contact@timounhaiti.org

Certaines images ont pu vous choquer, mais c'était malheureusement la triste réalité
Heureusement de nombreuses actions positives sont conduites sur place, notamment grâce à Timoun d'Haïti

mercredi 31 mars 2010

Les évadés de prison terrorisent les sinistrés dans les camps


La Police des Nations unies (UNPol) est à pied d'œuvre pour maintenir un climat sécuritaire dans la capitale. Quelque 4 800 évadés de prisons, parmi lesquels des chefs de gangs de bidonvilles, sont toujours en liberté.

Près de Cité Soleil, le camp Jean-Marie Vincent retient l’attention des forces de polices. Une grande promiscuité règne dans ce nouveau petit quartier de Port-au-Prince. 48 000 personnes vivent ici et les femmes vivent dans un danger permanent: de nombreux cas de viols ont été enregistrés ces derniers jours. Pour de réduire ces agressions l’UNpol organise quotidiennement des patrouilles comprenant des policières. «En voyant des femmes en uniforme, les victimes ont moins d’appréhension à parler de leur agression». D’origine haïtienne, Micheline Gélin, canadienne, a noué, grâce au créole qu’elle parle parfaitement, de bonnes relations avec les habitants du camp mais elle sait que la confiance n’est pas parfaite.

Loi du silence

Difficile de discuter avec ces familles de leur première cause de problèmes: la présence, dans le camp, d’évadés de prison. Si 1,3 million d’Haïtiens ont perdu leurs domiciles lors du séisme, plus de 4 800 détenus en ont profité pour s’évader. «En journée, nous patrouillons, donc les évadés ne sortent pas. Dès la tombée de la nuit, comme il n’y a pas d’éclairage, ils sortent et terrorisent les gens, se résigne Micheline Gélin. Tous les sinistrés savent qui sont ces évadés mais personne n’ose parler parce que ces individus vivent jour et nuit à côté d’eux. Ils ont extrêmement peur des représailles.» Tout est à refaire Dans le chaos où est plongée Port-au-Prince, retrouver ces individus ne sera pas facile. Les principaux chefs de gangs des bidonvilles, que l’ONU avait arrêté depuis 2005, comptent parmi les évadés. 


Ils ont recommencé à kidnapper les étrangers et la venue massive des ONG est une aubaine pour ces criminels. «Notre priorité, explique Michel Martin, chef de la cellule d’intelligence criminelle de l’UNpol, est de ramener les bandits les plus dangereux, kidnappeurs, meurtriers, agresseurs sexuels derrière les barreaux.» Mais avec 2 000 officiers seulement, l’UNpol n’a pas les moyens d’un tel travail. Par ailleurs seule la police nationale haïtienne (PNH) peut procéder aux arrestations. Déjà avant le séisme, elle manquait cruellement de moyens et d’effectifs. Aujourd'hui c'est pire. Devant l’une des entrées du camp, deux agents de la PNH sont bien en station mais un des pneus de leur voiture est crevé, et même en cas d’urgence, ils ne peuvent intervenir : le véhicule n’a pas d’essence.
Amélie Baron - 20 minutes

MSF veut l'accès aux soins, le CCFD "un plan Marshall"

Médecins sans frontières (MSF) réclame aux donateurs pour Haïti, qui doivent se réunir mercredi 31 mars, à New York, de garantir l'accès à un système de santé "efficace", tandis que le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) demande un "véritable plan Marshall" incluant la société civile haïtienne.

"Face aux besoins qui perdurent, Haïti doit recevoir les moyens d'assurer l'accès aux soins médicaux pour sa population", écrit MSF dans un communiqué publié mardi. Depuis le tremblement de terre du 12 janvier, "presque toutes les structures médicales publiques et de nombreux établissements privés ont prodigué gratuitement des soins médicaux". "Les Haïtiens doivent avoir accès à un système de santé efficace, souligne le docteur Christophe Fournier, président du mouvement international MSF. Les ressources financières indispensables au fonctionnement des structures de santé ne peuvent pas être ponctionnées sur une population extrêmement fragilisée."

De son côté, le CCFD explique dans un autre communiqué qu'il "craint une nouvelle tragédie humanitaire avec l'arrivée de la saison des cyclones", et "appelle à une mobilisation massive incluant la société civile haïtienne". L'organisation "appelle à la mise en place d'un véritable plan Marshall tant les besoins sont immenses", soulignant que la reconstruction "ne pourra se faire que si la population haïtienne y est associée". Plus de cent pays et plusieurs organismes internationaux doivent se retrouver mercredi au siège de l'ONU, à New York, lors d'une conférence internationale de donateurs pour Haïti, où le tremblement de terre a tué au moins 220 000 personnes. Quelque 3,8 milliards de dollars (2,82 milliards d'euros) vont leur être demandés, comme premier versement sur un montant total de 11,5 milliards de dollars (8,53 milliards d'euros) d'aide estimée nécessaire pour reconstruire le pays sur dix ans.

mardi 30 mars 2010

Vers un nouvel avenir pour Haïti, par Ban Ki-moon

Juché sur une colline, le Club de golf de Pétionville surplombe Port-au-Prince et la mer. Ses parcours jadis bien soignés accueillent ces jours-ci près de 50 000 personnes, parmi les quelque 1,2 million qui ont été déplacées par le tremblement de terre et qui se retrouvent entassées dans des tentes ou des appentis en bâche fournis par l'ONU ou des organismes internationaux de secours. Lorsque je m'y suis rendu la semaine dernière, le soleil brillait. La vie continuait, semble-t-il : les enfants jouaient, les mères faisaient la lessive en plein air. Plusieurs personnes avaient établi des commerces et des marchés informels pour vendre de la nourriture, du charbon de bois, des fruits, des chaussures, du shampooing… Dans la lueur du soleil, on pourrait aisément y voir un signe d'espoir, la vie au milieu des ruines. Mais quand arrivera la pluie, le terrain juché sur une colline escarpée deviendra boueux, dangereux et source de maladie. Pour ceux qui sont coincés dans le camp, l'espoir semblera loin.

Mercredi, les dirigeants du monde se retrouveront au Siège de l'ONU à New York, dans le cadre d'une importante conférence des donateurs – expression on ne peut plus tangible de solidarité avec le Gouvernement et le peuple haïtiens. Le Président René Préval la qualifie de "rendez-vous avec l'histoire", un pacte conclu pour construire ce qu'il appelle "un Haïti nouveau", un Haïti transformé. La mission, c'est d'offrir l'espoir – et d'en faire une réalité. Depuis des semaines, des experts évaluent les besoins engendrés par la catastrophe du 12 janvier et leur coût. Ensemble, le Président Préval et son gouvernement ont élaboré un plan d'action stratégique national devant orienter le relèvement et le développement du pays. Il s'agit à tous égards d'un document visionnaire.

Alors qu'il visitait la capitale dévastée avec l'Envoyé spécial des Nations Unies, l'ancien Président Bill Clinton, un haut responsable haïtien a montré du doigt le Parlement national et le palais présidentiel en ruines. "Nous ne voulons pas les restaurer", a-t-il dit des sites historiques de style colonial effondrés. Il a parlé de les remplacer par quelque chose de complètement nouveau, quelque chose de moderne qui corresponde mieux aux ambitions que se donne Haïti comme pays en développement autonome animé d'un réel espoir de repartir sur de nouvelles bases et de se forger un avenir prospère.

C'est le défi que nous devons relever à New York – non pas reconstruire mais plutôt "construire mieux", pour créer littéralement un Haïti nouveau. Au titre du plan, une nouvelle commission intérimaire pour la reconstruction en Haïti serait chargée d'affecter près de 4 milliards de dollars d'aide à des projets et programmes précis au cours des 18 mois à venir. Dans les 10 prochaines années, on estime qu'Haïti aura besoin d'environ 11,5 milliards de dollars pour se reconstruire.

De toute évidence, l'aide doit être bien dépensée et bien coordonnée. Elle doit permettre de continuer à fournir des secours d'urgence – alimentation, assainissement et, surtout, logement. Jusqu'ici nous avons fourni à 1 million de personnes (soit environ les trois quarts de la population dans le besoin) des tentes et des bâches et nous en distribuerons encore 300 000 au cours des prochaines semaines. Nous disposons désormais aux alentours de Port-au-Prince de plusieurs sites importants où nous pouvons reloger les personnes qui vivent dans des secteurs menacés par les inondations lorsque la saison des pluies commencera vraiment. En attendant, la mission des Nations Unies prend toutes les mesures nécessaires pour maintenir la sécurité et, en particulier, faire que les femmes et les enfants vivant dans les camps soient à l'abri de la violence sexuelle.

