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Certaines images ont pu vous choquer, mais c'était malheureusement la triste réalité
Heureusement de nombreuses actions positives sont conduites sur place, notamment grâce à Timoun d'Haïti

dimanche 28 février 2010

Haïti n'en finit plus de souffrir

Au moins dix personnes ont trouvé la mort ce samedi, victimes d'inondations provoquées par de fortes pluies dans le sud-ouest d'Haïti.




Haïti n'en finit plus de souffrir. Après le terrible tremblement de terre qui a coûté la vie à 225 500 personnes, le pays a été touché samedi par de violentes inondations, dues à de fortes pluies. Le bilan provisoire est de dix morts. Cinq personnes sont mortes quand un véhicule s'est renversé à Gelée, près de la ville des Cayes (160 km au sud de Port-au-Prince), et deux autres ont été emportées par une rivière en crue à Pont l'Ilet, a indiqué le sénateur Francky Exius. Un journaliste local contacté avait déjà fait état de deux morts emportés par une rivière en crue, qui pourraient être les mêmes personnes. «La situation est grave dans toute la région, la plupart des maisons sont inondées et les gens sont forcés de les abandonner ou de grimper sur les toits», a témoigné le parlementaire des Cayes. Exius a expliqué que l'hopital de la ville, la troisième d'Haïti par la population, était inondé et que les malades avaient dû être déplacés. «J'ai dû moi-même abandonner la ville recouverte d'eau», a témoigné le parlementaire.

Une population à la merci des intempéries

Un député de la région, Guy Gérard George, a signalé de son côté trois morts dans la région de Torbeck, une localité proche des Cayes. «La route du sud est très endommagée par les eaux qui ont soulevé l'asphalte par endroits. La plupart des maisons sont abandonnées», a-t-il décrit. «C'est seulement après la pluie qu'on pourra chercher à compter les victimes de ces intempéries», a déclaré le député George. La direction de la protection civile de Port-au-Prince avait auparavant fait état d'un mort à Baradères, près des Cayes, où l'eau est montée jusqu'à 1,5 m, sans qu'on sache si cette victime fait partie de celles comptabilisées par les parlementaires. De nombreux quartiers de la ville des Cayes, troisième agglomération du pays qui avait été épargnée par le séisme du 12 janvier, sont également sous les eaux, avait indiqué la Protection civile haïtienne. «La prison de la ville des Cayes est sous 50 cm d'eau. La police haïtienne et des Casques bleus de l'ONU sont forcés d'évacuer près de 500 détenus parmi lesquels 18 femmes», selon la même source.

Ces inondations pourraient présager des épreuves qui attendent Port-au-Prince avec le début de la saison des pluies dans quelques semaines, laissant une grande partie de la population à la merci des intempéries.

Une journée dans la vie de Petersen Hilan, jeune amputé en Haïti

C'est l'une des conséquences du séisme en Haïti: dans le paysage apocalyptique et dévasté de Port-au-Prince, il y a désormais des légions de jeunes amputés. Plus de 4 000 Haïtiens ont subi une amputation depuis le 12 janvier, des centaines d'entre eux dans des conditions sanitaires précaires, sans anesthésie, et parfois plus que nécessaire.

Et ce n'est pas fini, notent les médecins. Certains blessés se traînent sur des membres brisés depuis des semaines. D'autres n'ont pas reçu le moindre traitement pour lutter contre les infections. Petersen Hilan, 21 ans, a été amputé de sa jambe droite il y a trois semaines. Depuis, il refuse la pitié et bataille pour ne pas être un fardeau pour les siens. Chaque matin au réveil, il se souvient de cet instant, juste avant l'amputation: "le liquide s'est répandu dans mon bras, et tout ce que j'ai pensé, c'est que la mort est certainement tout aussi douce". Hilan estime que dans un autre pays, il n'aurait pas perdu sa jambe. Et il a probablement raison, disent les médecins. "Il y aura peut-être un nouvel Haïti", dit-il. "Malheureusement, j'ai perdu ma jambe dans le vieil Haïti". 
Lorsque la terre a tremblé, Hilan était à six mois de son baccalauréat, après plusieurs interruptions à cause des troubles ou des grèves. Il vivait avec sa mère et sept autres personnes à dix rues du Champ-de-Mars, le centre de Port-au-Prince. Dans leur minuscule cuisine, quand des blocs de béton ont commencé à tomber, Hilan a attrapé Carmel, sa petite soeur de quatre ans, et l'a poussée dehors. Mais son pied à lui a été écrasé, il ne pouvait plus bouger. Un ami l'a extrait et allongé dans la rue, aux côtés d'autres blessés. Quelques heures plus tard, la rumeur d'un tsunami devait les chasser vers les hauteurs, sur le Champ-de-Mars. Là, pendant six jours, la famille d'Hilan a tenté en vain de le faire soigner. Chaque réplique aggravait sa douleur, la gangrène avançait, et la puanteur de sa blessure croissait. 
Il fut enfin emmené vers un hôpital proche de l'aéroport, où un médecin américain l'examina: "Il s'est excusé et m'a dit que s'il ne m'amputait pas, je serai mort dans deux jours". Aujourd'hui, Hilan se réveille dans un campement de fortune. Dans cette nouvelle vie, il a renoncé à ce qu'il aimait le plus, jouer au foot et danser avec les filles, et à ses tâches quotidiennes, s'occuper de sa fratrie, faire les courses... Désormais, devant la télévision donnée par des voisins, et si la pluie de la nuit n'a pas fait tout disjoncter, il joue à des jeux vidéo, massacrant des ennemis virtuels. "L'une des pires choses dans tout ça, c'est que je ne peux pas me défendre", soupire Hilan. 


