contact@timounhaiti.org

Certaines images ont pu vous choquer, mais c'était malheureusement la triste réalité
Heureusement de nombreuses actions positives sont conduites sur place, notamment grâce à Timoun d'Haïti

mercredi 30 juin 2010

Une démographie inquiétante

Selon les estimations du Bureau américain du recensement publiés hier (étude portant sur 226 pays), la population d'Haïti continuera à croître rapidement malgré les énormes pertes de vie causées par le séisme de janvier dernier.

D’après cette étude, Haïti va récupérer et même dépasser la population qu'elle avait avant le tremblement de terre et ce, dès 2012. Ces prévisions prennent en compte les nombreux décès découlant du séisme estimés entre 230 000 et 300 000 morts. Il est estimé dans cette étude que la population d'Haïti passera d’une population actuelle de 9 600 000 d’habitants à 13 400 000 habitants en 2050, soit une augmentation de 40 %. Des chiffres qui ne sont pas très encourageants, la surpopulation ayant déjà été montré du doigt à maintes fois par des organisations humanitaires et des experts internationaux pour expliquer la misère en Haïti, la dégradation de l'environnement, la famine et le décès de milliers de personnes écrasées lors du séisme, à cause [entre autres] de la densité des habitations construites sur des espaces limités.

La densité de la population en Haïti est de 350 habitants par kilomètre carré alors que, pour une population égale, elle n’est que de 200 habitants par kilomètre carré en République dominicaine. Peter Johnson, un démographe senior du Bureau américain du recensement a déclaré « je ne pense pas qu'il y ait quelque chose qui va empêcher d’atteindre ce chiffre qui est supérieur à la moyenne [...] bien que de nombreux pays, voient leur population croître en raison des taux de migration, la croissance de la population d'Haïti est causée par des taux de fécondité ». Ajouté à la reconstruction du pays, qui représente un défi unique dans l’histoire, et que certains n’hésitent plus aujourd’hui à qualifier « d’insurmontable » il est essentiel que ces données démographiques soient prisent en compte afin d’éviter que dans les années à venir, la situation ne soit pire que celle qui prévalait avant le séisme. Faudra-t-il en arriver à la mise en place d’un planning familial plus rigoureux afin d’assurer logement, travail et nourriture aux générations futures ?

Les élections présidentielles auront lieu le 28 novembre


Le président haïtien René Préval a désigné le 28 novembre 2010 comme la date des prochaines élections présidentielles dans le pays dévasté en janvier par un tremblement de terre meurtrier.

Le très attendu décret fixant la date du prochain scrutin a été signé mardi près du Palais national en ruines. Les électeurs choisiront à la fois un nouveau président et de nouveaux députés pour remplir un parlement présentement presque vide. Cette date n'est pas une surprise, puisque la constitution haïtienne prévoit que des élections doivent être tenues le dernier dimanche de novembre de la cinquième année du terme présidentiel. Des opposants avaient toutefois exprimé leur mécontentement après que M. Préval ait signé un décret allongeant son mandat de trois mois si le scrutin ne pouvait être tenu à temps. L'organisation de ces élections ne sera pas tâche facile. L'administration centrale du Conseil électoral haïtien a été détruite dans le séisme de janvier, avec les données nécessaires à la tenue d'élections. Des millions d'électeurs ont été tués, déplacés ou jetés à la rue. L'Organisation des États américains, les Nations unies et d'autres organisations ont promis leur aide. La constitution haïtienne ne permet pas à l'actuel président René Préval de se présenter à nouveau.

mardi 29 juin 2010

L'ONU regrette la lenteur des aides pour la reconstruction d'Haïti


Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a déploré lundi que le versement de l'aide promise par la communauté internationale pour reconstruire Haïti après le séisme n'arrive pas "aussi vite que prévu".

Le chef de l'ONU a indiqué travailler avec l'ancien président américain Bill Clinton, co-président de la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH), et les agences onusiennes concernées afin d'"accélérer" le versement de l'aide. Depuis la conférence des bailleurs de fonds de New York, le 31 mars, qui a prévu de consacrer 10 milliards de dollars à Haïti sur cinq ans pour sa reconstruction, seule une petite partie de l'aide a effectivement été attribuée. Selon les experts, le coût de la reconstruction d'Haïti est évalué à 11,5 milliards de dollars sur dix ans. M. Ban s'est également inquiété du fait qu'alors que la saison des pluies a commencé en Haïti, il y ait encore de nombreuses personnes devant être "relogées dans des endroits plus sûrs".

lundi 28 juin 2010

Pourquoi les personnes déplacées en Haïti se sentent négligées par l’État ?

Que fait l’État haïtien ? C’est la question que nous entendons sans cesse depuis notre arrivée, il y a une semaine. Six mois se sont écoulés depuis le séisme, mais les personnes déplacées vivant dans des camps de fortune n’ont constaté aucune amélioration de leurs conditions de vie. Pour certaines, la situation s’est même détériorée. Elles se demandent s’il existe encore des autorités auxquelles elles peuvent s’adresser et si elles obtiendront un jour de l’aide. Elles se sentent abandonnées et trahies.

Dans la plupart des cas, la présence de l’État n’est visible qu’au travers de décisions impopulaires. Début avril, le gouvernement a annoncé la fin de la distribution de nourriture car il a estimé que cette aide créait une dépendance et bloquait l’économie nationale. Depuis lors, de plus en plus de personnes ont des difficultés à acheter la nourriture dont elles ont besoin. Le nombre de cas de malnutrition signalés va croissant et de plus en plus de filles sont contraintes à subir l’exploitation sexuelle pour se nourrir. De nombreux parents sont confrontés à un choix difficile : donner à manger à leurs enfants ou les envoyer à l’école.

La décision gouvernementale d’interrompre la distribution d’aide alimentaire a été largement relayée à la radio. Cependant, il semble que pratiquement aucune information n’ait été communiquée au sujet des plans de l’État concernant la réinstallation et le relogement de centaines de milliers de personnes déplacées. Probablement parce qu’il n’existe aucun plan de ce type. La grande majorité des personnes déplacées continuent à occuper les places publiques, les terrains de football et les cours d’école sans savoir si les autorités sont en train de préparer quelque chose à leur intention ni, le cas échéant, de quoi il s’agit.

Il leur semble évident que leur situation sera encore plus désespérée si rien n’est fait. Les dizaines de personnes vivant dans des camps de fortune installés sur des terrains privés risquent d’être expulsées de force par les propriétaires, qui veulent récupérer leur bien ou, au moins, obtenir un dédommagement quelconque pour le manque à gagner. Certaines personnes ont déjà été expulsées ou ont fui à la suite de manœuvres d’intimidation, comme l’a confirmé une femme déplacée : « L’État doit mettre au point un plan pour les personnes qui sont sur des terrains privés. Si l’État n’a pas de plan, des personnes vont se retrouver une fois de plus dans la rue. »

Les organisations de femmes travaillant auprès de victimes de violences liées au genre ont également le sentiment que les mécanismes instaurés par l’État afin de prévenir les violences à l’encontre des femmes et des filles et d’y répondre sont totalement inefficaces. C’était déjà leur avis avant le séisme. Et aujourd’hui, elles se sentent encore plus négligées vu l’urgence de la situation et le fait que davantage de femmes et de filles sont exposées à des actes de violence. La police est absente de la plupart des camps et les femmes déplacées ont rarement de quoi payer les soins médicaux dont elles ont cruellement besoin. Compte tenu de l’inefficacité de la réponse de l’État, la solidarité constitue le seul espoir. Une femme dont la fille a été violée en mai nous a dit : « Après ce qui est arrivé à ma fille, j’ai rejoint KOFAVIV (une organisation populaire de femmes qui apporte un soutien aux victimes de violences liées au genre) et maintenant, au moins, je me sens plus forte. Si l’État ne fait rien pour nous, nous n’avons d’autre choix que de nous entraider. »

Étant donné la profonde méfiance de la population à l’égard des autorités et son sentiment généralisé d’avoir été abandonnée par l’État, le rôle d’Amnesty International est ambitieux. Nous expliquons aux personnes déplacées que notre principale mission consiste à recueillir des informations sur les violations des droits humains et à faire pression sur l’État afin que les choses changent. La réaction immédiate de nombreuses personnes est un sourire désabusé. Elles ne croient plus en la capacité de l’État à engendrer des changements. Elles ont trop souffert. Néanmoins, au fur et à mesure de la conversation, il se dégage quelque chose de plus positif. Nous expliquons que faire respecter les droits humains est un combat et nous les encourageons à poursuivre cette lutte. Alors, certaines acquiescent d’un signe de tête. Et ça nous suffit pour continuer.
Par Chiara Liguori, responsable des recherches sur les Caraïbes pour Amnesty International

dimanche 27 juin 2010

Le Canada allège la dette d'Haïti auprès des institutions internationales

Le Premier ministre canadien Stephen Harper a annoncé vendredi que son gouvernement avait payé sa part de la dette haïtienne contractée auprès de la Banque interaméricaine de développement et du Fonds international de développement agricole.