À mesure que nous acheminons de l'aide d'urgence à la reconstruction à plus long terme, il faut admettre que nous ne pouvons pas nous contenter de faire comme d'habitude. Notre ambition aujourd'hui c'est de rebâtir le pays de fond en comble. En collaboration avec la communauté internationale, les dirigeants haïtiens s'engagent à conclure un nouveau contrat social avec le peuple. Autrement dit, il faut un gouvernement entièrement démocratique, doté de politiques économiques et sociales judicieuses pour faire face à l'extrême pauvreté et aux disparités profondes en matière de répartition des richesses. Cela signifie aussi qu'il faut des élections libres et régulières, organisées avec l'aide de l'ONU, de préférence avant la fin de l'année.

Ce nouveau contrat social doit autonomiser les femmes – comme chefs de ménage assurant l'entretien de leur famille, comme entrepreneurs créant des entreprises, comme défenseurs des personnes vulnérables, qui exercent tous leurs droits en tant que responsables dans les institutions démocratiques et les organisations d'action civile en constante évolution. Il doit offrir de nouvelles possibilités de promotion économique, et surtout des emplois. Le programme "travail contre rémunération" de l'ONU devrait être un modèle. En fin de compte, seuls les Haïtiens peuvent reconstruire, ou plutôt mieux construire, Haïti.

Les dirigeants haïtiens savent bien que ce nouveau partenariat exige un attachement à la bonne gouvernance, à la transparence et à la responsabilité mutuelle – entre l'administration et les administrés, entre les secteurs public et privé, entre Haïti et la communauté internationale. Il faut donc trouver de nouvelles formules pour faire face aux problèmes de longue date, notamment l'avenir de la capitale haïtienne surpeuplée. Pour qu'Haïti s'épanouisse, il faut que toutes les régions et les villes du pays bénéficient des infrastructures sociales et du développement économique. C'est pourquoi le plan national haïtien prévoit d'importantes ressources pour le relèvement de l'environnement, pour la réforme foncière et pour de nouveaux investissements dans la pêche et l'agriculture.

Dans les prochains jours, les dirigeants du monde se mettront à la hauteur de la situation en épaulant Haïti dans la solidarité – une solidarité qui sera mesurée dans plusieurs années, longtemps après que le choc initial de la catastrophe sera passé. Je suis convaincu qu'ensemble nous pouvons mettre Haïti sur la voie d'un nouvel avenir, très différent. Le travail consistant à bâtir l'avenir promis commence aujourd'hui dans des lieux comme le camp de Pétionville, dans l'immédiat, en mettant les dizaines de milliers de personnes à l'abri. Mais, à vrai dire, nous devons offrir quelque chose de beaucoup moins concret mais d'infiniment plus durable, à savoir l'espoir. Et pour Haïti, l'espoir naît ce mercredi à New York.
Le Monde

lundi 29 mars 2010

Mercredi, " Haïti a rendez-vous avec le monde "

Mercredi, " Haïti a rendez-vous avec le monde ". La formule, certes un peu emphatique, du ministre français de la Coopération Alain Joyandet, résume pourtant bien l’enjeu que revêt la conférence des donateurs qui va se tenir à New York. Deux mois et demi après le séisme qui a fait au moins 222 000 morts et près de 1,3 million de sans-abri sur l’île des Caraïbes, cette réunion, à laquelle participeront entre autres les Etats-Unis, les Nations unies, l’Union européenne, le Canada et le Brésil, doit jeter les bases du futur d’Haïti. Et permettre de récolter l’argent nécessaire à son redressement.

Une étude réalisée par les autorités haïtiennes évalue la reconstruction du pays à 11,5 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros). Un calcul qui prend en compte à la fois la réparation des dégâts, estimés à 7,8 milliards de dollars, et les fonds nécessaires à la remise sur pied d’un pays où tout ou presque est à rebâtir : non seulement les routes et les ponts, mais aussi l’administration ou les systèmes de santé. "Ces 11,5 milliards ne seront pas réunis mercredi", prédit-on au Quai d’Orsay. Les bailleurs de fonds devraient plutôt s’entendre sur un montant de 3,8 milliards de dollars, alloués pour une période de dix-huit mois. Au premier rang des contributeurs, les Etats-Unis. Barack Obama vient de demander au Congrès de débloquer 2,8 milliards de dollars. De leur côté, les pays de l’UE ont annoncé lundi qu’ils comptaient doubler leurs promesses d’aide à 1 milliard d’euros.

En finir avec la " République de Port-au-Prince "

Reste que les principaux contributeurs ne veulent pas voir se répéter le scénario de ces dernières années, où les aides débloquées après le passage des cyclones ou les troubles politiques étaient souvent gaspillées, faute de coordination et de contrôle. C’est donc la Banque mondiale, et non l’ONU, qui devrait prendre la tête d’un fonds multibailleur. L’Etat haïtien, qui craint d’être tenu à l’écart des décisions, devrait être associé dans une commission intérimaire de développement. Pour les autorités haïtiennes, l’objectif prioritaire est de mettre en place une véritable décentralisation, d’en finir avec la "république de Port-au-Prince" où sont concentrés pouvoirs politiques et économiques. Il faudra pour cela renforcer – parfois mettre sur pied – les collectivités locales. Et surtout convaincre la population de s’éloigner de la capitale. Une bonne partie des sinistrés l’ont quittée après le 12 janvier ; mais plusieurs centaines de milliers de sans-abri continuent de s’y entasser dans des camps insalubres.

La saison des pluies qui vient de débuter devrait encore aggraver la situation. Les sans-abri ont bien reçu des bâches pour se protéger, mais cela ne suffira pas. "La Croix-Rouge prévoit aussi de construire 20 000 abris plus solides, en bois et en tôle, mais les autorités n’ont toujours pas décidé de l’endroit où il fallait les installer", explique Mego Terzian, responsable des urgences à Médecins sans frontières. Les distributions de nourriture et l’accès gratuit aux soins vont être bientôt interrompus, pour ne pas pénaliser l’économie locale, selon le gouvernement. Cela risque de fragiliser davantage une population déjà très vulnérable. "La priorité, c’est de poursuivre l’aide aux sinistrés, prévient le responsable de MSF. Il ne faudrait pas que les participants de la conférence l’oublient."

dimanche 28 mars 2010

Trouvé dans une décharge, Erod, 18 mois, tente de survivre



Erod, 18 mois, agrippe les barreaux de son lit de bébé, un grand sourire aux lèvres, inconscient de ce qu'il a enduré depuis dix semaines: dans la foulée du séisme à Haïti, ce bambin a été retrouvé dans un tas d'immondices puantes, abandonné à la mort.

Lorsqu'il a été découvert, le garçonnet souffrait de malnutrition chronique, et peu auraient parié sur sa survie. Transporté dans un hôpital tenu par l'ONG Médecins Sans Frontières (MSF) à Cité Soleil, l'énorme bidonville de Port-au-Prince, il a été placé en soins intensifs pendant plusieurs semaines. "En ce moment, nous lui cherchons une place afin qu'il quitte l'hôpital mais on ne sait pas où", raconte à l'AFP Emmanuel Massart, infirmier belge de MSF. "On l'appelle Erod, mais je ne sais même pas qui a choisi son nom", ajoute l'humanitaire de 28 ans. Et dans un pays où 40 % de la population à moins de 14 ans et où près d'un enfant sur dix décède avant d'avoir cinq ans, l'avenir du petit survivant est très incertain. Comme Erod, à qui il manque un doigt à la main droite et dont le crâne dégarni montre les séquelles de mois de privation, de nombreux enfants en bas âge sont abandonnés par des familles qui ne savent pas comment les nourrir. Erod, qui est censé bientôt quitter l'hôpital pour un orphelinat, n'est plus une urgence pour le docteur Manuel Dewez, qui est submergé de cas possibles de méningite, paludisme et gastro-entérite. 


"Regardez ce petit bébé", dit le docteur Dewez en soulevant un rideau qui laisse apparaître un visage minuscule enveloppé dans des langes. Bechina, le dernier arrivé, est un petit garçon né prématurément il y a deux ou trois mois, et qui ne pèse qu'un kilogramme. Comme on le constate dans la plupart des hôpitaux de campagne des pays en développement, souligne le médecin, c'est la déshydratation souvent due aux gastro-entérites qui tue le plus. "C'est tellement dommage, parce que c'est très facile à traiter", déplore Dewez. "Nous n'avons pas eu beaucoup de décès. En quatre semaines ici, nous n'en avons eu que trois ou quatre, ce qui est très peu en fait", explique ce médecin à l'AFP. "Ce dont on a besoin ce sont des outils de diagnostics plus sophistiqués, comme des tests de laboratoires. Et on a besoin de plus de personnel pour faire tourner les équipes", ajoute-t-il. Karel Janssens, responsable de la coordination de MSF sur le terrain, se félicite d'avoir travaillé dans le bidonville de Cité Soleil de 2005 à 2007, ce qui l'a mis l'ONG en meilleure position pour intervenir après le tremblement de terre. "Les gens de Cité Soleil nous connaissent très bien", dit Karel Janssens. 