Si la vie d'après-séisme est déjà difficile pour tous, elle est une torture pour les handicapés. Nombre de familles les ont mis à la rue ou envoyés vivre ailleurs, parce qu'ils ne peuvent plus les assumer. "On était dans la rue et un petit garçon a couru vers nous en hurlant: 'Bout pyé'!" ("demi-jambe", en créole), raconte Denise, la mère d'Hilan. "Ca m'a choquée, j'ai eu l'impression de mourir à l'intérieur, mais Hilan l'a ignoré et a continué à avancer". En fin de matinée, Hilan part pour l'hôpital, circulant avec difficulté sur ses béquilles. Dans cette clinique autrefois privée, c'est désormais la surpopulation des blessés. Une jeune fille lui cède sa chaise et Hilan se crispe: "Je déteste devoir demander aux gens de faire des choses pour moi". 
Le personnel hospitalier dit avoir rarement vu des patients aussi stoïques face à une adversité pareille. Il en a fait une nouvelle expression: prendre les choses "à l'haïtienne". La chirurgienne américaine Justine Crowley, spécialiste des amputations, explique qu'il n'y a toujours pas suffisamment de personnel pour tenir le rythme des quelque 70 patients quotidiens, dont beaucoup doivent être amputés. Il y a quelques semaines, ils en recevaient 150 à 200. Pendant qu'Hilan attend son tour pour faire nettoyer son moignon, un homme refuse toujours l'amputation. Dans ces cas-là, "on leur donne des antibiotiques et on espère qu'ils ne meurent pas", explique le Dr Crowley. Si la guérison d'Hilan se passe bien, il est encore trop tôt, pour lui comme pour les autres, de commencer à appareiller ces nouveaux amputés. D'autant que leur sous-alimentation ralentit la guérison.
Le Nouvel Obs Amériques

jeudi 25 février 2010

Troisième visite du chef d’État brésilien en Haïti

Le président brésilien, Luis Inácio Lula Da Silva, effectue ce 25 février une visite officielle en Haiti afin de réaffirmer l’engagement de son pays envers Haiti, durement frappée par le séisme du 12 janvier dernier.

Le président brésilien doit survoler en hélicoptère les régions dévastées par le tremblement de terre qui a causé d’énormes dégâts à la capitale et ses environs. Une rencontre est prévue entre le chef d’État brésilien et son homologue haïtien René Préval avec la participation du premier ministre Jean Max Bellerive. Lula doit également prendre part à des activités avec les troupes brésiliennes de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haiti (MINUSTAH). L’engagement du Brésil envers Haiti « n’est pas nouveau ni circonstanciel », indique le gouvernement brésilien dans une note transmise à la presse.

Rénovation de l'ambassade du Canada

La restauration de l'ambassade canadienne à Port-au-Prince, qui a été endommagé lors du violent séisme qui a secoué Haïti le mois dernier, pourrait coûter jusqu'à 5 millions de dollars.

Depuis le tremblement de terre, les diplomates travaillent dans des bureaux de fortune érigés dans le garage du bâtiment ainsi que dans des parties de l'édifice qui sont demeurées intactes. Des travaux de rénovation ont rapidement été entrepris afin de permettre aux employés de l'ambassade de traiter le nombre important de demandes pour entrer au Canada. Le gouvernement fédéral a fait un appel de soumissions pour l'exécution des travaux les plus importants afin de remettre le bâtiment sur pied. Ces derniers sont évalués entre 1 et 5 millions $. Ottawa espère accorder ce contrat dès le début du mois prochain. Le projet pourrait comprendre la construction de logements temporaires pour les employés qui ont perdu leur maison dans le sinistre. Environ 65 employés du gouvernement travaillent à l'ambassade.
La Presse Canadienne Montréal

mercredi 24 février 2010

80 % des écoles ont été détruites ou endommagées lors du séisme

Le secteur éducatif haïtien a enregistré des pertes humaines et matérielles énormes lors du violent tremblement de terre du 12 janvier 2010 selon un rapport du Ministère de l'Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP).

Dans le département de l'Ouest 57 % des écoles publiques et 26 % des écoles privées ont été détruites. De plus les statistiques prouvent que 52 % (2 394) des écoles privées sont très endommagées et ne peuvent accueillir des enfants. Le directeur général du Ministère de l'éducation, Pierre Michel Laguerre, révèle que seulement 58 écoles publiques et 929 écoles privées, représentant 20 % du nombre total d'établissements scolaires, sont intactes après le tremblement de terre.

En ce qui a trait aux pertes en vies humaines, les responsables du Ministère de l'éducation informent que 3 951 élèves, 541 enseignants et 189 fonctionnaires ont été tués. Les statistiques des disparus n'ont pas été communiquées par la commission d'évaluation. Dans la région métropolitaine de Port-au-Prince 95 % des écoles sont gérées par le secteur privé (4 530 écoles privées contre 271 écoles publiques). Le ministre de l'éducation Joël Desrosiers Jean Pierre, a lancé ces dernières semaines une série de consultation avec les représentants des associations de directeurs d'écoles en vue de définir une stratégie commune pour la reprise des activités académiques.

Haïti après le tremblement de terre

Voici une vidéo aussi émouvante que surprenante de beauté sur l’état d’Haiti après le terrible tremblement de terre survenu il y a un mois. Une vision très délicate de la détresse d’un peuple qui ne tombe pas dans le sensationnalisme ni le voyeurisme comme la majorité des media l’ont fait. Cette vidéo est un vrai bijoux de réalisation, produit par Susan Modaress, mis en musique par Eric Wollo et montée par Khalid Mohtaseb et transmet beaucoup mieux la détresse et la tristesse de la situation. A voir absolument.