"Le Canada honore pleinement l'engagement international qu'il a pris en faveur du peuple haïtien et exhorte les autres pays à suivre cet exemple au sommet des dirigeants du G20 qui aura lieu cette fin de semaine", a dit le Premier ministre dans un communiqué. En 2009, le gouvernement de Stephen Harper avait déjà annulé la dette que devait Haïti au Canada. Mais après le séisme de janvier dernier, le G20 s'est entendu pour libérer ce pays de ses dettes contractées auprès des institutions financières internationales, évaluées à 825 millions de dollars américains. La part assumée par le Canada est de 33 millions de dollars. Hôte du sommet du G20 à Toronto ce week-end, le Canada est le premier pays à avoir fait les paiements requis pour annuler ce fardeau haïtien.

samedi 26 juin 2010

La France s’intéresse à la culture haïtienne

M. Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, effectuera une visite en Haïti du 26 au 28 juin. Samedi 26 en soirée, il visitera avec Mme Jocelyne Colimon Féthière, ministre du Commerce, une exposition qui est intitulée « Malraux – Saint Soleil, 35 ans après » et participera à une rencontre avec des personnalités haïtiennes du monde des arts et de la culture.

La matinée du 27 permettra au ministre de saluer Frankétienne au cours d’un entretien privé, puis d’assister au Collège Saint Martial à une présentation d’ouvrages, d’archives et de journaux haïtiens présentée par MM. Laënnec Hurbon, sociologue, et Dominique Franck Simon, Président de l’amicale des anciens élèves de Saint Martial. Il sera ensuite accueilli par Mme Magali Comeau-Denis, Conseillère spéciale auprès de la ministre de la Culture et de la Communication sur le site du Ciné-théâtre « Triomphe ». La France étudie la possibilité de réhabiliter cet espace pour en faire un grand centre culturel. Au ministère de la culture, M. Frédéric Mitterrand rencontrera l’équipe française chargée de restaurer le célèbre tableau le « Serment des ancêtres » et procèdera à la signature d’un accord de coopération dans le domaine de la culture. Il terminera sa visite par la remise de l’insigne de Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Frankétienne et de l’insigne de Chevalier des Arts et des Lettres à Monsieur Lyonel Trouillot. Cette cérémonie sera suivie d’une conférence de presse du ministre avec Mme Magali Comeau-Denis, le Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, Monsieur Charles Castel, et l’ambassadeur de France Didier Le Bret. Dans l’après-midi, le Ministre effectuera une visite du camp de personnes déplacées de Corail Cisselesse où il rencontrera des enfants et des animateurs autour d’un projet d’initiation à la lecture porté par l’ambassade et l’ONG « Prodev ». En soirée, il rencontrera les écrivains haïtiens primés en 2009 et 2010. Le lendemain matin, il se recueillera devant les cendres de Toussaint Louverture au Musée du Panthéon National Haïtien (MUPANAH), avant de se rendre au Palais national où il sera reçu en audience par le Président Préval.

Nonobstant l’intérêt que la France porte à la culture haïtienne et l’aide précieuse qu’elle pourrait nous apporter, il y a quelque chose de dérangeant (pour ne pas dire indécent) dans ces politiciens qui viennent en Haïti. Nous voulons parler de ces visites organisées dans les camps de réfugiés (ou de délocalisés comme ils aiment à dire). On a comme l’impression que cela fait partie du programme «touristique», comme si la misère de nos concitoyens faisait partie d’une attraction, comme si cela faisait bien dans un cocktail de déclarer : « Oh mon cher... vous savez j’ai visité tel camps en Haïti... c’était épouvantable... ». Si ces hommes et femmes politiques veulent visiter quelque choses qu’ils visitent les décombres de notre capitale au lieu visiter le camps Corail, pour voir un projet de la France «d’initiation à la lecture» alors que les réfugiés de ce camps ne reçoivent même pas à manger. Messieurs les politiciens quelques soit le pays d’ou vous venez, sachez que survivre dans un camps n’est pas un spectacle et que nos concitoyens ont une fierté, ils ont honte d’exposer leurs tristes conditions aux yeux du monde, ce sont avant tout des êtres humains. qui veulent juste travailler, éduquer leurs enfants, avoir un toit, vivre tout simplement et ne plus dépendre de l'aide internationale.
Haïti Libre

vendredi 25 juin 2010

Les actifs confisqués d'un trafiquant haïtien remis par les USA

L'ambassadeur des États-Unis en Haïti a remis jeudi aux autorités haïtiennes un chèque de plus de 1,3 million de dollars provenant des actifs confisqués d'un trafiquant de drogue haïtien condamné par la justice américaine, a annoncé l'ambassade. Cette valeur représente "la part qui revient à Haïti des actifs confisqués au trafiquant de drogue haïtien Serge Edouard condamné à la prison à vie par la justice américaine", selon le communiqué émis par l'ambassade américaine.

La France donne 110 véhicules à Haïti

L'ambassadeur de France en Haïti, Didier Le Bret, a remis hier aux autorités haïtiennes un lot de 110 véhicules pour les services de sécurité et d'incendie du pays, a annoncé le service de presse de l'ambassade à Port-au-Prince.

"Ces véhicules, d’une valeur de 1,8 million d’euros, provenant de la police, de la gendarmerie nationale et de la sécurité civile françaises, permettront d'améliorer les capacités des forces de sécurité haïtiennes", indique l'ambassade dans un communiqué. Il s'agit de 40 véhicules d'incendie et ambulances, 40 véhicules tout terrain et 30 voitures de police. Les engins ont été remis lors d'une cérémonie officielle à l'académie de police d'Haïti aux responsables haïtiens dont la ministre des Affaires étrangères Marie-Michèle Rey. Le préfet Jean Dussourd, représentant du ministre français de l'Intérieur, et des fonctionnaires de la Mission de l'ONU en Haïti (Minustah) ont assisté à la cérémonie. "Cette opération entre dans le cadre du soutien apporté par la France à Haïti et sera suivie d'actions de formation assurées par des experts français pour 120 pompiers et 400 policiers haïtiens", a assuré l'ambassade de France.

jeudi 24 juin 2010

Haïti au prochain sommet du G8


Le président haïtien René Préval est attendu au sommet annuel du groupe de huit pays les plus industrialisés (G-8) qui se déroulera les 25 et 26 juin prochains à Huntsville au Canada, annonce l’ambassadeur canadien accrédité à Port-au-Prince, Gilles Rivard.

Le chef de l’Etat haïtien, qui doit laisser la capitale le 25 juin à destination du Canada, est invité par le premier ministre canadien Stephen Harper dont le pays assure la présidence du sommet, confirme Gilles Rivard. C’est le premier voyage du président René Préval à l’étranger depuis la séance de travail des membres de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haiti (CIRH) le 17 juin à Port-au-Prince. La participation d’Haïti à un sommet réservé à ses pays donateurs permettra au chef de l’Etat haïtien de discuter lors d’une séance spéciale des questions liées à l’assistance et au décaissement de fonds promis pour la reconstruction du pays ravagé par le séisme du 12 janvier, selon le diplomate canadien.