La clinique, du nom de Choscal, a traité les graves traumatismes après le tremblement de terre, mais est maintenant revenue à une activité normale initiale d'hôpital de terrain. Les files d'attente s'allongent. La violence qui prévalait dans le bidonville de Cité Soleil avant le séisme est de retour : dans la salle d'opération, un jeune homme blessé par balle arrive sur un brancard orange. "Ici, on est à un rythme d'une blessure par balle par jour", explique M. Janssens. "On voit passer une quarantaine de cas de blessures par violence par semaine, notamment beaucoup de blessures par lapidations ou par machette". MSF ne donne aucune information à la police sur ces blessures, voulant conserver la confiance des patients.
Romandie News

samedi 27 mars 2010

Timoun est de retour d'Haïti

Michel Debarge est rentré d'Haïti mardi. Réunie en assemblée générale cet après-midi, l'association Timoun d'Haïti doit décider où mettre en œuvre les 47 600 € de dons récoltés.

« Un voyage comme ça, on en prend plein la vue. » Michel Debarge, président de l'association Timoun d'Haïti, est rentré éprouvé, mardi, de son séjour en Haïti. Deux mois après le séisme, il s'est rendu à Port-au-Prince et dans le village de Montreuil, où l'association villeneuvoise a aidé au financement d'une école, pour évaluer sur place les besoins de la population haïtienne. Avant la catastrophe, Timoun envisageait la création, dans le quartier de Bel air, à Port-au-Prince, d'un centre de soins et d'aide aux enfants déscolarisés. « Là, on se focalise sur les problèmes de santé, note Michel Debarge. Il y a eu deux consultations avec un médecin bénévole pendant que j'étais sur place. La priorité est de remettre l'électricité. » Le local du jardin d'enfants de l'association ayant été détruit par le tremblement de terre, le président envisage également de louer une autre maison. Les dons pourraient aussi servir à aider au transport scolaire. « Une école a été démolie et ils se sont repliés en dehors de la ville », explique Michel Debarge. À Montreuil, L'association compte également poursuivre l'agrandissement de l'école - la construction de deux classes et d'un dispensaire était programmée.


L'élan de générosité avait permis à Timoun de récolter 47 600 € de dons. Une assemblée générale, organisée cet après-midi, doit décider des priorités à financer. « Pour les gens sur place, le plus dur, c'est l'immensité de la charge. Il y a tellement à faire ... a-t-il constaté. Mais bon, on va y arriver. » Michel Debarge retournera en Haïti à l'automne.
Nord-Eclair

Tout bouge autour de moi

Le grand écrivain haitien Dany Laferrière vient de publier à Montréal un livre/témoignage sur le seisme du 12 janvier 2010 sous le titre « Tout bouge autour de moi ».

Dans ce livre sur le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, l’auteur retrace les principaux moments du désastre, indique la maison d’édition Mémoire d’encrier dans un communiqué transmis à AlterPresse. L’ouvrage est constitué de textes brefs, portraits, informations, impressions et projections. « Laferrière livre en des touches discrètes ses émotions, ses sentiments et ses pensées, dans cette poignante chronique », selon Mémoire d’encrier.

« Partout où je vais, les gens m’adressent la parole en baissant la voix. Conversation entrecoupée de silences. Les yeux baissés, on m’effleure la main. Bien sûr qu’à travers moi, on s’adresse à cette île blessée mais de moins en moins isolée. On me demande de ses nouvelles. Ils comprennent vite qu’ils sont plus au courant de ce qui se passe que moi. Je me suis éloigné de cette rumeur intoxicante afin de préserver ces images qui brûlent encore en moi », écrit Dany Laferrière. Les profits tirés de la vente de l’ouvrage contribueront à financer la publication des textes de jeunes auteurs haïtiens chez Mémoire d’encrier. Dany Laferrière a gagné le Prix Médicis 2009, le Grand Prix du livre de Montréal 2009 et le Grand Prix Métropolis Bleu 2010 pour son roman L’énigme du retour (Montréal, Boréal/ Paris, Grasset)

vendredi 26 mars 2010

Un plan international pour reconstruire Haïti

Un comité spécial piloté par Bill Clinton va diriger les opérations en faveur de l'île dévastée.

Le gouvernement haïtien a parlé de 11,5 milliards de dollars. Des experts de la Banque interaméricaine de développement sont montés jusqu'à 14 milliards de dollars. Vu son impact médiatique, l'enveloppe allouée au sauvetage d'Haïti, qui a perdu plus de 220 000 habitants dans le séisme du 12 janvier dernier et fait face à 1,5 million de sans-abri, sera assurément l'un des enjeux de la réunion de New York, le 31 mars prochain.

Mais derrière ce symbole sonnant et trébuchant, les grandes puissances et bailleurs de fonds internationaux doivent surtout officialiser, devant le gouvernement haïtien et les principales ONG qui travaillent à Port-au-Prince, la capitale aujourd'hui dévastée, leur plan d'action pour les années à venir. Conduite principalement par les États-Unis, le Canada, la France et certains pays d'Amérique latine impliqués en Haïti, la communauté internationale est prête à faire un effort important. Mais cherche, en contrepartie, sinon à imposer ses vues, du moins à encadrer l'action d'un pays à la dérive depuis des décennies.

Une commission intérimaire

Le plan qui se dessine prévoit la création d'une commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti qui, pendant dix-huit mois, aurait toute lati­tude pour engager des actions et leurs financements. Cette commission devrait être coprésidée par l'ancien président américain, Bill Clinton, et l'actuel premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive. Elle serait composée de 16 membres, dont 9 appartiendraient à des nations étrangères. Pour celles-ci, on parle d'un «ticket d'entrée» dans le club à 200 millions. Mais on sait bien que les nations ayant des liens historiques et culturels avec la première République noire à s'être affranchie de la tutelle coloniale, française en l'occurrence, seront de la partie. Haïti aurait 7 représentants, donc ne disposerait pas de la majorité au sein de cette instance, mais son président, René Préval, sans en être membre, aurait un droit de veto sur les décisions prises. Après ces dix-huit mois, cette commission intéri­maire se transformerait en une «Autorité pour le développement d'Haïti», dont le mandat durerait pendant plusieurs années, le chiffre de quatre ayant été avancé.

D'emblée, la commission intérimaire aurait toute latitude pour financer des acquisitions foncières en Haïti, afin de lancer des opérations d'urbanisme et de logement à Port-au-Prince où plus de quatre cents camps de tentes côtoient des bidonvilles et des immeubles en ruine. Il est également prévu de procéder à des privatisations - celle, notamment, du port et de l'aéroport de la capitale. Les compagnies étrangères auraient la possibilité d'investir dans la plupart des secteurs d'activité, dont ceux agricole et touristique, qui paraissent les plus porteurs. Dans le cadre du dialogue entre grandes puissances et le pouvoir haïtien, sur ces aspects les plus économiques, pour ne pas dire les plus rentables, de l'opération, les discussions sont serrées entre les compagnies inter­nationales et les milieux d'affaires ­haïtiens. Depuis deux mois que la planète des experts internationaux cogite pour préparer cette grande réunion internationale, tout et n'importe quoi a déjà été suggéré. Quelques formules ont toutefois retenu l'attention. Celle du président haïtien, René Préval : «Il ne faut pas reconstruire, mais construire ­Haïti.» Lors de la réunion préparatoire à Saint-Domingue, le 15 mars dernier, la somme de 3,8 milliards de dollars avait été mentionnée pour les dix-huit mois d'actions de la commission intérimaire de reconstruction. Bill Clinton, venu avec George W. Bush à Port-au-Prince le 22 mars dernier, avait toutefois prévenu des chefs d'entreprise haïtiens qu'il réunissait à huis clos : «Vous savez que 50 % de l'argent ne sort pas.» L'ancien président américain voulait ainsi rappeler que l'aide financière ­allouée sert pour une bonne part à payer le travail des entreprises et du personnel des nations investies dans les plans de reconstruction.

jeudi 25 mars 2010

L'Union Européenne va presque doubler son aide à Haïti


Les pays de l'Union européenne comptent presque doubler leurs promesses d'aide à la reconstruction de Haïti après le séisme en les portant à un milliard d'euros, contre 600 millions d'euros jusqu'à présent, a annoncé lundi 22 mars le chef de la diplomatie de l'UE.

Cette annonce sera officialisée le 31 mars lors d'une conférence internationale à New York sur la reconstruction de l'île. "Concernant Haïti, le chiffre que nous attendons est d'environ 1 milliard d'euros au cours des trois prochaines années", a déclaré la Haute Représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, lors d'une conférence de presse.

mercredi 24 mars 2010

Haïti : fin de la conférence en Martinique

La conférence internationale de villes et régions du monde pour Haïti, organisée mardi à Schoelcher (Martinique) à l’initiative de la France, s’est achevée en début de soirée avec la restitution des travaux de cinq ateliers.