Voir la vidéo

Le dernier bilan compte 222 517 décès et 310 900 blessés

Le bilan du séisme qui a ravagé Haïti le 12 janvier a été révisé à plus de 222 500 morts, selon les dernières statistiques publiées mardi par le Bureau des Nations unies pour les Affaires humanitaires, citant la direction de la Protection civile haïtienne.
Le président René Préval avait affirmé dimanche que le total des victimes pourrait atteindre 300 000 morts quand on considère les nombreux cadavres qui sont toujours sous les décombres.

Selon le rapport de la Protection civile, 222 517 Haïtiens ont été tués, contre 217 000 décès dans le dernier bilan, lors du séisme qui a fait 310 900 blessés et jeté plus d'1 million de personnes à la rue et fait plus 1,5 million de sinistrés.
L'organisme haïtien indique en outre que plusieurs familles qui avaient volontairement quitté Port-au-Prince au lendemain du tremblement de terre de magnitude 7 sont revenues dans la capitale dévastée.

Mardi, un séisme de 4,7 a secoué le pays, jetant la panique chez les Haïtiens. Aucune nouvelle victime ne sont à déplorer dans l'immédiat, mais dans certains quartiers de Port-au-Prince quelques maisons fissurées depuis le 12 janvier ont cédé. Lundi, deux secousses légères ont été ressenties dans la capitale d'Haïti et dans ses environs.

mardi 23 février 2010

Préval achète à la Chine 50 000 tentes qui seront livrées cette semaine

De retour du Mexique où il a participé à une réunion de la CARICOM avec les pays du groupe de Rio, le président René Préval a annoncé l’achat de 50 000 tentes en Chine pour la somme de 5 millions de dollars.

« Nous avons acheté de la Chine 50 000 tentes à 100 dollars l’unité pour un montant de 5 millions de dollars. Ces tentes seront livrées cette semaine », a indiqué le président Préval. Le chef de l’état n’a pas dit quand et comment ces tentes seront distribuées à la population. La semaine dernière, il avait appelé la communauté internationale à l’aider à obtenir des tentes pour loger les personnes qui se trouvent dans les rues. Selon M. Préval seuls 24 % des 1,2 millions de sans abri avaient trouvé une tente. « Il est urgent de trouver des moyens pour reloger ces personnes avec la saison pluvieuse ils seront exposés à toutes les intempéries », avait-il ajouté.

Ce mardi en annonçant l’arrivée des tentes, il a indiqué que l’argent pour les acheter provenait des fonds de l’accord Petro Caribe avec le Venezuela. Sur une somme de 163 millions de dollars, nous allons aussi dégager 11 millions pour les sinistrés, a également annoncé le président Préval. Il a par ailleurs d’autres projets dont l’achat d’équipement lourds pour la Compagnie CNE, la construction de routes et de ponts à partir de ces fonds.

lundi 22 février 2010

Le bilan pourrait s'élever à 300 000 morts

Le bilan du violent séisme qui a touché Haïti le 12 janvier dernier pourrait s'élever à 300 000 morts, selon René Préval, le président du pays. "Vous avez vu les images, vous avez pu vous rendre compte de la situation. Plus de 200 000 cadavres ont été récupérés dans les rues, sans compter ceux qui se trouvent toujours sous les décombres", a-t-il déclaré depuis le Mexique, précisant que "nous pourrions atteindre le nombre de 300 000 morts". Si ce nombre devait se confirmer, il pourrait s'agir de la plus meurtrière catastrophe naturelle de l'histoire moderne. Les dégâts provoqués par le séisme de magnitude 7 sur l'échelle de Richter sont évalués à 14 milliards de dollars (environ 10 milliards d'euros), selon une estimation de la banque inter-américaine de développement.

dimanche 21 février 2010

75 policiers tués dans le tremblement de terre

La police nationale haïtienne, unique force de sécurité du pays, a annoncé hier que 75 de ses membres sont morts lors du violent tremblement de terre du 12 janvier et que 74 autres sont depuis portés disparus.

"Nous comptons [également] 253 blessés, dont 5 amputés", a déclaré le porte-parole de la police haïtienne, Frantz Lerebours, ajoutant que "74 policiers sont toujours portés disparus". Selon les chiffres communiqués par la direction de la police, plus de 3 000 policiers haïtiens ont été touchés par la secousse et ont vu leurs maisons complètement détruites. Quelque 40 commissariats et locaux de la police haïtienne ont été détruits ou endommagés. Une cérémonie doit avoir lieu ce dimanche pour rendre hommage aux policiers victimes de la catastrophe, qui a fait plus de 217 000 morts.

Les esprits vaudou se sont tus

Le tremblement de terre du 12 janvier dernier n'a pas seulement ébranlé la population d'Haïti : il a aussi fait taire les esprits vaudou, que personne n'ose invoquer depuis la tragédie.

«Ce qui est arrivé est un acte de Dieu. Il faut laisser le passage à Dieu. Il faut le laisser travailler», a expliqué à La Presse François Emmanuel, prêtre vaudou rencontré dans le quartier populaire de Bois-Piquant.

M. Emmanuel explique que, depuis le séisme, il n'invoque plus les esprits, pour ne pas «interférer» avec le travail de Dieu. On accède à sa maison, simple cabane au toit de tôle, en zigzaguant entre les enfants et les poulets. Dans sa petite chambre, où pendent les vêtements à sécher de toute la famille, caché derrière un large drapeau d'Haïti, se trouve le temple. On y voit empilés pêle-mêle des crânes humains et des os, des bouteilles de rhum vides, des poupées de plastique pour enfants et des statues de la Vierge Marie.