Le G-8 ou Groupe des huit est formé des Etats-Unis, du Canada, de l’Italie, du Japon, de la Russie et des représentants de l’Union européenne comme la France, l’Allemagne et le Royaume Uni. Le G-8, d’autres pays ainsi que des institutions financières internationales s’étaient engagés à débourser près de dix milliards de dollars de dons sur une période de dix ans en faveur d’Haïti. Seuls le Brésil, le Vénézuela, la Norvège et l’Australie ont jusqu’à présent respecté leurs promesses en versant près de 200 millions de dollars. Outre les questions relatives à la reconstruction d’Haïti, Préval discutera avec des représentants du G-8 de sujets liés aux changements climatiques et à la sécurité internationale, deux principaux thèmes à l’ordre du jour du sommet. Les thèmes portant sur les changements climatiques et la sécurité internationale seront également discutés avec neuf autres pays invités par le Premier ministre canadien Stephen Harper. Il s’agit de l’Algérie, de l’Egypte, de l’Ethiopie, du Malawi, du Sénégal, du Nigéria, de l’Afrique du Sud, de la Colombie et de la Jamaïque. Ces pays ainsi qu’Haïti devront participer aux efforts de renforcement du leadership notamment en matière de sécurité transnationale.

mercredi 23 juin 2010

Projets humanitaires et de développement pour Haïti

L’ambassade de France à Port-au-Prince vient de mettre en ligne un site Internet qui présente des projets humanitaires et de développement pour Haïti : www.chaypalou.org. Ce site dispose également de son pendant sur le réseau twitter. Le nom "chaypalou" fait référence à un proverbe créole "Men anpil, chay pa lou" (Portée à plusieurs, la charge n’est pas lourde).

"Chaypalou" recense pour l’instant quinze projets, définis par des associations ou des communautés haïtiennes. La plupart de ces projets sont déjà en partie soutenus par des ONG, des collectivités ou des administrations françaises. 
À titre d’exemple, le moins ambitieux d’entre eux pourrait être mis en œuvre avec un don de 5 625 euros, le plus coûteux avec 204 000 euros. 


Les projets concernent des domaines variés tels que l’agriculture (construction d’une unité de transformation du manioc, fourniture de semences pour des paysans d’un village détruit par le séisme), l’éducation (reconstruction d’une école, extension d’un établissement de formation professionnelle), le logement (reconstruction de maisons d’un quartier populaire de Port-au-Prince) ou la relance de l’activité économique (rééquipement des pêcheurs d’un village côtier). D’autres projets, en cours d’expertise, seront mis en ligne rapidement, notamment dans les secteurs de l’éducation et de la culture. Cette banque de projets est le fruit d’une réunion de travail organisée par le ministère des Affaires étrangères et européennes avec des fondations d’entreprise françaises, le 5 mai dernier, sous la présidence de Bernard Kouchner. Cette réunion répondait à la demande des fondations d’entreprise de disposer d’une meilleure information sur les projets locaux de solidarité qui pourraient bénéficier de leur appui.

mardi 22 juin 2010

Michaëlle Jean deviendra l'envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti

La gouverneure générale Michaëlle Jean, que l'on voit ici en compagnie d'écolières lors de sa visite en Haïti en janvier 2009, compte faire de l'éducation pour le peuple haïtien sa priorité absolue dans le cadre de ses nouvelles fonctions.

La gouverneure générale Michaëlle Jean se verra confier une nouvelle mission importante dès que son mandat de représentante de la reine Élisabeth II prendra fin en septembre. En effet, Mme Jean deviendra l'envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti, son pays natal dévasté par un terrible tremblement de terre en janvier, a appris lundi soir La Presse. Cette nomination, qui doit être confirmée aujourd'hui par les dirigeants de l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), mettra donc fin à des mois de spéculations au sujet de l'avenir de Mme Jean. Le premier ministre Stephen Harper, qui a mené une campagne discrète en faveur de la candidature de Mme Jean auprès des dirigeants de l'UNESCO au cours des derniers mois, compte nommer un nouveau gouverneur général à l'automne.

Selon nos informations, Mme Jean compte faire de l'éducation pour le peuple haïtien sa priorité absolue dans le cadre de ses nouvelles fonctions. Le tremblement de terre, qui a fait quelque 230 000 morts et 1,2 million de sans-abri, a aussi détruit la grande majorité des écoles dans la capitale de Port-au-Prince et dans d'autres régions du pays. Elle exercera ses nouvelles fonctions à partir d'Ottawa, mais elle sera appelée à voyager pour mener à bien sa mission.
«Elle va faire de l'éducation sa priorité parce que c'est avec une population éduquée que l'on peut surmonter des obstacles. Tout passe par l'éducation», a-t-on expliqué lundi soir. Le siège social de l'UNESCO est situé à Paris, mais l'organisation compte aussi plus de 50 bureaux dans le monde. La mission fondamentale de l'UNESCO «est de contribuer à l'édification de la paix, à l'élimination de la pauvreté, au développement durable et au dialogue interculturel par l'éducation, les sciences, la culture, la communication et l'information», peut-on lire sur le site internet de l'organisation.

Mme Jean avait fait une visite officielle de deux jours en Haïti en mars afin de constater l'ampleur des dégâts et soutenir le peuple haïtien frappé par une autre catastrophe humaine. Elle avait notamment visité les ruines de l'église Sainte-Trinité, où elle a été baptisée lorsqu'elle était enfant. «Je veux que le peuple haïtien sache : " Vous n'êtes pas seuls. " Je veux que vous sachiez que partout au Canada, les gens sont prêts à vous appuyer pendant la reconstruction», avait-elle notamment déclaré. La nomination de Mme Jean devrait réjouir le président des États-Unis, Barack Obama, qui, à l'instar du premier ministre Stephen Harper, a fait de la reconstruction d'Haïti l'une des priorités de sa politique étrangère. Durant sa visite officielle au Canada, en février 2009, M. Obama avait rencontré Mme Jean à l'aéroport international d'Ottawa et les deux avaient eu des échanges chaleureux. Le président américain avait d'ailleurs invité la gouverneure générale à lui rendre visite à Washington. De fait, l'ancien président des États-Unis, Bill Clinton, copréside avec le premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive le comité intérimaire pour la reconstruction d'Haïti, qui est l'un des pays les plus pauvres du monde. «Mme Jean a très bien servi le Canada durant son mandat comme gouverneure générale. (...) À l'étranger, elle a fait preuve de grâce durant son voyage en Haïti après le tremblement de terre. Cette cause lui tient d'ailleurs à coeur et les Canadiens d'un bout à l'autre du pays ont été très touchés par sa grande compassion et sa force», a affirmé une source.

La reconstruction est au point mort en Haïti, selon le Sénat américain

Peu de progrès ont été réalisés dans la reconstruction en Haïti depuis le tremblement de terre à cause de l'absence de leadership, des mésententes entre les donateurs et une désorganisation générale, selon un rapport du Sénat américain.

Ce rapport de huit pages, dont Associated Press a obtenu copie, se veut un portrait de la situation en Haïti alors que les législateurs américains envisagent d'autoriser une aide de 2 milliards $ pour la reconstruction du pays. La situation n'est toujours pas rose : des millions de déplacés, des ruines et des immeubles effondrés continuent de dominer la paysage. À trois semaines de la saison des ouragans, alors que les pluies tropicales s'abattront quotidiennement sur le pays, des projets de construction ne peuvent être commencés à cause de disputes de terrains et des délais de douane. Le programme pour donner un logement à la population vivant dans des tentes n'est qu'au stade du brouillon, peut-on lire dans le rapport. Le rapport a été écrit par l'ancien candidat à la présidentielle américaine, le sénateur du Massachusetts John Kerry, qui est également le président du comité sénatorial sur les relations extérieures et des démocrates qui ont interviewé des Américains, des Haïtiens et des employés des Nations unies tout en visitant des camps de réinstallation, des hôpitaux et des écoles dans la zone sinistrée. Le rapport est critique envers le gouvernement du président René Préval et du premier ministre Jean-Max Bellerive, affirmant «qu'il ne communique pas de façon efficace aux Haïtiens qu'il est près à mener les efforts de reconstruction». Les auteurs du rapport souhaitent que M. Préval joue un «rôle plus visible et plus actif, malgré les difficultés». M. Bellerive a réagi aux critiques en disant que les autorités travaillaient durement en coulisse pour s'assurer que la reconstruction ne se fasse sur des terrains insalubres. Selon lui, prendre quatre mois pour établir un programme de reconstruction est assez acceptable. Il a ajouté qu'il était injuste d'être pointé du doigt par des élus américains alors que le Sénat n'a toujours pas approuvé l'aide promise par la Secrétaire d'État Hillary Rodham Clinton, lors de la conférence des pays donateurs. Seulement 2 pour cent du 5,3 milliards $ promis ont été envoyés en Haïti.

lundi 21 juin 2010

La CARICOM détaxe Haïti

Hier, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) a autorisé Haïti à vendre des produits hors taxe dans la région des Caraïbes et ce, durant les trois prochaines années. Irwin LaRocque, représentant du Secrétaire général pour le commerce et le développement de la CARICOM, a annoncé cet accord après une réunion des ministres du Commerce de la région.