Intitulée "participer au développement équitable et durable du territoire haïtien", cette conférence sur la reconstruction d’Haïti devait entre autres à "contribuer à la définition d’une stratégie globale et cohérente de développement du territoire haïtien, alliant dynamique de décentralisation et de déconcentration". Les congressistes au nombre desquels une trentaine de maires d’Haïti et leurs homologues des Etats-Unis, du Mexique ou d’Espagne ont planché sur "le développement urbain et l’aménagement du territoire, les ressources humaines, les finances locales, le développement économique local". Selon Pierre Duquesne, ambassadeur chargé des questions économiques de reconstruction et de développement, "il appartiendra aux représentants des collectivités locales, qui viendront à New-York" lors de la réunion du 31 mars au siège des Nations Unies, "de mettre en forme les propositions qui ont été faites". En matière d’aménagement du territoire, l’idée qu’il faille plus de développement économique hors de "la république de Port-au-Prince" pour éviter un retour vers la capitale haïtienne des populations qui l’ont fui après le séisme du 12 janvier 2010 a été avancée.

mardi 23 mars 2010

Les recettes budgétaires d'Haïti en chute de 50 %

Le séisme de janvier en Haïti a fait chuter de 50 % les recettes budgétaires du pays, et il faut une aide d'urgence pour combler ce trou, a-t-on estimé lundi au Fonds monétaire international (FMI).

"La chute des recettes fiscales est de 50 %. En janvier, par exemple, les rentrées n'ont atteint que 20 % de leur montant de l'année dernière", a expliqué à la presse un représentant du FMI, sous couvert de l'anonymat, en marge de l'assemblée annuelle de la Banque interaméricaine de développement (BID) à Cancun (Mexique). Ces recettes ont été inférieures de 55 % aux prévisions d'avant-séisme en février et pendant la première quinzaine de mars, et la marge devrait se chiffrer entre 250 et 350 millions de dollars pour l'année fiscale qui se terminera en septembre, selon ce représentant. Ces chiffres incluent déjà l'aide budgétaire promise par la France, l'Espagne et d'autres pays, a-t-il précisé. L'aide budgétaire constituera "la priorité" du FMI lors de la conférence mondiale des donateurs pour Haïti, le 31 mars à New York, dont l'objectif est de collecter jusqu'à 11,5 milliards de dollars pour l'île sinistrée, a-t-il conclu.

lundi 22 mars 2010

À Haïti, la pluie arrive et fait craindre le pire


Les précipitations de la fin de semaine ont forcé les Haïtiens à abandonner leurs abris provisoires. Une nouvelle menace plane sur les survivants du séisme : la saison humide. Les traits tirés, ivre de fatigue, Jean Fritznel raconte sa nuit de cauchemar : « C'était l'horreur, nous avons essayé de dormir, debout, les pieds dans la boue, avec les enfants dans les bras... » Comme lui, des milliers de sinistrés ont été forcés, vendredi, de quitter leurs abris de fortunes inondés.

Le sort s'acharne sur Port-au-Prince. Après le terrible tremblement de terre, la ville craint une nouvelle catastrophe humanitaire avec l'arrivée, le mois prochain, de la saison des pluies. Vendredi, déjà, la pluie est tombée durant plusieurs heures, provoquant angoisse et panique dans de nombreux centres d'hébergement qui ont dû être évacués. « Maintenant, je ne sais plus où aller, raconte cette femme déboussolée. La boue a dévasté ce qui lui restait : trois piquets de bois et une toile. « Les tentes que les Blancs ont données résistent aux intempéries, pas les nôtres, faites de morceaux de tissus et de poteaux », explique Jonas Gué, responsable du comité des sinistrés de l'impasse New York.


« Rien n'a résisté »

La place du Champ-de-Mars, proche du palais présidentiel, est l'un des plus grands centres d'hébergement. Elle est envahie par la boue. Son bébé de 15 mois dans les bras, Lalanne, une mère de famille, contemple le désastre. « Rien n'a résisté à la pluie. La bâche qui nous servait de toit a cédé, déplore-t-elle. J'ai été hébergée par un voisin pour protéger mon enfant. Mais je ne pourrai pas continuer longtemps dans ces conditions ». Dans la perspective de nouvelles averses, des hommes et des femmes, avec des outils bricolés, creusent des rigoles entre les cases. Un peu plus loin, insouciants, des enfants jouent aux billes dans la gadoue. Le bureau de l'Onu pour les affaires humanitaires (Ocha) a identifié plus de vingt sites très vulnérables aux inondations. « Nous travaillons sans relâche à la distribution de bâches en plastique et de tentes afin que les sinistrés puissent protéger leur famille et leurs biens », assure France Hurtubise, porte-parole de l'Ocha. À ce jour, les agences humanitaires ont fourni du matériel d'urgence à 914 000 personnes sur le 1,3 million de personnes privées de toit par la catastrophe.
Ouest France

dimanche 21 mars 2010

A Jacmel les artisans veulent se relever


Des centaines d’artisans jacméliens ont vu leurs œuvres détruites dans le séisme du 12 janvier. En cette période de l’année, ils avaient augmenté leurs créations pour accueillir les milliers de touristes attirés par le carnaval.

33 ans, père de 2 enfants, depuis près de 20 ans André ne sait que modeler le papier mâché, spécialité de Jacmel, pour faire vivre sa famille. Mais, le séisme qui a sévèrement touché l’artisanat comme plusieurs autres composantes du secteur touristique de la ville, l’a laissé avec un avenir hypothétique. Plus de 80 000 $ US de produits artisanaux sont restés sous les décombres, selon une évaluation de la direction départementale du ministère du tourisme. 
La période la plus lucrative pour ces créateurs est celle du carnaval où la ville héberge jusqu’à 25 000 touristes. « À cette période, on se fait de l’argent qui nous permet de tenir pendant toute une année », confie André avec un air mélancolique. Et pour s’y préparer, certains artistes commencent à travailler dès le mois d’août. C’est un concours. Chaque atelier tente de faire de son mieux. Ils empruntent de l’argent à des taux allant jusqu’à 75 %. « Le gouvernement nous accorde généralement une petite subvention, mais qui arrive toujours trop tard », explique un spécialiste du papier mâché. 


Au 12 janvier dernier, tout était fin prêt quand la secousse les a tous surpris, les laissant ainsi avec une lourde dette, sans compter leurs ateliers détruits. « On a perdu toutes nos ressources. Pour fonctionner, il ne nous reste plus rien », se désole un artiste regardant sans vraiment le voir un clown qui amuse une vingtaine de curieux entre les tentes qui re-décorent la place Toussaint Louverture.

Deux mois après le séisme, une lueur d’espoir se dessine. L’une des multiples démarches entreprises pour commencer à rembourser les créanciers est parvenue avec l’UNESCO qui promet de créer un atelier où les artistes pourront enseigner leur savoir-faire à des jeunes. André qui a déjà représenté Haïti dans plusieurs foires internationales pense se remettre sans plus tarder à ce qu’il sait faire le mieux au monde pour relancer sa vie. Il veut créer pour exposer dans les pays de la Caraïbe. « On a tout perdu, mais il nous reste ce souffle et cette connaissance, l’essentiel pour relancer la vie », se sermonne-t-il avec philosophie.

samedi 20 mars 2010

Les sinistrés à l'épreuve des intempéries


La pluie, tombée pendant plusieurs heures vendredi sur Port-au-Prince, a inondé certains centres d'hébergements et forcé des milliers de sinistrés à abandonner leurs abris provisoires, une situation qui illustre la menace qui pèse sur les survivants du séisme. "Nous avons passé une nuit de cauchemar, dormant debout les pieds dans la boue, avec nos enfants dans les bras", raconte Fritznel Jean père de deux enfants vivant dans un centre pour sans-abri à Pétion-Ville, banlieue est de la capitale.

Les précipitations de ces dernières 24 heures ne sont pas les plus importantes depuis le puissant séisme du 12 janvier, mais la durée des averses a transformé certains centres d'accueil en marres de boue, compliquant la situation des sinistrés qui vivent sous des tentes de fortunes. Le séisme qui a fait plus de 220 000 morts a aussi poussé 1,3 million d'Haïtiens à la rue. La vaste place du Champs de Mars proche du palais présidentiel, l'un des plus importants centres d'hébergement, est envahie par la boue. Les petites maisons sont engorgées d'eau et les espaces verts ont disparu sous la gadoue. "Ma tente n'a pas résisté à la pluie, la bâche qui servait de toit a cédé au cours de la nuit", explique Lalanne Jean-Louis, mère de trois enfants dont un bébé de 15 mois. "J'ai été hébergée par un voisin pour protéger mon enfant. Je ne pourrai pas continuer dans ces conditions là", ajoute-t-elle, attristée.