M. Emmanuel exhibe un certificat et une carte plastifiée qui attestent qu'il est autorisé à traiter «avec les esprits de Guinée», l'un des pays d'Afrique de l'Ouest d'où sont venus les esclaves jusqu'en Haïti, y apportant la religion vaudou. Il demande toutefois longuement pardon à Dieu avant de nous montrer l'autel, récitant des incantations et répandant l'eau d'une cruche de terre cuite sur le sol. Max Beauvoir, chef suprême du vaudou en Haïti, l'a confirmé à La Presse: les cérémonies qu'on tient habituellement au son des tambours et qui durent souvent plusieurs jours ont complètement cessé depuis le tremblement de terre. «Les lois du vaudou sont formelles : il faut attendre 41 jours parce qu'il faut 41 jours à un os pour guérir si on le brise», explique ce chimiste de formation, qui a étudié dans les grandes universités américaines et françaises.

Christianisme et vaudou

Si ce mélange de christianisme et de vaudou peut paraître curieux aux yeux des Occidentaux, il teinte en fait toute la religion haïtienne. «Ce pays a été fabriqué par les vaudouisants. Puis les chrétiens sont venus et ont apporté leurs influences», rappelle M. Beauvoir. Aujourd'hui, la population puise allègrement dans les différentes croyances et ne les considère pas comme exclusives. On entend souvent qu'en Haïti, 80 % de la population est chrétienne, 40 % protestante et 70 % de foi vaudou. «C'est moins farfelu qu'on ne pourrait le croire», dit M. Beauvoir. Dans le grand cimetière de Port-au-Prince, la croix noire de Baron Samedi, l'esprit des morts du vaudou, s'est brisée lors du tremblement de terre. «Les esprits terrestres sont bouleversés», dit François Michelin, à la fois employé du cimetière et prêtre vaudou, interrogé sous un arbre sur lequel sont fixées des dizaines de petites poupées de tissu. Lui aussi a cessé ses pratiques et attend une révélation pour savoir quand les reprendre. «Il faut d'abord se tourner vers Dieu pour tout ce dont on a besoin», dit-il.

Philippe Mercure - La Presse

Angoisse et colère à l'approche de la saison des pluies




Les survivants du terrible tremblement de terre du 12 janvier réclament désespérément de l’aide. Car la situation est loin de s’améliorer : en cause, des averses tropicales, qui sont arrivées plus tôt que prévu dans la saison : elles ont surpris les sinistrés, les forçant à quitter leurs abris de fortune. Chandeleur s‘énerve : “Il y a plus de 3 000 personnes qui vivent ici, raconte-t-il, on a trois autres emplacements comme celui-là, nous n’avons rien, c’est pourquoi nous manifestons pour que le gouvernement nous donne quelque chose.” Marie rajoute qu’elle a perdu sa famille, qu’il n’y a pas d’eau, pas de toilettes : “Nous avons besoin de tentes et d’eau potable. On cherche de la nourriture, on vit comme des animaux ici”, conclue-t-elle. L’ONU appelle à accélérer l’acheminement des tentes, et craint une nouvelle catastrophe humanitaire à l’approche des cyclones annoncés par les météorologues sur les Antilles.

EuroNews

Port-au-Prince à ciel ouvert

Chaque jour, pendant trois semaines, Emmanuela Edma a pleuré. Puis elle a fini par se résoudre à "retrouver la vie". Faire le deuil de son bébé, né le 11 janvier et auquel elle n’avait pas encore trouvé de prénom. Il est mort le lendemain, sur le lit familial, écrasé sous un bloc de béton. Ce 12 janvier, le tremblement de terre, qui a fait au moins 217 000 morts et 1,2 million de sans-abri en Haïti, a tout emporté : la maison et l’enfant d’Emmanuela. "Il faut bien repartir", souffle timidement la jeune femme, en tirant sur le drap qui lui sert de toit, place du Champ-de-Mars, au cœur de Port-au-Prince.

Port-au-Prince est devenu une ville de bidonvilles

Repartir, rebâtir, revivre. Dans la capitale haïtienne, cinq semaines après la catastrophe, c’est le message que les autorités veulent faire passer. Le président René Préval en a fait un slogan ("Ayiti pap Peri, Ayiti Paka Peri", "Haïti ne périra pas, Haïti ne saurait périr"), désormais imprimé sur des banderoles et des tee-shirts. Les évangélistes et prêtres de tout poil, qui beuglent la nuit tombante dans des chapelles improvisées, en font leur sermon. De fait, une activité presque frénétique a repris dans la capitale. Des bulldozers s’activent dans certains quartiers du centre pour évacuer les gravats. Des centaines d’habitants s’emploient dans les décombres à récupérer ce qui peut l’être. Autre signe : traverser Port-au-Prince en voiture est redevenu un enfer. L’aéroport a également rouvert ses pistes aux vols commerciaux hier, et les étals des marchés sont désormais bien garnis.

Les premiers signes d’un renouveau ?

Difficile pourtant d’envisager sérieusement une quelconque reconstruction quand on voit l’état de la ville. Masses de béton avachies sur la route, odeur âcre des derniers morts coincés sous les décombres, files interminables de sinistrés attendant une hypothétique distribution de nourriture. Et ces milliers de tentes qui envahissent trottoirs et places. Alors, certes, la vie a repris ses droits à Port-au-Prince. Sauf qu’ici la vie a toujours été une garce, royale pour les possédants, indigne pour les autres. A Pétionville, le quartier chic situé sur les hauteurs, on revit presque normalement, avec des rayons de supermarchés gavés comme en Europe. Pour les autres habitants, dont l’écrasante majorité ne travaille pas, c’est la loi de la débrouille dans des camps de fortune à Carrefour-Feuilles, au Champ-de-Mars, à Canapé-Vert … Au total, il y aurait 600 de ces regroupements sauvages dans toute la capitale.

