entrait en vigueur. Mais Jean-Ephrette ne lit pas l'anglais.
Ainsi va la reconstruction dans la capitale: artisanale et désordonnée. Les Haïtiens ne comptent que sur eux-mêmes, comme ils l'ont toujours fait. Laennec Hurbon, sociologue haïtien chercheur au CNRS, le confirme: «Il suffit de voir les camionnettes bondées de passagers se lancer à pleine vitesse sur les routes de montagne pour comprendre le degré d'indifférence de la puissance publique à l'égard des gens. Leur vie n'a pas de valeur. Les accidents sont fréquents, ils font vingt ou trente morts d'un coup. Et l'État s'en contrefiche.» Les Haïtiens rendent bien à l'État son indifférence. Quand ils ne se révoltent pas contre lui. Sur la plupart des murs de la capitale, on peut lire les inscriptions à la peinture rouge «Aba Préval» ou «Préval volé» ( «voleur», en créole). Le président de la République est tenu pour responsable de l'immobilisme.
Le Figaro - Photo : Des étudiants haïtiens aident à dégager les gravats de la cathédrale épiscopale Sainte-Trinité, samedi dernier à Port-au-Prince.
Le Figaro - Photo : Des étudiants haïtiens aident à dégager les gravats de la cathédrale épiscopale Sainte-Trinité, samedi dernier à Port-au-Prince.
lundi 12 juillet 2010
Un nouveau camp dévasté par un violent orage
Le violent orage qui a déchiré des tentes et fait tomber le système d'éclairage, ce lundi 12 juillet, dans le premier camp de réinstallation des sinistrés du séisme mis sur pied par le gouvernement haïtien soulève des questions quant au choix de ce lieu.
Environ 5 000 personnes résident dans le camp Corail, situé dans une plaine déserte et isolée de Corail-Cesselesse, à environ 24 kilomètres au nord de Port-au-Prince. Elles y ont été déplacées en avril, apparemment de crainte que le camp de tentes où elles résidaient auparavant, érigé sur le terrain de golf de Pétionville, en banlieue de Port-au-Prince, ne soit inondé. Il est maintenant clair que le nouvel endroit choisi pour le camp est lui aussi une plaine inondable. Lundi, des torrents d'eau ont endommagé au moins 94 tentes et plongé le camp dans la noirceur, a expliqué Georgia McPeak, de l'American Refugee Committee, qui gère le camp. Les sinistrés terrifiés ont couru comme ils pouvaient pour se mettre à l'abri de la tempête. Aucune victime n'a été signalée dans l'immédiat. Le camp Corail se distingue par ses installations. Alors que d'autres camps de sinistrés perchés à flanc de collines sont à la merci de l'incursion des gangs, le camp Corail est sécuritaire, bien éclairé, et dispose de latrines et de tentes «ShelterBox» conçues pour résister aux tempêtes. Mais des organisations affirment que le déplacement du camp a été mal planifié et fait à la hâte. Le terrain ne comporte aucun arbre et est bordé de montagnes arides, suggérant un possible risque d'inondation. Le camp est par ailleurs éloigné des marchés d'alimentation et des emplois potentiels.
dimanche 11 juillet 2010
Les paysans haïtiens au bord de l'asphyxie, six mois après le séisme
Dans les collines du nord d'Haïti, Joseph Jean plante des semences fournies par une organisation américaine : six mois après le séisme, l'agriculture du pays dépend de l'aide internationale, même si certains la jugent inadaptée, voire dangereuse pour les cultures.