Dans le centre d'hébergement de Sainte-Thérèse, érigé sur un terrain de football en terre battue, plusieurs abris ont été inondés et leurs occupants forcés à trouver refuge chez des voisins plus fortunés abrités sous de vraies tentes. "Les tentes que les Blancs ont donné résistent aux intempéries, pas les nôtres faites de morceaux de tissus et de poteaux en bois", constate Jonas Gué responsable d'un comité de sinistrés à l'"Impasse New-York", quartier du centre d'hébergement, identifié comme d'autres au nom d'une grande ville nord américaine où certains Haïtiens rêvent de se rendre un jour. Dans la perspective de nouvelles averses, les femmes et les hommes s'affairaient vendredi a creuser des rigoles entre les cases pour laisser passer l'eau de pluie. "S'il devait continuer à pleuvoir nous aurions plus de difficultés, mais nous n'avons nulle part où aller. Le gouvernement doit faire quelque chose vite", supplie une femme. Les enfants, insouciants, continuent de jouer. Les garçons jouent aux billes dans la boue et les filles traînent dans un espace insalubre à côté de latrines qui débordent. "Ils (les responsables) devraient mettre une école ici pour les enfants qui s'amusent à jouer pour de l'argent au lieu d'apprendre à lire", se plaint le responsable du comité de sinistrés, réclamant des tentes et de la nourriture pour les plus de 3 000 personnes qui vivent dans ce centre d'hébergement.

Le bureau de l'ONU pour les affaires humanitaires (OCHA) a identifié plus de 20 sites très vulnérables aux inondations au cours de la saison de pluie attendue le mois prochain en Haïti. "Nous travaillons sans relâche à la distribution de bâches en plastique et de tentes afin que les sinistrés puissent protéger leur famille et leurs biens", a annoncé France Hurtubise, porte-parole de OCHA. À ce jour, les agences humanitaires engagées dans la fourniture de matériel d'urgence pour abris ont aidé 914 000 personnes, soit près des trois-quarts des quelque 1,3 million de personne privées de toit par la catastrophe.
Le Parisien

vendredi 19 mars 2010

La reprise des activités scolaires à Jacmel traduit un effort exceptionnel

Deux mois après le tremblement de terre du 12 janvier, les établissements scolaires recommencent à fonctionner, mais timidement à Jacmel, la capitale du département géographique du Sud-Est qui a été très affectée dans le séisme.

C’est avec joie que les élèves, filles et garçons, ont repris l’école depuis le lundi 15 mars, confie le directeur du centre Alcibiade Pommayrac, Gérard Borne. Au Centre Alcibiade, les classes se déroulent sous des structures en bois et en paille, et tous les élèves ont répondu présents pour cette reprise. Même constatation pour l’école congréganiste Frère Clément qui, en plus, a accueilli une trentaine d’enfants scolarisés à Port-au-Prince, et hébergé deux autres écoles. Ces écoles travaillent suivant la formule de double vacation. Dans les rues de Jacmel, à l’entame de cette deuxième quinzaine du mois de mars 2010, il est difficile de ne pas remarquer petits et moins grands dans leurs uniformes. « Pour eux, c’est la seule solution d’échapper à leurs problèmes, à leur tristesse, quand ils ont perdu des proches ou des parents, d’échapper au camp de sinistrés ou ils se trouvent », souligne Gérard Borne. Malgré tout, à Jacmel, de nombreux enfants n’ont toujours pas repris le chemin de l’école. Certains établissements n’ont pas été déblayés, tandis que d’autres accueillent des sinistrés du séisme, comme c’est le cas au grand Complexe Wolf. « Le plus grand défi : que l’ensemble des établissements puissent être aidés (aussi), puissent avoir des moyens pour s’installer sur des terrains disponibles, que tout cet argent international (qui rentre dans le pays) serve aussi (en partie) à l’éducation », suggère le directeur du Centre Alcibiade. Il a fallu 3 à 4 semaines de travail pour la reprise des cours à l’école congréganiste Frère Clément, mais cela avec le support des mères qui, en majorité, ont mis la main à la pâte, indique le frère Yves Allain. « Moi, je pense qu’il faut se mobiliser. Ce n’est plus le moment de parler de solidarité, c’est le moment de la vivre. Tout seul je n’aurais pas réussi, j’apprécie beaucoup la solidarité des parents. Il y a des mamans qui sont venues brouetter des roches pour faire un terrain ici. Des élèves de 6e année fondamentale sont venus nous aider à monter des tentes. », raconte t-il. A présent, « c’est comme si on a tourné une page, ajoute t-il. On a tourné le dos à l’événement ». D’autres établissements de la ville ont programmé leur réouverture pour le mois d’avril 2010. Mais déjà, pour ces élèves, celles et ceux qui ont pu retrouver leur camarades, il s’agit d’un moment particulier. « Il faut que chaque élève ait sa chance, il faut que l’école reprenne. Il faut que les examens aient lieu, il faut que les enfants, les adolescents et les jeunes adultes (qui étudient) puissent sentir qu’on s’occupe d’eux et qu’on s’occupe surtout de leur avenir » souhaite Gérard Borne. Jacmel est l’une des villes les plus touchées par le séisme du 12 janvier qui a fait environ 250 000 morts, selon un dernier décompte officiel. Le gouvernement a annoncé la réouverture des écoles comme sa priorité, avec un nouveau délai se situant au mois d’avril prochain. Outre des tentes, promises par le fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), aucun autre support - pouvant toucher, notamment, les parents - n’est avancé.
Par Karenine Francesca Théosmy

jeudi 18 mars 2010

Haïti-post-séisme : Le sport peine à sortir des décombres

Deux mois après le séisme, la situation du sport en Haïti est toujours précaire et compliquée. Des infrastructures sportives servent toujours d’abris provisoires, certaines fédérations se mobilisent en vue de préparer les jeux de Mayaguez.

Tout est encore par terre. Après le tremblement de terre qui a tout dévasté, la famille sportive haïtienne peine encore à se relever en dépit des nombreux efforts en ce sens. Beaucoup de fédérations ont vu leurs locaux et infrastructures détruits ou gravement endommagés. Visiblement, le stade Sylvio Cator est transformé en un petit village sans compter le centre sportif de Carrefour, le parc de la paix et le Centre sportif Henfrasa. Le cercle Bellevue, le club Jotac, ainsi que des terrains de certaines écoles qui servent à plusieurs fédérations ont subi des dommages de toutes sortes. 
Bien que moribond en Haïti, notre sport demeure présent au niveau international. L’équipe nationale de football a disputé deux matchs de solidarité, au Venezuela et en Allemagne, pour recueillir des fonds en faveur des sinistrés.


 Selon le président du Comité olympique haïtien (COI), Jean Édouard Baker, les choses étaient déjà précaires, le séisme vient compliquer la situation et la pratique du sport en général. L’élan de solidarité reste surtout sur le plan international. Cependant, au niveau national, le sport n’est pas la priorité du gouvernement haïtien. Plusieurs fédérations internationales proposent leur aide à Haïti pour la reconstruction. C’est au COI que revient de négocier avec les donateurs sur les différentes pistes. Suite à cette catastrophe, en signe de solidarité, Haïti est garanti de sa participation gratuite aux jeux de Mayaguez au Porto-Rico en juillet prochain. Des pays de la région Centramérique et Caraïbe prennent en charge les préparations respectives de certaines délégations d’athlètes.

mercredi 17 mars 2010

2 policiers tués à Haïti

Deux policiers haïtiens ont été abattus de plusieurs balles hier soir dans le centre de la capitale haïtienne par des inconnus armés, a annoncé un porte-parole de la police nationale d'Haïti (PNH). "Les deux policiers qui étaient en tenue civile se trouvaient dans un véhicule quand ils ont été abattus par des hommes armés qui ont ensuite pris la fuite", a indiqué un officier de police à l'AFP au téléphone. Plusieurs actes de banditisme ont été enregistrés ces derniers jours en Haïti où deux travailleurs humanitaires ont été enlevés dans la banlieue résidentielle de Pétion-ville avant d'être relâchés contre une rançon, selon un enquêteur de la PNH. Lundi, un fonctionnaire du rectorat de l'Université d'état d'Haïti a été tué par balles dans un quartier de Port-au-Prince par des deux hommes qui circulaient à moto. 4 000 détenus se sont évadés de la principale prison d'Haïti le soir du tremblement de terre du 12 janvier, qui a fait plus de 222 000 morts et détruit l'économie du pays le plus pauvre du continent américain.

mardi 16 mars 2010

Les ONG commencent à quitter Haïti


Chef de mission pour Pompiers sans frontières, Frédéric Vigreux vient de rentrer en France. Deux mois après le séisme qui a endeuillé ce petit pays, il explique le travail des humanitaires dépêchés sur le terrain.

Est-ce qu'on garde des traces de ce genre d'expérience ? On doit en sortir très marqué, psychologiquement en tout cas...