Ce que les organisations humanitaires craignaient est en train de se produire. Port-au-Prince est devenu une ville de bidonvilles. Et ses 500 000 sans-abri semblent s’être résignés à devenir des errants. "J’ai entendu qu’ils voulaient rebâtir la ville. Mais moi, pour l’instant, je suis ici", lâche Emmanuela. Son "ici" se résume à 4 m² donnant directement sur la route où passent des centaines de voitures par heure. Quatre piquets de bois soutiennent un drap tendu. Sur le sol, deux cartons, les matelas pour elle et son mari. Pour sa toilette, la jeune femme fait comme tout le monde : à la cuvette, dans la rue, sauf "pour les parties intimes". Mais tout cela l’épuise. "J’ai des coliques, les médecins m’ont dit que c’était à cause des mauvaises conditions d’hygiène." "Si l’on respectait les normes humanitaires de base, ce camp du Champ-de-Mars ne devrait accueillir que 5 000 personnes. Or, elles sont 18 000", explique David Bridier, de Médecins du monde.

Le business lucratif des coupons de ravitaillement

Tous ne mangent pas à leur faim. S’il y a bien des distributions de nourriture, généralement encadrées par des soldats de la Minustah, la mission de l’ONU pour Haïti, ou par quelques-uns des 13 000 GI toujours présents à Port-au-Prince, elles ne profitent pas à tous. "Je n’ai jamais reçu de coupons", explique Rosemond Pierre, qui a perdu sa femme et ses deux enfants dans le séisme, "ce sont les voisins qui me donnent à manger". "Les coupons, ils les donnent aux jolies filles qui les revendent après", assure un voisin. Un business lucratif : le coupon qui donne droit à un sac de riz se négocie 250 gourdes (4,65 euros). Les sacs de riz eux-mêmes se revendent sur le marché. "L’ONU est dépassée, témoigne un humanitaire. Il n’y a pas eu de recensement dans les camps pour cibler les besoins. Certains en profitent."

Ce qui manque, surtout, ce sont des tentes, ou, mieux, des bâches. Car cette semaine, la pluie est tombée sur la capitale. Et ce n’est que le début. Certains camps ne résisteront pas. Comme le plus grand de la ville, celui de Delmas-42, construit à flanc de colline, où 45 000 personnes sont réfugiées. Pour l’instant, une vie de village s’y est instaurée malgré des conditions d’hygiène très précaires. Des coiffeurs mais aussi des vendeurs de chargeurs de portables y ont même ouvert des échoppes. Mais tous savent que cela sera de courte durée. "Quand, fin mars, la saison des pluies arrivera, l’eau emportera tout, anticipe Pierre Yves Junior, l’un des délégués du camp. Je ne sais pas ce que nous allons faire."

Pourquoi ne pas partir en province, comme les 500 000 habitants de la capitale qui l’ont déjà fait ?

"Qu’est-ce que j’irais faire là-bas ? répond Widline Bommier, une mère de famille. Moi, je suis née ici. Et le travail, c’est ici qu’on le trouve." Jesulya Georges, une voisine, est moins catégorique. Elle attend seulement "des instructions du gouvernement". Mais justement le gouvernement, totalement désorganisé par le tremblement de terre, ne donne pas d’instructions. Des commissions ont été créées pour la reconstruction et la décentralisation du pays. Mais pour le court terme, l’indécision règne. Il faut pourtant, d’urgence, reloger les victimes dans des camps provisoires plus appropriés. Des sites à la périphérie de Port-au-Prince ont bien été sélectionnés. Mais certains sont situés sur des terrains privés et leurs propriétaires ne veulent pas entendre parler des sinistrés sur leur sol. Déjà, certains camps de la ville ont été évacués manu militari, sans qu’aucune solution de repli n’ait été proposée. "De toute façon, au mieux, 60 % des tentes et bâches seront distribuées avant la saison des pluies", affirme un responsable d’ONG. Autant dire qu’un nouveau drame humanitaire va se jouer à Port-au-Prince. Cette fois, tout le monde sait quand la catastrophe arrivera.

Antoine Malo, envoyé spécial à Port-au-Prince - Le Journal du Dimanche

La coordination de l'aide à Haïti reste défaillante

Léger flottement dans la grande machine internationale censée accoucher d'un "nouvel Haïti", après le séisme qui a fait au moins 217 000 morts et plus de un million de sans-abri dans la région de Port-au-Prince, le 12 janvier. Un mois après la réunion des pays amis d'Haïti à Montréal, le 25 janvier, et à un mois de la conférence interministérielle des donateurs prévue au siège des Nations unies, à New York, le 31 mars, les acteurs de la reconstruction peinent à donner une image d'unité.

Si l'on enlève aux 326 millions d'euros d'aide à Haïti annoncés pour 2010 et 2011 par Nicolas Sarkozy, mercredi 17 février, l'annulation de la dette décidée dès juillet 2009 par tous les créanciers du Club de Paris, les aides déjà programmées et les dons en matériel, les subventions nouvelles promises par la France représentent 140 millions d'euros : 40 millions d'aide budgétaire et 100 millions pour des projets, essentiellement en matière de santé et de développement urbain. Où trouver cet argent ? Des observateurs s'inquiètent que cette somme puisse non pas s'ajouter au budget de l'aide au développement, mais être prélevée sur le soutien accordé à l'Afrique, comme cela s'est déjà produit récemment pour aider Haïti, mais aussi l'Afghanistan et la Palestine. L'Agence française de développement a vu l'enveloppe de subvention qui lui est allouée par le ministère de l'Economie fondre ces dernières années.