Ce statut spécial va permettre d'encourager la croissance économique d'Haïti et accélérer son redressement après le séisme de janvier qui a détruit 80 % de la capitale. Cette exonération fiscale permettra aux produits textiles haïtiens en particulier, d’entrer en concurrence au niveau local avec les États-Unis et la Chine. Haïti a été le dernier pays à rejoindre le bloc des 15 nations de la CARICOM et n'est pas encore un membre à part entière.

dimanche 20 juin 2010

On annonce

Six mois après le tremblement de terre meurtrier qui a frappé Haïti, TV5 Monde propose une soirée consacrée à l’île et à sa lente reconstruction, le 9 juillet prochain. Paul Germain présentera tout d’abord une émission spéciale, avec un reportage de Pascal Priestley

samedi 19 juin 2010

En Haïti, l'action des ONG chasse les médecins locaux

Michel Théard (en photo ci-contre) «Que le remède ne tue pas les médecins». Tel est le titre d’un article publié le 3 mars 2010 par le quotidien haïtien Le Nouvelliste.


 Dans ce texte, reproduit ci-dessous, le Dr Michel Théard, cardiologue à Port-au-Prince, s’interrogeait sur l’avenir des médecins haïtiens du secteur privé, face au déploiement massif de l’aide internationale qui fournit gratuitement des soins auparavant payants. Pour Michel Théard, cette situation était d'autant plus inquiétante qu’elle pourrait inciter les étudiants et les jeunes médecins à quitter le pays, au moment où Haïti a le plus besoin d’eux. D’après le cardiologue, «les médecins étrangers sont venus en grand nombre et avec tellement de matériels gratuits qu'un orthopédiste ou un chirurgien haïtien ne trouve plus de place pour travailler et n'a pratiquement plus rien à faire.» Plus de quatre mois après le tremblement de terre qui a ravagé Haïti, où en est-on ? 
Entretien avec Michel Théard.



Olivier Falhun : Depuis la parution de cet article dans le Nouvelliste, vos inquiétudes se sont-elles dissipées ?

Hélas non! Notre système de santé est totalement déstabilisé et à l’agonie. Dehors, tout est gratuit grâce aux ONG. Les hôpitaux qui ont pu rester ouverts fonctionnent à perte malgré des mesures drastiques de réduction de personnel, de diminution des services offerts et de gestion "à l’économie". Ils n’ont pas les moyens d’effectuer les réparations des immeubles endommagés par le séisme, encore moins d’acheter de nouveaux équipements pour remplacer ceux détruits lors du séisme. D’autres ont fermé leurs portes. Aucun hôpital n’est indemne, quelques-uns sont totalement détruits.
Plus de trente médecins du secteur privé sont morts pendant le tremblement de terre, dans une ville de Port-au-Prince qui en manquait déjà. Ceux qui ont survécu sont partis au Canada ou aux États-Unis pour exercer un autre métier (souvent infirmier). Il s’agit surtout de jeunes médecins. D’autres continuent d’exercer dans leur cabinet avec des salles d’attente désespérément vides. Les plus chanceux ont trouvé un poste dans une ONG. Le personnel soignant, au chômage forcé, se recycle ailleurs. Les étudiants en médecine (deux universités sur quatre ont été détruites) ne savent plus où aller. Quant aux promesses de l’Etat, elles n’ont pour l’instant débouché sur rien de concret...

Quels sont les secteurs d’activités les plus affectés ?

Les médecins les plus atteints sont les chirurgiens, les orthopédistes et les gynéco-obstétriciens. Ces spécialités sont celles qui sont en grande majorité présentes dans les ONG. Il n’y a plus de travail pour un chirurgien haïtien, quel que soit son niveau de compétence. Un des meilleurs chirurgiens que je connais en Haïti ne fait pas plus de deux opérations payantes par mois depuis le séisme, c’est intolérable. Il a une famille, des obligations, etc. Je reste convaincu que les ONG (dont la qualité des soins n’est pas irréprochable) auraient dû faire une petite étude des lieux une fois passée la phase d’urgence, et proposer à ces brillants chirurgiens, orthopédistes ou gynéco-obstétriciens un partenariat. Cela reviendrait moins cher à l’ONG et résoudrait des situations terribles observées dans des familles déjà éprouvées.


 L’autre secteur le plus touché est celui des jeunes médecins qui n’avaient pas encore de clientèle établie: ils ne travaillent pas non plus. Cinq mois après, le système d’assurance santé qui avait suspendu ses services se remet seulement à fonctionner, cela représente également un gros manque à gagner pour le secteur habitué à travailler avec ces assurances.
Brigitte Guerber-Cahuzac/MSF

Les acteurs de secours internationaux sont-ils sensibles à cette situation ?

A mon avis : oui. Ils ont réalisé que leur intervention, défendable les premières semaines, ne doit pas se poursuivre sur cette même lancée. Ils se posent beaucoup de questions. Ils me font penser à quelqu’un qui a fait une bêtise, qui sait qu’il est en tort mais qui ne sait pas quoi faire pour corriger ses errements. Les dégâts seront pourtant considérables à force d’attendre, alors que le corps médical a déjà la tête sous l’eau. A ce jour, aucune proposition de l’aide internationale ne s’est concrétisée. Nous avons seulement été invités à participer à des réflexions stratégiques pour améliorer cette coexistence: deux secteurs de soins au chevet d’une même population. Tandis que l’un dispose des pleins pouvoirs et des moyens financiers, l’autre lutte pour survivre, incapable de se défendre. En ce sens, la stratégie de l’aide internationale devrait mieux prendre en compte les spécificités des contextes d’intervention. Bien entendu, il n’y a pas d’uniformisation possible d’un pays à l’autre. Cependant, on pourrait imaginer différents scénarios et appliquer celui qui semble le plus adapté en fonction de la situation. Or, on a l’impression que le moule des principales ONG est tel qu’il ne peut s’adapter aux réalités d’un pays d’accueil.

D’après vous, comment peut-on alors assurer l'accès aux soins des plus démunis tout en garantissant la survie des médecins haïtiens ?

En privilégiant le modèle du partenariat. Aujourd’hui, des ONG dépensent sans compter et détruisent l'équilibre fragile du système de santé qui existait avant. Elles emploient nos personnels soignants en proposant des salaires qu’un gestionnaire d'hôpital privé en Haïti ne peut se permettre de payer. Si l’offre de soins gratuits relève d’une bonne philosophie, cette approche défaite d’une vision à long terme me paraît réductrice et préjudiciable. Nous devons désormais compter sur des ONG “visionnaires” qui, au-delà des services immédiats, seront capables de nous épauler à plus long terme. Dans cette perspective, le partenariat avec les médecins qui le souhaitent est à mes yeux le seul avenir. A la place d’un médecin étranger, on doit engager un médecin local tant que la qualité du service offert reste de bon niveau... Quand ce système sera optimisé, on pourra alors recourir à l’emploi exclusif de ressources étrangères. C’est la même chose pour les hôpitaux : aujourd’hui, on monte des tentes à côté d’institutions condamnées à fermer quand au contraire il s’agit de les sauver. Alors oui, il faut des soins de santé gratuits pour les malades démunis dans le contexte actuel. Oui, il faut que les ONG renforcent l'action du secteur public. Mais après avoir obtenu l'approbation du gouvernement, il leur faut renforcer les contacts avec les hôpitaux privés en privilégiant les ressources existantes, matérielles et humaines, afin de sauver ce qui peut l’être.
Michel Théard et Brigitte Guerber-Cahuzac/MSF

vendredi 18 juin 2010

Première réunion de la Commission intérimaire pour la reconstruction

La première réunion de la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH) après le séisme du 12 janvier s'est tenue jeudi à Port-au-Prince avec pour objectif d'"accélérer" la mise en oeuvre de l'aide internationale. L'ancien président américain Bill Clinton, coprésident de la Commission arrivé jeudi en Haïti pour cette réunion d'un jour, s'est réjoui de l'atmosphère qui a prévalu lors de cette rencontre, regrettant toutefois qu'elle n'ait pas été ouverte à la presse "pour montrer au public haïtien à quel point les délégués d'Haïti étaient motivés et les représentants de la communauté internationale engagés dans le processus de reconstruction d'Haïti".