Dans ce genre d'expérience, dans le domaine de l'urgence, il est vrai qu'on en ressort marqué, non seulement par l'état des maisons, des constructions, comme les routes, ponts, mais aussi par la détresse de la population rescapée. Ce qui m'a le plus marqué, c'est le visage des enfants pour qui on a organisé une équipe mobile d'urgence dans une école. Entre 2 et 5 ans, ils n'avaient pas le sourire. Ca m'a rappelé Banda Aceh (après le tsunami de 2004). Les enfants dessinaient des maisons cassées, des cimetières cassés. Dans la ville de Leogane, le cimetière est très endommagé, les cercueils ressortent, parfois ouverts, laissant dépasser les corps. Pompiers sans frontières (PoSF) était basé à Leogane, au pont de Brache.



Comment avez-vous eu envie de partir en Haïti ? Qu'est-ce qui vous a motivé et donné du courage ?

Ca fait 12 ans que je fais de l'humanitaire en urgence, 30 ans que je suis pompier, j'ai toujours eu envie de tendre une main à la solidarité internationale, aux plus démunis. Dès qu'il y a une catastrophe, j'essaie d'être aux premières loges de l'urgence. C'était ma première fois en Haïti. J'ai toujours eu une attirance personnelle pour les peuples africains, peut-être le fait de lire Mandela, et mes différentes visites en Afrique. Ce qui m'a le plus marqué, c'est le visage des enfants. Entre 2 et 5 ans, ils n'avaient pas le sourire. Avec cette envie qui me pousse à aider, le courage vient en même temps. Je sais que le courage est en moi. Ca ne date pas d'aujourd'hui. Déjà quand j'étais pompier à Paris, dans le 19e arrondissement de Paris et entre Chateau Landon et Pigalle, je voyais pas mal de gens qui avaient vraiment besoin d'aide.

En quoi consiste l'action de Pompiers sans Frontières en Haïti ?

C'est de l'action d'urgence. La première équipe de 8 à 10 personnes arrive sur le terrain. Un évaluateur-chef de mission, des logisticiens, des équipiers SD (Sauvetage, déblaiement), et une équipe médicale composée d'un médecin et d'un infirmier. Cette première équipe fait une reconnaissance du sinistre, de manière à effectuer des sauvetages, tout cela en collaboration avec les acteurs de l'urgence, nationales ou internationales et avec les institutions locales. Le coordinateur de l'ONU donne un secteur bien spécifique à l'évaluateur qui l'évalue ensuite et décide d'un endroit stratégique pour établir un camp de base. Il fait ensuite une demande de moyens à PoSF et une équipe d'environ 8 personnes arrive en renforts au niveau médical avec du matériel (poste médical avancé) et une unité de potabilisation d'eau. Le rôle de PoSF consiste à distribuer de l'eau potable aux populations, acheminer de l'aide médicale d'urgence sur le camp, et reconnaitre des endroits non explorés afin d'effectuer les premiers gestes de secours médicalisés.

Vous avez fait quoi sur place ? Combien de temps vous avez été envoyé ? Vous avez ressenti quoi quand on vous a dit: allez, mission pour Haiti ?

Je suis resté environ trois semaines. On a 500 adhérents à PoSF et on est contents quand il faut aider. On a tous ce besoin et cette envie d'aider. Donc le fait que je puisse partir me permet de participer directement à l'urgence. Le plus dur pour nous, c'est qu'on est tous bénévoles au sein de l'assoc, et on prend sur nos congés personnels pour nous libérer. Ainsi, ma famille aussi fait de l'humanitaire puisque je prends sur mon temps de congés, que j'aurais pu passer avec eux.

Quel a été pour vous le moment le plus marquant, en Haïti ?

On a mis au monde trois bébés sur le camp, deux garcons et une fille. C'est une image de la vie qui continue, à côté des nombreuses personnes qui mouraient. Nous étions associés avec Gynéco sans frontières, sur notre plateforme d'urgence. On a meme créé un jardin des naissances. Pour chaque enfant qui naissait sur le camp, on plantait un manguier. C'est un arbre résistant, qui fait de l'ombre et des supers fruits. Le parrain de ce jardin est Emile Ferdner, un jeune Haïtien bénévole qui est resté sur le camp pour nous aider. Ce qui m'a marqué aussi c'est la détresse des gens qui n'ont plus rien, qui ont cette peur de rentrer dans leur maison détruite ou fragilisée. Ils dorment dehors. Même ceux dont la maison n'a rien du tout dorment par terre avec leurs enfants. Avec la période des pluies qui arrive, cela va fragiliser encore plus leur situation, d'autant plus que ça va drainer des maladies.

On parle de la saison de pluies qui ne va rien arranger pour les survivants. Est-ce qu'elle a commencé ? Jusqu'à quand elle dure ? Et pourquoi ça pose problème aux gens ?

Oui, la saison des pluies a commencé prématurément. Prévue début avril, on a déjà essuyé les pluies dans les hauteurs, au Nord, mais on accélère les choses pour que les gens soient abrités correctement. On a préféré quitter notre emplacement à côté d'une rivière à cause de la montée des eaux. On a pris place sur une plateforme de plusieurs ONG, qui est gérée par Ayuda (Mexique). Les gens sont encore sous des bâches, tout le monde n'a pas de tente, beaucoup dorment encore par terre. Dans le secteur "Petite rivière", on a pu s'occuper de quelques camps, en collaboration avec l'ambassade de France à Port-au-Prince et le Rotary Club. Aujourd'hui, la crainte c'est que les gens qui dorment par terre contractent des maladies. Unicef lance une campagne massive sur Leogane de vaccination avec le ministère de la Santé haitien. Ce peuple est vulnérable.

De quoi ont besoin les rescapés du séisme ? Après deux mois passés sous les tentes et dans la boue, ils doivent avoir peur qu'on les oublie...

Les gens ont besoin d'un toit autre qu'une bâche. Les gens ont besoin de trouver de quoi se nourrir. Il n'y a plus de matière première alimentaire. Ils ont aussi besoin de soutien médical et surtout de soutien psychologique important. Ils s'aperçoivent que les ONG commencent à quitter le pays, ils craignent qu'on les délaisse. Mais il y a un fort soutien des pays étrangers, comme le Canada. Son armée s'est occupée de la reconstruction temporaire de maisons en bois.

On entend plus parler d'Haïti, ça fait deux mois, c'est loin... vous trouvez qu'on en parle pas assez ?

C'est normal c'est les régionales! Plus sérieusement, l'information n'est pas que médiatique. Mais il y a des articles notamment dans Courrier International qui parlent encore d'Haïti. A la télé, on en parle moins, même si il y a eu un Envoyé Spécial il n'y a pas longtemps dessus. Mais des reportages 2 à 3 mois après, ce serait intéressant pour montrer comment Haïti se développe après la catastrophe. C'est important que les gens qui ont donné de l'argent pour Haiti puissent avoir une preuve que leur don sert à quelque chose. La meilleure preuve, c'est la reconstruction des maisons, mais aux normes antisismiques.

Vous aviez déjà été envoyé dans d'autres zones ? Si vous deviez comparer à d'autres zones, vous diriez quoi d'Haiti ?

Oui. Je suis allé sur le conflit au Kosovo, puis le tremblement de terre de Boumerdes en Algérie, ensuite le séisme de Turquie, à Izmit,enfin, à Banda Aceh sur le tsunami. Haïti, c'est une zone très pauvre, où tout s'est couché. Aussi bien la population, les maisons, les infrastructures, mais aussi les institutions haïtiennes qui ont mis un genou à terre. Tous les acteurs de l'urgence se sont sentis seuls pour organiser cette urgence dans ce pays. Banda Aceh, c'est un petit endroit dans un très grand pays, ca n'a pas le même impact par rapport à la surface géographique. En revanche, Haïti, c'est un tout petit pays, dont un gros pourcentage a été impacté par le séisme, ça a destabilisé les pouvoirs publics. C'est comme si en France, on avait un séisme qui couvrait les deux tiers de notre territoire.

Est-ce que vous n'avez pas l'impression de faire le boulot que l'Etat d'Haiti devrait faire lui même ?

Non. Car les pays pauvres n'ont pas les mêmes infrastructures que les nôtres. Donc on ne se substitue pas à la valeur d'une institution, mais on est bien conscients du savoir faire qu'on a et du soutien matériel qu'on peut avoir grâce à nos structures françaises. Il faut être conscient que le monde est fait comme cela. Les pays pauvres sont plus ou moins exposés au risque climatique et ne disposent pas des moyens pour se reconstruire rapidement. Les pays riches plus ou moins exposés eux aussi mais ils ont les moyens d'aider les plus démunis chez eux.

On parle beaucoup de Port-au-Prince, mais il n'y a pas que ça ! Vous avez pu aller dans d'autres endroits comme Jacmel par exemple ? Comment ça se passe là-bas ? Ils ont encore moins que ceux de la capitale ?

Nous sommes allés à Port-au-Prince, et après on s'est décalé sur Leogane, près de l'épicentre, et on s'est principalement orienté sur cette région. Pour Jacmel, D'autres ONG ont pris en compte Jacmel, en collaboration avec l'ONU. Je n'étais pas à Jacmel, et je n'ai pas eu d'écho de cette région précise sur le bilan.