Première fausse note : La coordination de l'aide.

Au moment même où l'Organisation des Nations unies (ONU) lançait, jeudi 18 février, le plus important appel de fonds de son histoire, 1,44 milliard de dollars destinés à l'aide d'urgence pour 2010 en Haïti, le coordinateur des Nations unies pour l'aide humanitaire, John Holmes, a dû reconnaître l'authenticité d'un e-mail dans lequel il critique sévèrement les défaillances et le manque de coordination des agences de l'ONU et des ONG destinataires de ces fonds. Dévoilé par la revue Foreign Policy, ce courrier rappelle aux agences humanitaires qu'il reste "des besoins humanitaires énormes non satisfaits". M. Holmes demande à ses "chers collègues" "de revoir radicalement" leur approche : "Plusieurs zones doivent encore dresser une liste concise des besoins, définir des plans cohérents pour y répondre et analyser les carences, écrit-il. Cela commence à se voir et en conduit d'autres à douter de notre capacité à agir."

Deuxième accroc : Le coût de la reconstruction.

Alors que la mission d'évaluation des dommages menée par des experts de la Banque mondiale, des Nations unies et de l'Union européenne ne doit rendre son rapport que dans deux ou trois semaines, la Banque interaméricaine de développement (BID), principal créancier d'Haïti, a surpris en annonçant, mardi 16 février, que la facture pourrait approcher 14 milliards de dollars et "serait probablement plus élevée que ce à quoi on s'attendait ". Le chiffre a été immédiatement rejeté par l'ensemble des donateurs : il n'est que le résultat d'une projection calculée d'après le coût des dix dernières plus grandes catastrophes naturelles... "Il faut attendre la fin de la mission d'évaluation, qui va relever les pertes humaines, matérielles et économiques, en déduire le coût des dommages, puis estimer le coût possible de la reconstruction en fonction des scénarios et des priorités définis par le gouvernement haïtien ; c'est ce qui fera foi à New York", explique Sergio Jellinek, porte-parole de la Banque mondiale pour les Caraïbes. "La conférence de New York ne doit pas se limiter à empiler des chiffres. Il faut y réfléchir à une nouvelle stratégie de développement pour Haïti, qui ne doit pas être discutée uniquement entre bailleurs multilatéraux", défend pour sa part Pierre Duquesne, l'ambassadeur chargé de coordonner l'aide française à Haïti. Dans cet esprit, la France a convaincu ses partenaires de la nécessité d'organiser quatre conférences internationales supplémentaires pour préparer le rendez-vous du 31 mars. Le Canada et l'Organisation des Etats américains devraient organiser une réunion de la diaspora haïtienne, l'ONU une conférence des ONG, la BID et les Etats-Unis réuniront le secteur privé. La France, elle, devrait organiser aux Antilles, vers le 23 mars, une "conférence internationale des villes et des régions du monde pour Haïti", destinée à encourager la coopération décentralisée entre les collectivités locales des pays donateurs et les municipalités haïtiennes, a annoncé Nicolas Sarkozy, jeudi 18 février, lors de son déplacement en Martinique.

Que peut-il sortir d'une telle avalanche de réunions dans un calendrier aussi serré ?

"L'objectif est de nourrir la conférence de New York, où pourraient s'exprimer des représentants de chaque groupe", explique M. Duquesne. La définition d'interlocuteurs uniques pour gérer la reconstruction, par contre, reste en suspens. Côté bailleurs, la Banque mondiale, la BID et l'ONU tentent chacun d'obtenir la maîtrise du futur fonds fiduciaire qui pourrait concentrer la gestion des milliards de dollars de la reconstruction. Côté haïtien, le gouvernement doit décider s'il veut s'appuyer sur un ministère unique ou sur une agence de reconstruction intégrant les experts internationaux. Les bailleurs ont fait savoir qu'ils ne souhaitent pas une myriade d'interlocuteurs ministériels en fonction de la nature des projets. La seconde option serait acceptable, selon Paris, à condition que le contrôle de l'agence ne soit pas confisqué de fait par les Etats-Unis.

Pendant ce temps, en Haïti, les premières averses tropicales de la saison transforment les camps de fortune surpeuplés en bourbiers et soulignent le manque persistant de tentes et d'abris en dur.

Grégoire Allix - Le Monde

vendredi 19 février 2010

Les fortes pluies rendent urgent le relogement

Les fortes pluies qui ont touché Haïti, transformant les abris de fortune des survivants du séisme en véritables bourbiers, ont renforcé jeudi l'urgence pour les autorités haïtiennes de trouver rapidement une solution de relogement.

Des pluies torrentielles se sont abattues sur les centaines de tentes en toile grossière et de cabanes érigées à Port-au-Prince, transformant le terrain en bourbier et trempant leurs occupants. Les prévisions de nouvelles pluies accentuent encore l'urgence de l'appel lancé par les autorités pour obtenir des tentes et des structures temporaires. "La pluie ne s'arrête pas. Au bout de deux ou trois jours, à quoi cela va-t-il ressembler ?", s'interroge Jean-Pierre Rosier, du campement de Delmas. L'aide au relogement figure parmi les premières demandes formulées par les autorités haïtiennes aux gouvernements étrangers et aux organisations d'aide.

Photo ci-contre de Carlos Barria : Tente dans le quartier de Cité Soleil.

"A chaque fois que je rencontre des responsables ou des délégations étrangères, je leur indique que c'est ce dont nous avons le plus besoin", a dit à Reuters le président René Préval mercredi. "Maintenant que nous avons soigné les blessés, évacué les morts et que nous distribuons de la nourriture et de l'eau, le problème du logement, des tentes, est le problème le plus urgent", a-t-il ajouté.