"Cette première réunion avec la participation des 26 membres de la commission a permis de mettre en place les règles internes de fonctionnement et les codes d'éthique", a de son côté ajouté le Premier ministre Jean-Max Bellerive, coprésident de la Commission. Le rôle de la Commission est de superviser l'utilisation de l'aide promise par la communauté internationale pour aider Haïti à se relever du séisme du 12 janvier, qui a fait plus de 250 000 morts et 1,3 million de sans-abri. Début juin, Bill Clinton avait demandé aux pays donateurs d'"honorer leur engagement".

10 milliards de dollars

Après la conférence des bailleurs de fonds de New York, le 31 mars, qui a prévu de consacrer 10 milliards de dollars à Haïti sur cinq ans pour sa reconstruction, le Brésil a versé une première contribution de 55 millions de dollars. Jeudi, le président américain a indiqué que la Norvège était devenue le deuxième pays après le Brésil à avoir déposé des fonds pour la reconstruction. "Ce ne sont pas des promesses, ces fonds sont déjà en banque", a précisé le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive.

Bill Clinton a d'autre part annoncé que sa Fondation allait donner 10 millions de dollars pour la construction d'abris provisoires qui pourront également servir d'écoles ou de centres de santé dans les régions frappées par le séisme et toujours vulnérables à l'approche de la saison cyclonique. Auparavant, il avait annoncé la création d'un fonds de 20 millions de dollars alimenté par deux investisseurs étrangers, le Canadien Franck Giustra et le milliardaire mexicain Carlos Slim, destiné à financer les petites et moyennes entreprises haïtiennes. "Il faut encourager la relance des activités des PME, ce sont elles qui vont créer des emplois et relancer l'économie d'Haïti", a soutenu l'ex-président américain.

Selon les experts, le coût de la reconstruction d'Haïti, pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental, est évalué à 11,5 milliards de dollars sur dix ans.
Le Point

jeudi 17 juin 2010

Les détenus vivent dans des conditions "cruelles et inhumaines"

Les conditions d'incarcération dans deux des principales prisons de Haïti sont devenues "cruelles, inhumaines et dégradantes", selon un rapport d'expert présenté mercredi devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève.

L'expert indépendant sur la situation des droits de l'homme en Haïti, Michel Forst, s'est rendu du 21 avril au 1er mai dans plusieurs lieux de détentions, dont le Pénitencier national à Port-au-Prince et la prison de Cayes (sud). La situation dans ces prisons, déjà difficile avant le séisme du 12 janvier qui a ravagé la capitale et ses environs, est devenu catastrophique depuis. "Les deux établissements sont surpeuplés et les détenus et prévenus vivent dans des conditions cruelles, inhumaines et dégradantes, au sens de la Convention contre la torture", dénonce le rapport de l'expert. "En raison des risques d'éboulements de certaines parties du Pénitencier national, les détenus et prévenus ont été regroupés dans un seul bâtiment où les conditions de détention sont encore plus sévères qu'avant le tremblement de terre", poursuit le document. Suite à ces modifications, l'espace de vie a été réduit à 0,30m2 par détenu, contre 0,44 m2 par détenu avant le tremblement de terre, selon les données du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui sont reprises par M. Forts. Il se dit toutefois satisfait que des travaux soient planifiés afin de décongestionner le bâtiment. Dans son rapport, l'expert aborde également le meurtre par balles survenu une semaine après le séisme d'une dizaine de détenus dans la prison de Cayes. Ces détenus avaient tenté de s'évader ; ils auraient été tués par la police et les cadavres enterrés dans une fosse commune, selon les codétenus et des parents de victimes. M. Forst insiste sur la nécessité de mettre en place une enquête "sérieuse et impartiale" sur la répression qui a fait suite à cette mutinerie. Dans son rapport, l'expert évoque également le problème des évadés lors du tremblement de terre, 5 000 selon les autorités haïtiennes. "Une partie (...) sont revenus spontanément se présenter au pénitencier et ont été réincarcérés", se félicite-t-il sans donner de chiffres. Mais une "partie des chefs de gang sont à nouveau dans la nature", ce qui participe à l'augmentation de l'insécurité et à la dégradation de la situation des droits de l'homme sur l'île déjà "précaire", selon l'expert. Des informations font état d'une augmentation de 150 % de cas de violences déclarées à la Police nationale haïtienne, selon le rapport. "Un nombre croissant de ces agressions sont le fait de gangs d'hommes qui commettent en toute impunité leurs violences alors que leurs noms sont connus", a encore dénoncé M. Forst.

mercredi 16 juin 2010

Etat des lieux 5 mois après le séisme

Déjà 5 mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre qui a ravagé le pays. A l’heure actuelle, la priorité d’Action contre la Faim est de continuer à apporter des services de base à la population sinistrée, et de participer au relèvement économique, agricole et psychologique à l’échelle individuelle, communautaire et institutionnelle d’Haïti. En parallèle Action contre la Faim tente d’aider les Haïtiens à se préparer au maximum à l’actuelle saison des cyclones qui ne s’achèvera pas avant le mois de décembre.

Pierre Tripon, chef de mission pour Action contre la Faim, a vécu le déploiement de l’opération d’urgence dés le premier jour. Il dresse un état des lieux de la situation et présente les résultats des programmes mis en place par l’association.

Entre urgence et nécessité d’organisation

Pour les équipes d’Action contre la Faim présentes sur le terrain, il n’a pas été simple de mettre en place dans l’urgence des programmes au sein de la capitale haïtienne. « Nous travaillions dans les régions au Nord d’Haiti comme l’Artibonite et le Nord Ouest. A Port au Prince, la population ne nous connaissait quasiment pas », explique Pierre. Mais très vite, il a fallu de toute façon s’organiser. « Avant le lancement d’un programme, nous commençons par créer un lien avec la population, leur expliquer notre méthodologie, la raison d’être de nos projets. Dans certains quartiers, il faut parfois assurer notre sécurité en allant présenter aussi aux chefs de gangs ce que l’on compte faire, expliquer comment cela va se passer... De cette manière, il y a très peu de problèmes ensuite ». 


De même, aucune distribution n’est faite à l’aveugle : des recensements sont menés ce qui permet de savoir qui l’on va toucher et à combien de personnes l’on va distribuer, des cartes sont fournies à chaque famille bénéficiaire ce qui permet de bien vérifier à qui l’on distribue effectivement. Cela aide également à éviter les tensions. « On donne des rendez-vous aux personnes en leur donnant leur carte, et chacun sait donc qu’il va recevoir quelque chose en allant chercher sa ration. Cela évite que les gens se pressent, s’agglutinent sur les sites de distributions autour des camions en pensant que c’est "premier arrivé, premier servi". Ainsi nous nous assurons que ce ne sont pas les mêmes qui sont servis plusieurs fois, au détriment des autres », raconte Pierre. Le mode de fonctionnement d’ACF explique ce choix, car « le plus important pour nous, c’est de travailler avec la population dans le respect et la dignité », souligne-t-il. A l’heure actuelle, environ 14 000 familles ont reçu des kits non alimentaires (produits d’hygiène, bâches…), 12 000 familles ont reçu des biscuits hautement protéinés et plus de 33 000 bons alimentaires ont été distribués.

Au-delà des besoins matériels, la nécessité d’un soutien psychologique

Afin de permettre aux haïtiens de travailler à la reconstruction de leur pays tout en gagnant de l’argent, des programmes d’argent contre travail sont mis en place dans plusieurs quartiers de Port au Prince. 