Vous pensez repartir bientôt en mission ? Ou c'est fini ? Ou vous ne voulez pas y retourner ?

Dès que je pourrais repartir, je repartirai. Malheureusement, j'ai épuisé tous mes congés 2009 et mon employeur (je suis pompier dans le privé) ne me laissera pas revenir sur le terrain de sitôt. Après l'urgence, Pompiers sans frontières travaille sur des projets de développement durable. Je devrais partir, soit à Madagascar, au Sénégal ou au Pérou pour organiser des formations de transfert de compétences aux futurs pompiers de ces pays. 
L'Express

lundi 15 mars 2010

Des ONG dénoncent la vente de nourriture destinée aux sinistrés


Huit organisations humanitaires haïtiennes ont dénoncé la corruption dans la distribution de l'aide destinée aux sinistrés, qui s'effectue parfois contre de l'argent et dans un climat de désordre. "Pour avoir un coupon donnant droit à une ration alimentaire, les victimes doivent se rendre en plusieurs endroits de la capitale. Certaines fois, elles sont obligées de l'acheter", dénoncent les ONG dans un communiqué commun, évoquant une distribution sélective.

dimanche 14 mars 2010

Les sinistrés sont loin d'être relogés

Les centaines de milliers d'Haïtiens ayant perdu leur maison vivent toujours dans des camps de fortune insalubres. Plusieurs centaines de milliers de personnes attendent d'être logés à Port-au-Prince.

Deux mois après le séisme qui a ravagé leur pays, les centaines de milliers d'Haïtiens ayant perdu leur maison vivent toujours dans des camps de fortune insalubres. Le Premier ministre Jean-Max Bellerive a reçu, jeudi 11 mars, plusieurs grands propriétaires terriens, sans que ne filtre aucune information sur la nature des discussions. Malgré ses promesses, le gouvernement semble loin de pouvoir reloger ces sinistrés, alors que les ONG craignent que la saison des pluies, imminente, vienne ajouter à la catastrophe humanitaire.

Depuis le tremblement de terre du 12 janvier, ils sont 600 000 Haïtiens à vivre sous des tentes, des bâches ou de simples draps dans des camps surpeuplés et insalubres, envahis par les moustiques et les mouches, où, en l'absence de toilettes, règne une odeur pestilentielle. Et la situation pourrait empirer avec l'arrivée de la saison des pluies, qui débute normalement vers le 1er avril. "C'est vraiment une situation désespérée (...) On a toutes les caractéristiques d'une catastrophe majeure", s'alarme Alex Wynter, porte-parole en Haïti de la Fédération internationale des Croix-Rouges et des Croissants-Rouges.

"Je peux comprendre la frustration des gens"

Selon lui, il est pratiquement impossible que les abris soient en place avant le début des pluies. "Certains d'entre nous prient, littéralement, pour que la saison des pluies soit légère". Quelques jours après le séisme, le gouvernement haïtien s'était engagé à commencer à reloger les sinistrés dès le début février. Les organisations internationales ont déjà les plans nécessaires pour construire au moins 140 000 abris, mais attendent toujours que les terrains pouvant les accueillir soient disponibles. Le chef du gouvernement, Jean Max Bellerive a seulement réaffirmé que le relogement des sinistrés demeurait sa priorité. "Je peux comprendre la frustration des gens dans la rue, et qui attendent de meilleures conditions" de vie, a-t-il déclaré.

En manque d'argent

Mais, a-t-il ajouté, "les gens en parlent comme si cette situation durait depuis deux ans. Deux mois, c'est très court par rapport à ce que nous avons enduré en Haïti". Pour obtenir les terrains nécessaires, le gouvernement haïtien fait face à deux écueils : son manque d'argent et le découpage traditionnel des parcelles dans le pays. Il lui en coûtera d'abord environ 86 millions de dollars (62 millions d'euros) pour construire les sites qui accueilleront les abris et 40 millions supplémentaires (29 millions d'euros) pour indemniser les propriétaires terriens, selon Gérard-Emile Brun, conseiller du gouvernement sur le relogement. Haïti ne dispose pas de ces sommes et va devoir se tourner vers la communauté internationale, elle-même méfiante à l'idée de prêter directement de l'argent à un gouvernement longtemps gangrené par la corruption.

Manifestation

Deuxième problème : le découpage des terres, un sujet de tension tout au long de l'histoire d'Haïti qui a notamment contribué à la révolte des esclaves ayant conduit à l'indépendance du pays vis-à-vis de la France en 1804. D'importantes parcelles, parmi lesquelles d'anciennes plantations de canne à sucre, sont aux mains d'une poignée de grands propriétaires terriens. Le reste est divisé en petits lopins destinés à l'agriculture. "Il n'y a que très peu de personnes qui possèdent des domaines que l'on peut réquisitionner pour y installer des camps (...) Sinon, nous aurions déjà trouvé les terres", affirme Gérard-Emile Brun. Vendredi, environ 700 personnes vêtues de blanc ont défilé à Port-au-Prince en mémoire des victimes du séisme, et pour rappeler au gouvernement son engagement à reloger les sinistrés. "Le message est que le gouvernement doit prendre ses responsabilités et aider les gens à quitter les rues pour avoir une vie décente", a demandé l'un des participants, Thomas Esau, 29 ans.
Nouvelobs.com avec AP

Les survivants ont commémoré

Deux mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre en Haïti. Les survivants ont commémoré cette journée vendredi.

Dans un stade de Port-au-Prince, des Haïtiens étaient réunis pour une cérémonie spéciale. Deux mois après le tremblement de terre, les survivants tentent de trouver la force de continuer. Je suis une victime de la catastrophe. Dieu me donne la force. C'est sa présence qui me permet de continuer dit Anissaire Joseph Berly. Près de 80 % des Haïtiens sont catholiques. La religion leur procure un réconfort temporaire. Au centre-ville de Port-au-Prince, près de 700 Haïtiens ont défilé en blanc pour rendre hommage aux victimes. Ils portaient des banières sur lesquelles étaient inscrits "Souvenous-nous des étudiants qui sont morts. Le combat continue." Le cauchemar ne semble cependant pas s'arrêter. Durant le défilé, un bâtiment partiellement détruit s'est effondré sur un groupe de personnes à l'intérieur en train de ramasser du bois. Dix Haïtiens à l'intérieur, trois en sont sortis vivants. Les sept autres sont dans le bâtiment et ne sont pas sortis. " Je ne sais pas s'ils sont morts ou vivants. J'ai trois hommes à l'intérieur " a déclaré un résident.

Près de 230 mille personnes ont péri et 1 million 200 mille habitants sont sans-abri. Il faudra dix ans et 14 milliards de dollars pour reconstruire le pays dévasté. Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon va se rendre ce dimanche en Haïti pour rencontrer les dirigeants et parler aux survivants sans-abri. Il a versé quelques larmes en assistant à un hommage rendu aux 101 membres des Nations Unies qui ont péri lors de la tragédie. Il s'agit du bilan le plus grave depuis la création de l'organisation il y a 65 ans.
Fu Yake, CCTV.

samedi 13 mars 2010

50 jours après le séisme, l’ED’H fournit du courant électrique à 85 % de la population

Des compagnies d’électricité étrangères aux chevets de l’ED'H. Leurs techniciens sont à pied d’œuvre depuis quelques jours sur le réseau électrique de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Leurs efforts visent à réalimenter les quartiers dévastés par le séisme du 12 janvier en énergie électrique.

Plus de la moitié du réseau électrique a été endommagé suite au passage du séisme du 12 janvier. L’Etat haïtien a du faire appel à des experts étrangers pour procéder à la réparation des lignes desservant les abonnés. L’électricité compte en outre revaloriser le commerce du courant électrique en contrôlant la facturation, le mode de distribution et créant d’autres centrales électriques pus modernes. « L’Etat est en train de procéder à la Restructuration administrative et financière pour arriver au recouvrement effectif », a déclaré René J. Jumeau, coordonnateur de l’unité de gestion du secteur de l’énergie au MTPTC qui a rejeté les allégations selon lesquelles l’Etat haïtien serait en train de privatiser l’ED’H. L’ED’H a besoin de 90 jours et de 83 millions de dollars américains pour remettre le réseau de la région métropolitaine en marche. Mais cette somme n’est pas encore disponible. Le rationnement sévère du courant électrique enregistré dans certaines zones de la capitale est dû aux dégâts du séisme du 12 janvier au niveau des centrales, des sous-stations et des lignes constitutives de l’institution. La centrale de Péligre fonctionne encore contrairement à celle de Carrefour gravement endommagée. Actuellement, les quatre centrales de la région métropolitaine fournissent 75 % de leur rendement. 22 circuits sur 32 fonctionnent sous la supervision des experts et six agences sur neuf reçoivent les doléances de la clientèle. Selon l’IGSE, 50 jours après le séisme, l’ED’H arrive à fournir du courant électrique à 85 % de la population.