Malgré les dizaines de millions de dollars d'aide étrangère, l'absence de tentes, de bâches et de structures temporaires pour abriter les sinistrés se fait ressentir, rapportent les responsables haïtiens. "La saison des pluies va bientôt commencer. La situation sera vraiment terrible si les gens continuent de vivre sous des bâches et ne sont pas à l'abri quand la pluie tombera", a indiqué à Reuters Jessica Barry, porte-parole du comité international de la Croix rouge. "La nuit dernière, les gens étaient complètement trempés. La pluie est tombée pendant six heures. Imaginez, dans des espaces aussi exigus, comment des maladies comme la rougeole par exemple pourraient rapidement se répandre", a-t-elle ajouté. "Tout le monde a conscience du risque. Jusqu'à présent, heureusement, la situation est sous contrôle. Mais avec l'arrivée de la pluie et l'absence d'abris, la situation risque d'empirer".

La majorité des campements de rescapés du séisme ont été construits à la hâte avec des bouts de tissus ou de plastique récupérés par les occupants.

L'Express

Le pouls d'un pays qui souffre depuis un mois

Secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet a accompagné Nicolas Sarkozy en Haïti mercredi. Il confie à France-Soir ses impressions

Revenons sur le voyage du président Sarkozy. Quelles ont été ses réactions lorsqu’il a découvert à vos côtés les conséquences du séisme sur la capitale haïtienne ?

Nicolas Sarkozy a pris le pouls de ce pays qui souffre depuis un mois. A la fin de son séjour, mercredi, il a même dit que la situation était pire que ce qu’il avait pu imaginer. Il faut dire que, vue du ciel, cette ville a l’air d’avoir été bombardée. Mais il a aussi senti que le peuple haïtien était resté debout, malgré ce drame, plein de dignité et d’espoir pour l’avenir. J’ai vu Nicolas Sarkozy ému au plus haut point devant les enfants blessés, amputés – victimes innocentes –, à l’hôpital de campagne que la France a installé à Port-au-Prince ou à l’hôpital de Pointe-à-Pitre, où nous avons accueilli les blessés les plus graves.

Il a annoncé au président René Préval l’annulation de la dette d’Haïti envers Paris ainsi qu’une aide financière supplémentaire. Ces dispositions sont-elles à la mesure de vos espérances ?

L’annulation de dette de 56 millions d’euros est le plus gros effort bilatéral de la France envers Haïti ces dernières années. C’est un cadeau qui représente deux années d’aide de la France. C’est considérable. Nous espérons ainsi desserrer un peu la contrainte budgétaire qui pèse sur Haïti et permettre aux dirigeants de s’occuper des priorités sociales (santé, éducation, etc.).

Comment cette aide peut-elle désormais se traduire très rapidement à l’heure où la population sinistrée survit dans des conditions précaires et attend avec anxiété la période des pluies et cyclones ?

A court terme, la France envoie des abris pour 200 000 personnes et des missions de renfort immédiates (service civique, appui logistique). A moyen terme, nous allons tenter d’assurer la prochaine récolte agricole. Nous enverrons semences et engrais en mars pour aider Haïti à nourrir sa population cette année. Et, à long terme, la France va aider à reconstruire l’hôpital universitaire d’Etat haïtien – un grand symbole national détruit par le séisme.

Nicolas Sarkozy a également évoqué l’envoi de volontaires pour l’aide à la rescolarisation d’urgence des enfants des camps de réfugiés. A partir de quand – et comment – ce dispositif pourrait être mis en place ?

C’est le projet qui me tient le plus à cœur ! Grâce à la plate-forme « France volontaires » que nous venons de créer, nous allons envoyer près de 150 jeunes en Haïti pour aider à la rescolarisation des enfants et mettre en place un enseignement professionnel dans le bâtiment. Les dix premiers arriveront dès le mois de mars. L’idée est surtout d’assurer un enseignement « hors les murs » et de répondre à la demande croissante en province, auprès des populations déplacées.

A Paris, la grogne monte au sein de certaines associations de parents souhaitant adopter des enfants haïtiens. Les procédures ont-elles été ralenties ? Et, si oui, pourquoi ?

L’engagement d’évacuer rapidement les enfants adoptés est sur le point d’être totalement tenu. Les 120 derniers enfants arriveront dans les prochains jours en France. Les vols commerciaux reprennent aujourd’hui. Sur cette base, les parents adoptants dont la procédure n’avait pas encore abouti au moment du séisme vont pouvoir reprendre leurs visites aux enfants. Nous faciliterons leurs démarches, comme nous l’avons toujours fait.

France Soir - Propos recueillis par l'envoyée spéciale en Haïti Sandrine Briclot

jeudi 18 février 2010

Une préconférence en Guadeloupe en vue de la conférence de New-York du 31 mars

Nicolas Sarkozy a annoncé ce jeudi la tenue, en mars en Guadeloupe, d’une « conférence internationale des villes et des régions du monde pour Haïti », afin de préparer la conférence internationale de New York sur la reconstruction de ce pays.

Dans un discours devant les représentants des forces économiques, sociales et politiques de Martinique, Nicolas Sarkozy a expliqué que la conférence de Guadeloupe permettrait de préparer « dans les meilleures conditions » la conférence de New York sur Haïti, prévue le 31 mars. Il a par ailleurs estimé que le séisme d’Haïti posait aussi la question de la sécurité des populations des Antilles françaises. Il a rappelé que l’Etat avait lancé en 2007 un « plan séisme Antilles » de 343 millions d’euros, visant notamment à consolider les bâtiments existants. A ce jour, l’Etat a engagé 60 millions d’euros de travaux, a précisé Nicolas Sarkozy, qui a jugé beaucoup trop lente la réalisation de ce programme, en particulier en Martinique. « Ce bilan n’est pas acceptable », a-t-il estimé. Il a souhaité que l’ensemble des acteurs – Etat, élus, collectivités locales, sociétés HLM… – « se remobilise sans délai » et promis des moyens supplémentaires pour accompagner cette accélération.