5 800 personnes, et donc leur famille, en ont déjà bénéficié, et 2 000 y participent actuellement. Elles travaillent notamment au nettoyage des ravines qui sont généralement encombrées de déchets et de gravats. Cela constitue une action de prévention puisque la saison des pluies est en cours et que l’encombrement des ravines pourrait causer d’importantes inondations.





Concernant le domaine de la nutrition, des « Points Conseil en Nutrition », ou « tentes maman-bébé », ont été installés dans la capitale. Leur but : conseiller les jeunes mères sur l’allaitement et soutenir celles qui ont été les plus traumatisées par la catastrophe. Face au grand nombre de personnes en détresse psychologique, Action contre la Faim a également mis en place des tentes où des psychologues mènent des consultations individuelles ou de groupe. Des groupes de parole y sont organisés, et à chaque séance un nouveau thème est abordé. « L’objectif est de faire parler les personnes pour qu’elles puissent à nouveau se projeter dans le futur. On leur demande par exemple comment elles envisagent l’avenir, comment elles ont vécu le séisme ou bien comment elles vivent le fait d’habiter dans des camps de déplacés. Cela aide également à éviter de nouveaux traumatismes », raconte Pierre. Aujourd’hui encore, des répliques du séisme continuent de se faire sentir, provocant à chaque fois des mouvements de panique qui montrent à quel point les gens sont choqués. Pour l’instant, 16 tentes maman-bébé et 3 tentes de soutien psychologique sont en place. De nouvelles tentes devraient encore ouvrir d’ici peu.

Pour améliorer durablement l’accès à l’eau aussi il y a beaucoup à faire. « Cinq mois après la catastrophe, plus de 139 000 personnes bénéficient de nos distributions d’eau potable chaque jour. Mais à long terme, il faudra envisager la création d’un nouveau réseau de distribution d’eau. Avant le séisme, seuls 30% de la population avait accès à l’eau potable. Alors dans ce domaine, on parle plus de construction que de reconstruction ! », explique Pierre. Pour cela, une plus grande implication est nécessaire, que ce soit de la part des bailleurs ou de l’Etat haïtien.

Quand la menace d’une nouvelle catastrophe plane sur la reconstruction

Quant à la reconstruction, pour l’heure « elle est seulement dans les discussions », déplore Pierre. Car si les rues sont peu à peu dégagées des gravats, elles sont à nouveau ré-encombrées très vite : « Partout on peut voir des Haïtiens, debout dans les ruines de leurs maisons écroulées, qui cassent le béton avec des outils de fortune et qui mettent leurs gravats dans les rues ». Un autre problème se pose : celui de l’occupation des lieux publics. « Pour que la vie puisse reprendre son cours, il faudrait rouvrir les écoles, les hôpitaux. Mais beaucoup de locaux sont occupés par des déplacés qui n’ont plus de toit et qui n’ont nulle part où aller. Malheureusement cela crée des tensions entre les déplacés et les étudiants, notamment, qui aimeraient reprendre les cours ».



Aujourd’hui, la situation se stabilise pour les Haïtiens, mais la saison des cyclones commence et fait craindre à tous l’arrivée d’une nouvelle catastrophe. « En théorie, c’est la Protection Civile haïtienne qui est censée gérer les situations de désastre. Seulement là, ses locaux ont été complètement détruits par le séisme. De plus, les habitants de Port au Prince sont généralement peu exposés aux cyclones… du moins quand ils sont abrités dans leurs maisons. Entassés dans des camps comme c’est le cas aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’il peut arriver ». La vigilance et une forte préparation sont par ailleurs plus que nécessaire car d’autres zones du pays, comme la ville de Gonaïves par exemple, sont très exposées, et la population ne serait pas en mesure de faire face à une nouvelle urgence.

Des sinistrés abandonnés à la fureur des éléments ?


Les sinistrés du séisme ont le sentiment d’être abandonnés à la furie des éléments alors que la saison des pluies bat son plein depuis plusieurs semaines et que la saison cyclonique a déjà débuté, confient-ils à AlterPresse.

Sous une pluie battante les enfants nus dansent donnant l’illusion que la pluie est une manne du ciel. Mais autour d’eux les adultes courent dans tous les sens essayant de trouver un abri où d’aller conserver un peu d’eau sous les tentes et les bâches qui leur servent de demeures. Cette situation est celle observée un jour de pluie à la place St-Pierre à Pétionville (périphérie est), l’un des grands sites d’hébergement spontanés érigés au lendemain du 12 janvier. « Je suis née à Pétionville, j’y habite également. C’est ici que je réalise toutes mes activités, c’est ici que mes enfants sont nés : je n’ai aucun autre endroit où aller. Depuis la catastrophe je dors dans la rue avec mes deux enfants et personne jusqu’à  maintenant ne nous est jamais venue en aide », explique Dieulène, une jeune mère de 18 ans. 


Le cas de cette jeune mère est semblable à celui d’un million de personnes qui vivent dans des sites comme celui de la Place St-Pierre et qui pour la plupart dépendent de l’assistance internationale. « Après le passage d’une catastrophe naturelle (…) chaque individu doit être pris en charge par le gouvernement. Mais comme vous le savez, l’Etat haïtien ne prend pas ses responsabilités. C’est pourquoi la population Petionvilloise est confrontée à pas mal de problèmes. Or nous voici en juin et il pleut presque chaque après-midi », signale un déplacé. L’une des inquiétudes liées à la pluie est le risque d’insécurité alimentaire. Le programme alimentaire mondial (Pam) a d’ailleurs pour cela pré-positionné 2 millions de rations alimentaires en des points stratégiques du territoire national. 


Mais le risque d’inondation est encore plus alarmant quand on sait que certains sites sont inondables et que ni les tentes, ni les bâches en plastique ne résisteront aux vents des cyclones que l’on prévoit cette année. « Quand il pleut ma famille et moi sommes obligés de dormir au beau milieu de la boue. Le bruit court qu’on va nous déplacer, qu’on va nous donner une tente. Mais nous n’avons plus d’espace, nous n’avons pas de terrain, nous ne savons pas où nous mettrons cette tente », rapporte un homme. Le déplacement vers des sites situés hors de la capitale, l’une des solutions de relogement du gouvernement quoique controversée, demeure un processus qui suit son chemin. Une autre solution est la construction d’habitats transitionnels dans la communauté des victimes. Par exemple, dans plusieurs quartiers de la commune de Carrefour, l’Adra (Adventiste developpement and relief agency) s’apprête à construire 5 000 de ces habitats. Cette initiative rejoint le vœu de Dieulène qui rêve de vider les lieux. « Je pense que si on me donne des tôles et des planches je pourrai quitter la place St-Pierre. Ma maison à morne Hercule a été détruite je n’ai plus de toit. Si on me donne des tôles et des planches, je chercherais où les installer pour habiter avec les enfants », dit-elle. Le gouvernement a fait savoir en plusieurs occasions qu’il ne pourra pas reloger tout le monde. A Port-au-Prince notamment, seul 40 % des maisons sont sûres.
Par Karenine Francesca Théosmy - Alter Presse


Le Premier ministre haïtien reçoit Bill Clinton pour la reconstruction

L'ancien président américain Bill Clinton retournera cette semaine à Haïti afin de relancer la reconstruction du pays ravagé par un séisme le 12 janvier, alors que la saison des ouragans dans les Caraïbes vient de commencer.

Le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive a évoqué mardi la venue de Clinton dans une interview accordée à Reuters. L'ancien président américain présidera jeudi à une réunion de la commission de reconstruction du pays, a indiqué Bellerive.
Les deux hommes co-président cette commission. La réunion de jeudi sera la première impliquant l'ensemble de ses membres, dans le but de mieux coordonner les efforts internationaux, a indiqué Bellerive. Des représentants des gouvernements brésilien, français, américain et vénézuélien participeront aussi à la réunion. En plus d'approuver une série de projets de reconstruction, Bellerive espère voir adopter des directives encadrant la dépense des fonds d'assistance reçus par Haïti. Environ 140 pays ont promis au total plus de 5 milliards de dollars depuis le séisme qui a détruit la majeure partie de Port-au-Prince.