La difficile cohabitation dans les camps

Deux mois après le fatidique 12 janvier, 56 % de la population jetée à la rue par le séisme, loge dans des abris provisoires grâce aux distributions de matériels d’abri d’urgence, rapporte l’ONU. Comment vivent-ils ?

Une bonne partie des 650 000 sinistrés que représentent les 56 % s’organisent tant bien que mal pour supporter une promiscuité éprouvante sous certains abris conventionnels. Chaque tente de 3 x 6 m2 du centre d’hébergement de COLOFE de Petite Place Cazeau, l’un des mieux organisés, loge au moins une vingtaine de personnes, 4 familles. « Certains en accueillent plus de 30 », confie Arielle, mère d’une famille monoparentale de 4 adolescents. « Les Portugais nous ont recommandé d’y héberger 22 personnes », explique Charles Gabriel, président du comité du Centre. « Mais on ne peut pas repousser les autres sans abris qui s’amènent, quitte à dépasser ce chiffre », confessera-t-il plus loin. Le Centre susmentionné a toutefois de quoi susciter l’envie d’autres camps. 76 tentes de capacités diverses sont rangées autour d’un espace de jeu réservé pour les enfants. 


Une grande tente héberge une clinique alors que deux autres, aussi grandes, sont en train d’être aménagées pour dispenser des cours aux jeunes. Une brigade de volontaires monte la garde tous les soirs. Les 865 individus du camp (selon les chiffres avancés avec une assurance de comptable par Wesly Noël, le secrétaire du comité) ne posent pas de grands problèmes. « Il nous arrive de déplacer certaines familles vers d’autres tentes, mais les incompatibilités de caractère sont gérées sans casse », se réjouit-il. « On n’a pas le choix », se résigne Arielle qui se plaint du manque de responsabilité de ses colocataires. « Comment être à l’aise dans cette situation ? » conclut-elle sur un ton qui se veut être plus une affirmation qu’une question.

Ban Ki-moon revient "se rendre compte de la situation sur le terrain"

Deux mois après le séisme qui a ravagé le pays, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, fera demain, dimanche 14 mars, une nouvelle visite en Haïti afin de "se rendre compte de la situation sur le terrain", a annoncé vendredi son porte-parole. M. Ban rencontrera, pour sa 2e visite depuis le séisme du 12 janvier, le président René Préval, le Premier ministre Jean-Max Bellerive, les responsables de la Mission onusienne en Haïti. Il visitera également des camps de sinistrés.

Des gangs armés tentent de se reconstituer

Selon le porte-parole de la UNPOL en Haïti, M. Fred Blaise, 10 cas d’enlèvements ont été recensés dans le pays depuis le début de l’année. Les principaux cas de kidnapping ont été répertoriés dans le Nord et dans le département de l’Ouest. D’un autre côté M. Fred Blaise a indiqué que plus de 200 évadés de prison ont été repris après la catastrophe du 12 janvier.

Un agent de sécurité de la Radio Lumière, M. Delva Théophilé, a été atteint de trois balles le 11 mars alors qu’il venait d’effectuer une transaction à la banque. Des témoins ont rapporté que la victime a été attaquée par des individus armés circulant à moto. Certains évadés du pénitencier, lors du séisme du 12 janvier, essayent de reconstituer des groupes armés dans les quartiers autrefois réputés chauds, relève le Représentant spécial du secrétaire général par intérim, Edmond Mulet. Une récente fusillade, dans le cadre de règlements de comptes entre gangs rivaux, aurait coûté la vie à deux chefs de bandes.

Claudy Gassant, nommé un jour avant le séisme au poste de secrétaire d'Etat à la Justice, chargé des affaires pénales, invite les évadés de prison du 12 janvier dernier à regagner leurs cellules. Par ailleurs, M. Gassant menace de prison les parents qui confient leurs enfants à des étrangers sans avoir rempli les conditions préalables.

La sénatrice du Centre, Edmonde Supplice Beauzile, a indiqué que la plus grande priorité de l’heure est de déplacer les centaines de sinistrés du séisme qui résident dans certaines rues, sur les places publiques ou sur des camps exposés aux risques d’inondation. La parlementaire est très critique vis-à-vis du gouvernement Préval/Bellerive qui n’arrive pas à donner l’espoir aux citoyens deux mois après le 12 janvier. Après avoir été reçu à la Maison Blanche par le président américain, Barack Obama, le président haïtien, René Préval s’est rendu à la Dominique pour participer au sommet des chefs d’États de la Caricom. M. Préval doit retourner au pays le 14 mars prochain.
Haïti Press Network

Les financements de l'aide aux victimes du séisme en Haïti stagnent


Le financement de l'aide aux victimes du séisme du 12 janvier en Haïti stagne, a déploré la porte-parole du Bureau des Affaires humanitaires de l'ONU à Genève. Les contributions sont insuffisantes alors que les besoins restent très importants.

L'appel révisé des agences de l'ONU de 1,4 milliard de dollars pour un an en faveur des victimes de Haïti est financé seulement à hauteur de 49 %, a précisé une porte-parole, deux mois exactement après la catastrophe. "Les contributions stagnent : il y a deux semaines, l'appel était financé à peu près au même niveau", a-t-elle indiqué. Cette stagnation des financements ces dernières semaines contraste avec la rapidité avec laquelle le premier appel de fonds de l'ONU avait été couvert. Dans le mois qui a suivi le séisme, l'ONU avait reçu le 100 % de son appel de 576 millions. 
Romandie News.

Des conditions de vie très précaires pour de nombreux déplacés

Deux mois après le tremblement de terre, les besoins médicaux restent importants en Haïti et les conditions de vie extrêmement précaires. Depuis le début de l'intervention d'urgence, les équipes MSF ont soigné plus de 54 000 patients, réalisé plus de 3 700 interventions chirurgicales et apporté un soutien psychologique à environ 22 000 personnes.

La saison des pluies a débuté, empirant les conditions de vie extrêmement difficiles de nombreuses familles déplacées dans la capitale haïtienne et ses environs. « Une vingtaine de sites, parmi les plus importants, ont reçu une assistance matérielle - tentes, bâches, latrines, eau, nourriture, etc. - et médicale de base» explique Colette Gadenne, une des responsables des activités MSF en Haïti au cours des dernières semaines. « Mais d'une part, l'assistance apportée à ces sites est incomplète et, d'autre part, des dizaines d'autres sites manquent toujours de l'aide la plus élémentaire. Des milliers d'Haïtiens n'ont encore rien reçu. » Risques dans les camps. La pluie augmente les risques des déplacés d'être atteints par le paludisme ou contaminés par des maladies diarrhéiques, dans un contexte où le nombre de latrines dans les camps est insuffisant. Les déplacés dans les camps sont aussi exposés au risque de violence. Le faible éclairage et les mesures de sécurité insuffisantes sont des facteurs d'insécurité dans les camps, qui se mesure en partie par l'augmentation des cas de violence sexuelle.


Tout en se concentrant sur les activités médicales, MSF mène des interventions pour améliorer l'accès à l'eau, construire des structures sanitaires et des douches et distribuer de l'aide.

10 500 tentes ont été distribuées, ainsi que 18 000 paquets contenant du matériel tel que des ustensiles d'hygiène et de cuisine, des couvertures et des récipients, des bâches plastiques. Les équipes surveillent attentivement l'évolution de la situation dans les camps et au besoin informent les autorités sur les priorités urgentes. Soigner les blessés jusqu'à la réhabilitation. De nombreux blessés ont encore besoin de soins médicaux. Certains bénéficient de chirurgie orthopédique pour que le membre fracturé redevienne fonctionnel autant que possible. Plus d'une centaine d'interventions de chirurgie orthopédique ont été effectuées durant le mois de février dans l'hôpital MSF Saint-Louis, à Port-au-Prince. Des interventions complexes telles que la pose de fixateurs internes peuvent être réalisées dans cet hôpital sous structure gonflable.



Les soins postopératoires mis en place par MSF incluent de la chirurgie plastique et de la microchirurgie, les traitements pour les personnes brûlées, la rééducation et le travail de préparation pour recevoir une prothèse, ainsi qu'un accompagnement psychologique. Répondre aux besoins médicaux de la population. Des équipes MSF travaillent actuellement dans 26 structures médicales, hôpitaux et centres de santé, dans Port-au-Prince et dans quelques autres villes (Léogâne, Jacmel), avec une capacité totale de plus de 1 300 lits. Les services pour les patients hospitalisés comprennent les soins obstétriques d'urgence, les soins pédiatriques et le traitement de la malnutrition compliquée pour les enfants. De plus, plusieurs cliniques ont été ouvertes pour les consultations de médecine générale.
Médecins sans frontières - Distribution de tentes par MSF dans un camp à Léogâne. © Benoit Finck/MSF