Le champ de M. Jean nourrit difficilement sa famille et il a dû prendre un autre travail pour joindre les deux bouts. L'aide internationale a beau parvenir dans ces régions reculées du pays caribéen, les estomacs restent vides, regrette-t-il. Plus que des semences, il aurait aimé avoir les moyens de réparer le tuyau cassé depuis des années qui fournissait de l'eau à sa maison. " Le matin, je dois marcher à travers la montagne pour aller chercher de l'eau ", explique cet homme de 38 ans, qui effectue le fastidieux trajet presque quotidiennement avec ses deux fillettes. De fait, de nombreux fermiers estiment que l'aide internationale n'est pas adaptée à leurs besoins, quand elle ne constitue tout simplement pas un danger. En juin, des milliers de paysans ont participé à une manifestation à Hinche (centre) pour protester contre le gouvernement, à qui ils reprochent de distribuer des semences de la firme multinationale Monsanto. La compagnie a fait don de 475 tonnes de maïs aux paysans dans le cadre de l'initiative Project Winner de l'agence américaine d'aide au développement, l'Usaid. Selon le ministère haïtien de l'Agriculture, le but de cette initiative est d'accroître la productivité agricole du pays, sévèrement touché par le séisme du 12 janvier. " Le gouvernement haïtien utilise le séisme pour vendre le pays aux multinationales ", avait alors dénoncé Jean-Baptiste Chavannes, coordinateur d'un mouvement paysan. Le conflit autour de l'aide apportée à l'agriculture tombe mal pour un secteur en perdition au moment où 3 millions de personnes, soit le tiers de la population du pays, n'a pas suffisamment à manger. Mais pour M. Chavannes, les dons de Monsanto constituent " une attaque contre l'agriculture paysanne, contre les fermiers, contre la biodiversité, contre les semences locales ".
samedi 10 juillet 2010
Haïti s'enfonce un peu plus dans la misère
C'est sans doute Jack Mervil, l'ex-acrobate du Pas-de-Calais devenu le ponte des structures provisoires, qui a trouvé la bonne formule.
C'était en avril, alors qu'il était en visite, pour le compte d'Abris sans frontières, qu'il préside, étudiant le remplacement d'une école de Port-au-Prince. « J'étais sur les décombres, avec la directrice. Naïvement, je lui ai demandé s'il y avait eu des victimes, elle m'a répondu oui, plusieurs dizaines. Et elle m'a dit que ces enfants étaient toujours là, sous nos pieds. Je me suis dit, c'est incroyable : Dans ce pays, les morts sont avec les vivants. » Dans le quartier de Pacot, au cœur de Port-au-Prince, le pauvre Roberson ne dit rien d'autre. Depuis janvier, il vit sous une toile, devant sa maison. Dans la même rue, mais dehors. Chaque fois qu'il lève les yeux, il voit le second étage qui s'est écroulé sur la chape du premier, écrasant les gravats et tout le reste jusqu'à la toucher.
Et chaque fois, il pense à sa mère et sa sœur restées là-dedans. « Je n'ai pas eu la chance de leur donner une sépulture », dit-il. Dans ce pays où les croyances ont plus que leur importance, c'est une culpabilité qui le tenaille. On se souvient, en janvier, de ceux qui portaient leurs morts sur le dos, parfois dans les taxis collectifs, pour les emmener hors de la ville, où ils pourraient les enterrer.
Et chaque fois, il pense à sa mère et sa sœur restées là-dedans. « Je n'ai pas eu la chance de leur donner une sépulture », dit-il. Dans ce pays où les croyances ont plus que leur importance, c'est une culpabilité qui le tenaille. On se souvient, en janvier, de ceux qui portaient leurs morts sur le dos, parfois dans les taxis collectifs, pour les emmener hors de la ville, où ils pourraient les enterrer.
Toujours l'urgence
Ainsi, rien n'a changé, à Port-au-Prince. Les gravats ont bien été poussés un peu pour tenter de faciliter l'infernal trafic d'antédiluviennes voitures de récupération, mais sans plus. Ils encombrent toujours les rues, mélangés aux immondices et ruisselants des eaux usées qui ont quitté depuis longtemps des canalisations fantômes. « On sera dans une situation d'urgence tant qu'on n'aura pas terminé le déblaiement », dit un responsable de l'ONU. Mais a-t-il réellement commencé ? On a beau sillonner les rues de la capitale de long en large, de bidonvilles en ruelles crasseuses, braver la touffeur infernale, ce mélange de chaleur, de bruit et de poussière qui se battent dans l'air aigre et humide, on n'y voit pas l'ombre d'une pelleteuse. Pas un bulldozer. Dans son bureau d'un bâtiment annexe de l'ambassade, naguère dévolu aux matériels (« Mais c'est tout ce qui reste debout »), Didier Le Bret, l'ambassadeur de France, veut espérer que « 20 % de ce qui doit être déblayé l'a été ». C'est peut-être vrai. Mais alors, il en reste 80 %. Et tant que ces ruines et ces gravats seront là, évidents, encombrants, comment soigner le traumatisme de la plus grande catastrophe humanitaire des dernières décennies ?