"Nous avons un programme, un plan que tout le monde a accepté. A présent il nous faut des ressources humaines, de l'équipement, du savoir-faire et du soutien", a dit le Premier ministre haïtien. La saison des ouragans dans l'océan Atlantique se déroule du 1er juin au 30 novembre, et devrait cette année être très active selon les météorologues.
Plus de 1,5 million d'Haïtiens vivent encore dans des villages de tentes et sous des bâches depuis le tremblement de terre. Le principal risque lié aux ouragans qui pèse sur eux est celui de glissements de terrain.

mardi 15 juin 2010

Le patrimoine haïtien en danger

L'Espagne a envoyé 40 containers (d’une valeur d’environ 300 000 euros) qui devraient arriver d’ici la fin du mois de juin en Haïti, afin de permettre le stockage d’éléments du patrimoine historique et culturel d'Haïti qui sont exposés à l'air libre et aux intempéries suite au séisme de janvier dernier.

Les containers serviront de protection temporaire aux biens patrimoniaux en attendant de trouver un endroit offrant de meilleurs conditions pour leur conversation. L’objectif étant double, prévenir le patrimoine contre la détérioration mais aussi contre le vol. Ils seront sous la responsabilité du Ministre du Tourisme Patrick Delatour, qui aura la garde des biens. La récupération et la conservation des éléments du patrimoine culturel et artistique du pays a été la première préoccupation de l'Institut pour la Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN), ainsi que celle de nombreux intellectuels, artistes et institutions culturelles. Pour leur part, des écrivains, des éditeurs et des universitaires ont dit craindre que des manuscrits, des archives et des éléments irremplaçable du patrimoine soient endommagés. Bon nombre de ces documents sont datés du XVIe siècle et couvrent l'histoire du pays de l'esclavage à la lutte pour l'indépendance et la période ultérieure. L'ISPAN a demandé aux structures gouvernementales concernées de protéger le périmètre des bâtiments anciens et a en interdire l'accès. Malgré cet appel, la deuxième plus ancienne église du pays « Saint Louis Roi de France » situé dans le centre de la capitale, a été démoli sans savoir ce qui s'est passé dans ce dossier. « Nous voulons et devons être en mesure de défendre et de préserver notre mémoire en tant que peuple » a préciser Daniel Elie directeur de ISPAN.

lundi 14 juin 2010

Une ONG dénonce les prisons

Le réseau national haïtien de défense des droits humains (RNDDH) a protesté dimanche contre les conditions d'incarcération des mineurs en Haïti, après le tremblement de terre du 12 janvier. "Les mineurs ne bénéficient d'aucune considération spéciale et font face aux problèmes récurrents de l'administration pénitentiaire tels que la détention préventive prolongée, le surencombrement des cellules, l'insalubrité, l'absence de plan de rééducation", a affirmé l'ONG dans un communiqué. Après le séisme, 4 000 détenus, dont 200 mineurs, se sont évadés de prison. L'ONG révèle que 43 garçons et 15 filles ont été incarcérés dans des centres de détention pour adultes.
Europe 1

dimanche 13 juin 2010

Très peu de promesses concrétisées en 5 mois

Cinq mois après le séisme meurtrier du 12 janvier, très peu de promesses d’aide à la reconstruction d’Haïti se sont matérialisées.

Dix milliards de dollars, voici la somme qui a été promise par les 60 pays donateurs ayant participé à la conférence autour de la reconstruction d’Haïti, le 31 Mars dernier à New York. Le Brésil a confié un montant de 55 millions de dollars à la Banque Mondiale pour la reconstruction et le Venézuela a éliminé la dette pétrolière d’Haïti estimé à 395 millions de dollars. L’administration de Hugo Chavez a également annoncé la création d’un fonds de 2.6 milliards de dollars pour assister Haïti sur les cinq prochaines années. Deux mois après le sommet de New York, une autre rencontre internationale s’est tenue le 2 Juin à Punta Cana, une station balnéaire située à l’est de la République Dominicaine. La communauté internationale a alors reconfirmé un montant de 7.8 milliards qui seront consacrés à la reconstruction d’Haïti. 


C’était aussi l’occasion pour les Etats-Unis et le Canada de s’engager à reconstruire respectivement 47 000 et 16 500 résidences détruites par le tremblement de terre, qui a fait 300 000 morts, autant de blessés et 1,2 millions de sans-abri. La Croix-Rouge Internationale a déjà lancé un processus de construction d’abris de transitions, des maisonnettes d’ossatures en bois ou en métal et de toitures en tôles à Léogâne, Petit-Gôave (Ouest) et Jacmel (Sud-est). Les principaux espaces ouverts de l’ère métropolitaine sont toujours occupés par des dizaines de milliers de personnes déplacées et différentes rues de la capitale demeurent encombrées de déblaies. La situation est pareille ou presque dans les autres régions touchées par le séisme.

samedi 12 juin 2010

Les Haïtiens s'évadent de leur condition avec la Coupe du Monde

Agglutinés sous des tentes en plastique, les yeux rivés sur un tout petit écran, de jeunes Haïtiens vibrent au rythme des passements de jambes et des tirs des vedettes de la Coupe du monde sud-africaine.

«C'est un rare moment de détente pour nous après la catastrophe qui a frappé Haïti le 12 janvier», estime Pierre-Junior, tirant sur une cigarette, un verre d'alcool à ses pieds. Chaque spectateur admis sous la tente du Parc Sainte-Thérèse, transformé en centre d'hébergement, a payé 5 gourdes (8 cents) pour suivre un match, agrémenté de musique par un DJ qui cherche à gagner sa vie en transformant sa modeste demeure en stade improvisé. A l'entrée du camp, des adolescents tapent dans un vieux ballon, parodiant la compétition pour laquelle Haïti ne s'est qualifié qu'une fois, en 1974. Mais Denilson, 11 ans, baptisé en hommage au footballeur brésilien, rêve de jouer un jour dans un grand stade. «J'espère qu'à 18 ans je pourrai jouer la Coupe du monde», insiste-t-il, les pieds nus sur le terrain poussiéreux sous un soleil de plomb. 


Cinq mois après le séisme qui a ravagé Haïti faisant plus de 250 000 morts et près de 1,5 million de sans-abri, les Haïtiens veulent profiter de ce mois de foot pour se détendre et «oublier notre quotidien de misère», dit Jennifer, 20 ans. «Il n'y a pas d'amusement dans le pays, alors je vais en profiter, après on verra», ajoute-t-elle, le regard timide.

Atmosphère de fête

Dans les rues de Port-au-Prince encore jonchées de décombres, les jeunes ont établi «leur base» et décoré leurs quartiers aux couleurs de leurs sélections favorites. Le gouvernement a promis de placer des écrans dans les sites d'hébergement de la capitale afin de permettre aux déplacés de suivre les rencontres, mais ces équipements tardent à venir. «Le président ne pense pas vraiment à nous. René Préval ne se soucie pas de son peuple», dit un spectateur. Dans les rues, les véhicules sont parés de petits fanions et les motos taxis qui envahissent les avenues encombrées de la ville sont peints aux couleurs des équipes, créant une atmosphère de fête dans un pays qui se prépare à vivre une saison cyclonique menaçante après avoir souffert d'un séisme qui a dévasté l'économie la plus faible du continent américain. Il n'empêche. Une centaine d'Haïtiens ont acheté des billets pour les matches en Afrique du Sud, selon la Fédération haïtienne de Football (FHF), qui a elle-même envoyé une délégation de trois membres. Et pour le reste de la population, les nombreuses radios et les chaînes de télévision de la capitale avaient déjà lancé les festivités en proposant de longues émissions reprises des chaînes françaises. Elles promettent d'assurer la retransmission de l'intégralité de la compétition.

vendredi 11 juin 2010

La Protection civile haïtienne à la croisée des chemins ?


Chaque année, dès l’approche de la saison cyclonique, l’organisme en charge de la protection civile est en état d’alerte. Question de prévenir ou de faire face aux conséquences d’éventuelles intempéries. Cette année encore, il est à pied d’œuvre, mais dans un contexte marqué par le dernier séisme dévastateur.


 L’organisme a-t-il les moyens de sa politique ? Cette nouvelle donne a-t-elle entrainé une nouvelle orientation de la Protection civile haïtienne ? 


Gros plan sur un organisme haïtien aux défis importants.

Avec l’avènement de la nouvelle saison cyclonique, le Système national de Gestion des Risques et des Désastres (SNGRD) se retrouve sous les feux de la rampe. Plus que les années précédentes. En effet, la saison cyclonique engendre ici une véritable psychose de peur. Dans les régions exposées aux inondations notamment, l’inquiétude est perceptible. Et la moindre averse fait craindre le pire. Aussi, dans le cadre des préparatifs pour faire face aux éventuels défis, l’emphase est-elle mise sur la sensibilisation. L’une des mesures prises est la « Quinzaine de lancement de la saison cyclonique ». Une initiative qui, selon Joseph Edgard Célestin, consultant du PNUD auprès de la Direction de la protection civile (DPC), se traduit par l’organisation d’un ensemble d’activités de sensibilisation dans les dix départements géographiques du pays. 


Parmi ces activités destinées à « sensibiliser sur la saison cyclonique, les risques qui y sont associés et les conduites à tenir en période d’urgence » figurent une conférence de presse, une émission spéciale sur la Télévision nationale d’Haïti et un concert. De même, sur divers médias du pays, sera diffusé un feuilleton radiophonique intitulé : «Siklòn / cyclone». Il s’agit d’un feuilleton de dix épisodes d’une dizaine de minutes mettant en exergue les préparatifs à l’approche d’un ouragan.


Ce programme de sensibilisation inclut également une soirée littéraire sur la thématique « Gestion des risques et désastres », le lancement de l’émission « Vijilans /vigilance» sur les médias de service public et la distribution de 10 000 téléphones portables, 240 groupes électrogène, 10 véhicules… aux « structures centrales et déconcentrés de Protection Civile ». D’autres activités sont traditionnellement entreprises à l’approche des saisons cycloniques. Au nombre desquelles, l’identification des personnes vivant dans les zones à risques, la préparation du plan d’évacuation et la mise en place des abris provisoires. Cette année, de nombreux sites comme des églises et des écoles ayant servi d’abris provisoires sont détruits. Mais l’inventaire de ces abris a déjà été mis à jour après le séisme et « la DPC est actuellement en train d’analyser cette mise à jour ».

Cette campagne de sensibilisation fait partie d’un programme plus large s’étendant sur 9 mois. Un programme qui bénéficie de l’appui technique et financier du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). De même, dans la gestion des risques et désastres, le système haïtien de protection civile reçoit non seulement le soutien du PNUD mais aussi celui de plusieurs bailleurs de fonds comme la Banque Interaméricaine de Développement (BID), la Banque mondiale et l’Union européenne. A l’approche de la saison cyclonique, le Programme des Nations Unies pour le Développement a mis à la disposition du Secrétariat Permanent pour la Gestion des Risques et Désastres (SPGRD) un montant de 320 000 dollars. 




Cette somme sera utilisée pour des activités de communication, de sensibilisation et de formation. De ce montant, 100 000 dollars sont alloués aux départements auxquels le PNUD a par ailleurs octroyé un réseau d’internet mobile. Toujours grâce à l’appui du PNUD, plus de 500 jeunes bénévoles répartis dans plusieurs communes ont reçu une formation les habilitant à surveiller le niveau des rivières afin qu’ils puissent, le cas échéant, alerter à temps le Centre national de Météorologie, impliqué aussi dans la protection civile. De même, le système de protection civile haïtien entreprend, en partenariat avec la faculté des Sciences de l’Université d’Etat d’Haïti, un projet d’un montant de 57 000 dollars devant permettre le développement d’un logiciel de gestion de désastres et d’un système d’alerte multimédia.

Pas de changement de cap !

Le cataclysme du 12 janvier, pour important qu’il soit, ne semble pas pour autant imprimer – tout au moins pour l’instant - une nouvelle orientation à la stratégie d’intervention du Système national de Gestion des Risques et des Désastres. Certes, au Cap-Haïtien, dans la région nord du pays - où se trouve aussi une importante faille sismique -, les autorités locales avaient fait, en avril dernier, de la sensibilisation sur les risques sismiques. Actuellement, elles font du plaidoyer au niveau des écoles pour la mise en place de plans d’évacuation.

Ceci ne cache pas pour autant que les activités de la Protection civile haïtienne, qui se focalisent presqu’exclusivement sur la saison cyclonique, n’ont pas vraiment varié par rapport aux périodes d’avant le séisme. D’ailleurs, un cadre travaillant dans la Protection civile, qui requiert l’anonymat, le reconnait volontiers. « Nous avons tiré des leçons du tremblement de terre mais, à date, il n’y a ni recommandation ni réorientation officielle », affirme-t-il. En outre, si l’une des critiques traditionnellement adressées par les observateurs au système haïtien de protection civile est qu’il n’est pas « proactif » et ne dispose pas d’une « grande capacité de réponse sur le terrain », rien ne semble pour l’instant prouver le contraire. Et ce n’est pas le rôle qu’il a joué pendant et après les derniers événements qui va plaider en sa faveur. 


En effet, le cadre a fait remarquer que la Protection civile haïtienne avait été court-circuitée par les « fameuses » Commissions sectorielles mises en place par le Gouvernement. Pour cause, son rôle s’était limité à la gestion des informations sur le bilan du séisme. Elle fournissait aussi un « appui» à ces commissions et « travaille », de concert avec l’OIM et autres partenaires, à l’amélioration des conditions de vie au niveau des camps.

Une structure assez complexe

Sur papier, tout semble pourtant être en place pour faire face aux urgences. Le pays dispose d’un Plan national de Gestion des Risques et des Désastres (PNGRD). Un document qui est censé montrer « les grandes orientations à suivre, les objectifs à fixer, l’organisation à adopter, les actions à mettre en œuvre en vue de la réduction des risques auxquels la population est exposée, la gestion des désastres qui peuvent en résulter ». Autre élément d’action, le Plan national d’Intervention (PNI). Celui-ci définit « le cadre d’intervention du gouvernement haïtien face aux catastrophes et aux urgences, dans la perspective d’une réponse efficace, coordonnée et systématique ». De même, tout semble indiquer que l’organisme s’occupant de la protection civile haïtienne est bien rodée.

Le Système national de Gestion des Risques et des Désastres (SNGRD) coiffé par une structure interministérielle, le Comité national de gestion des risques et des désastres (CNGRD), responsable de la « direction, la coordination et l’évaluation » de la mise en œuvre des programmes et activités prévues dans le Plan national de gestion des risques et des désastres. Ce comité a un secrétariat exécutif assuré par la Direction de la Protection civile (DPC) qui, entre autres, coordonne les opérations d’urgences. Il est aussi assisté directement par le « Groupe d’appui de la coopération internationale » et le « Secrétariat Permanent de Gestion des Risques et des Désastres (SPGRD). Ce dernier, élément fondamental dans le Système de protection civile du pays, est un organe intersectoriel regroupant notamment des représentants de divers Ministères.


 C’est l’instance de coordination technique, responsable de la gestion des actions prévues dans le Plan national de Gestion des Risques et des Désastres. Le Secrétariat Permanent de Gestion des Risques et des Désastres est pour sa part assisté directement par divers comités et organisations, dont des Comités thématiques institutionnels / sectoriels disposant de mandat spécifique. Par exemple, le comité thématique Education s’occupe de la communication et de la sensibilisation. De même, le comité thématique « Abris provisoires » travaille actuellement sur un guide de la construction en attendant la parution d’un code de Construction. Il dispose aussi des organes décentralisés qui l’assistent directement. C’est le cas des Comités départementaux, municipaux et locaux. 


Ces structures ont leur propre « plan de gestion spécifique des risques et des désastres » et jouent un rôle crucial en période d’urgences. C’est elles qui lancent les alertes, font la mobilisation et appuient les actions de réponse. Bref, la structure du système de protection civile haïtien parait offrir toutes les garanties pour une prise en charge efficace lors de grandes catastrophes même si, après le 12 janvier, elle a joué un rôle secondaire. Le grand défi semble être pour l’instant de la rendre totalement opérationnelle. Un dossier qui probablement ne laissera pas indifférents les décideurs publics, car, dans la perspective de la reconstruction nationale, un organisme de protection civile efficace s’avère plus qu’un impératif.
Minustah - Rédaction : Faustin Caille