Au volant d'un 4 x 4 qui a dû faire l'équivalent de plusieurs tours du monde, Salomon Alcide, journaliste à la retraite, ne s'en étonne que peu. « Ce pays sort de deux siècles d'exploitation internationale, puis trente ans de dictature et enfin vingt ans de corruption. Comment peut-il surmonter une catastrophe de plus ? » Son gouvernement est incapable de gérer le drame, ballotté par son peuple, qui le houspille et l'insulte de ses tags rageurs sur les murs colorés de la capitale, et inexistant dans le concert international, dérisoire poussière à l'ombre du mur des géants. René Préval vient de décider unilatéralement la prolongation de son mandat présidentiel et de fixer les élections à novembre, en excluant au passage le parti Lavalas de son principal opposant. L'ONU avait déjà jugé que les dernières élections (boudées à plus de 80 %) étaient entachées de fraudes, mais elle ne réagit pas. Il y a bien eu cette question du Conseil de sécurité, à propos des 163 millions de dollars que l'administration Préval a dépensés depuis janvier sans pouvoir en justifier l'utilisation. Mais on attend toujours la réponse. Il y a aussi ce récent rapport de la commission des affaires étrangères du sénat américain, présidée par l'ancien candidat démocrate John Kerry : « Le président René Préval est trop effacé, c'est la raison pour laquelle la communauté internationale piétine dans l'effort de reconstruction. »
Moins d'engagement
En se battant avec son lourd volant et son levier de vitesses indiscipliné, ruisselant dans le four roulant qu'est son habitacle, Salomon ne peut s'empêcher de sourire : « Le Premier ministre Bellerive a répondu que le sénat américain n'a toujours pas voté les cinq milliards de dollars promis par Hillary Clinton au mois de mars... » La France est dans le même cas. « Je signe des conventions sans arrêt », se défend Didier Le Bret. Mais quand cet argent arrivera-t-il ici ? Les belles paroles auraient-elles fait long feu ? C'est vrai que l'engagement international semble en baisse. Même la MINUSTAH, la force de soutien de l'ONU, est passée en six mois de 12 600 hommes à 9 000 à peine. Il y a bien les ONG, dont les plus importantes ne se cachent pas de faire du lobbying à Washington pour ne pas être écartées. On dit que USAID a dépensé ici plus d'un milliard de dollars, depuis janvier, et MSF plus de 53 millions d'euros. « Mais à quoi ? », se demande Elsa Beldor, étudiante en psychologie et admirable animatrice d'une association de jeunes à Delmas 33. Dans ce pauvre quartier rongé par le désœuvrement et la délinquance, « on n'a toujours reçu aucune aide. » Pourtant, elle se bat. Comme beaucoup, elle croit en la renaissance de ce pays, et elle dit que cela passera par l'éducation. « Par exemple, apprendre aux jeunes qu'il ne faut plus jamais laisser construire comme cela, n'importe comment. » Les ouvrir à leur condition, aussi, au lieu de les laisser se bercer de leurs croyances ancestrales. « Les dirigeants l'ont toujours voulu comme cela, pour pouvoir mettre la main sur les richesses », dit Steven, médecin pour l'ONG lilloise Help Doctors. « La plupart des gens d'ici croient encore que ce qui s'est passé est la volonté de Dieu, que c'est une punition pour le premier peuple à s'être affranchi de l'esclavage, et que Dieu ne veut plus d'Haïti. On ne peut rien contre des croyances comme celles-là. J'ai beau tenter d'expliquer mais entre deux cents ans de croyance et cinq minutes d'explications, il n'y a pas d'équilibre... » Le séisme du 12 janvier n'a pas plongé Haïti dans la misère. Il l'a juste aggravée. Un peu. Avant lui, ce pays était déjà le plus pauvre du monde, ravagé par l'indigence, le désespoir, où des hommes et des femmes passent leurs journées à attendre dieu sait quoi au soleil brûlant, regardant de leurs yeux immobiles la vie qui passe sans eux. Ils sont juste un peu plus nombreux à n'avoir plus rien. On atteint les 80 %, paraît-il, et c'est cela qui saute aux yeux. En janvier, il y avait l'effroi. La mort à tous les coins de rue masquait une réalité implacable qui ressort aujourd'hui. Calamité, désolation. Ce peuple est à genoux, sans défense, et la saison des ondes tropicales ne fait que commencer.
La Voix du Nord
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