Nicolas Sarkozy : “ La France aidera Haïti à ouvrir une page heureuse de son histoire ”

C’est sous le signe d’« une histoire commune riche mais aussi douloureuse » que le président français a souhaité placer, mercredi, sa courte visite à Port-au-Prince, capitale d’Haïti dévastée par le séisme du 12 janvier.

« Nous nous sentons tous des citoyens d’Haïti », a d’emblée déclaré Nicolas Sarkozy lors d’une allocution sur les marches de l’ambassade de France, encore encombrées par quelques tuiles du toit partiellement détruit. « Ce drame, par sa violence inouïe, par sa soudaineté, par son amplitude, nous a profondément touchés. Il a endeuillé l’humanité tout entière (…). Je suis venu dire au peuple haïtien et à ses dirigeants que la France, qui était la première sur le terrain, restera solidement à leurs côtés pour les aider à se relever et à ouvrir une nouvelle page, heureuse, de leur histoire. »

Le chef de l’Etat a alors réclamé une minute de silence « en mémoire aux victimes et aux familles endeuillées », seulement perturbée par le chant des coqs qui se sont approprié l’esplanade du bâtiment. A son arrivée, plus tôt sur le tarmac de l’aéroport Toussaint-Louverture, où la présence militaire américaine se fait encore largement sentir, Nicolas Sarkozy a été accueilli par son homologue haïtien, René Préval, au son de la fanfare du palais national, qui n’avait jamais rejoué depuis la catastrophe.

Une date mal choisie, durant les 4 jours de deuil

« Dans d’autres circonstances, cela aurait été un plaisir de célébrer la venue, pour la première fois, d’un président de la République française, mais cette visite intervient dans un moment spécial de deuil national », a regretté le président haïtien.

mercredi 17 février 2010

Quatre heures pour tourner la page de trois siècles d'histoire commune douloureuse

Un mois après le séisme, le chef de l'Etat français restera sur place seulement quatre heures avant de se rendre en Martinique. C'est la délicate mission de Nicolas Sarkozy en Haïti ce mercredi. Le chef de l'Etat est en effet le premier président français à se rendre dans l'ancienne colonie française, indépendante depuis 1804 après une révolte d'esclaves matée dans le sang par Napoléon.


C'est évidemment le séisme du 12 janvier dernier qui est à l'origine de cette visite historique. "C'est l'occasion de montrer que la France se mobilise pour rendre aux Haïtiens le contrôle de leur destin mais aussi de solder les comptes du passé", explique l'entourage présidentiel. Après l'esclavage, l'exploitation de l'île et la guerre d'indépendance, ce fut en effet une longue phase d'oubli. Les relations ont repris progressivement à partir des années 1960 mais ont longtemps été entravées par la dictature des Duvalier père et fils entre 1957 et 1986, puis par les convulsions politiques qui ont suivi. Aujourd'hui, symbole du regard tourné d'Haïti vers Washington et non plus Paris, 2,3 millions de Haïtiens vivent aux Etats-Unis. Ils ne sont que 60 000 en France, où le dictateur Baby doc - Jean-Claude Duvalier - a trouvé exil en 1986.

Contribution financière

En début de matinée, heure locale (début d'après-midi, heure française), le locataire de l'Elysée survolera les zones dévastées par le séisme. Il rencontrera ensuite son homologue René Préval et le Premier ministre Jean-Marc Bellerive. Au programme : la reconstruction de ce pays de 10 millions d'âmes, un des plus pauvres au monde. Elle est aujourd'hui estimée à 14 milliards de dollars (environ 10 milliards d'euros) par la Banque interaméricaine de développement (BID) et devrait durer entre cinq et dix ans.

Nicolas Sarkozy annoncera notamment la contribution de la France au plan qui sera présenté lors de la conférence internationale programmée le 31 mars à New York. "Cette contribution sera extrêmement significative d'un point de vue financier", déclare l'Elysée, sans préciser sa nature et son montant. Le chef de l'Etat pourrait aussi annoncer une aide d'urgence supplémentaire pour faire face aux besoins à l'arrivée de la saison des pluies. Il confirmera enfin l'annulation de la dette d'Haïti envers Paris (56 millions d'euros).

A l'issue de ce passage express dans le pays, Nicolas Sarkozy s'envolera pour la Martinique où il est attendu à 20h30, heure française. Mais là encore, Haïti restera au coeur de son déplacement, puisqu'il rendra visite à des victimes de la secousse hospitalisées à Fort-de-France et à des secouristes civils et militaires.

mardi 16 février 2010

Accueil " sobre " pour Sarkosy

"Un accueil sobre, mais digne" sera réservé demain au président Nicolas Sarkozy lors de la visite du premier chef d'Etat français dans l'ancienne colonie de Saint-Domingue indépendante depuis 1804, a-t-on appris lundi de source diplomatique haïtienne.

"Cette visite s'effectue dans une ambiance de deuil", a fait remarquer lundi le président René Préval. "Je ne veux pas créer une situation particulière, le protocole sera un protocole de deuil", a-t-il ajouté. Depuis le tremblement de terre du 12 janvier qui a frappé Haïti tuant plus de 217 000 personnes et jetant plus d'1 million d'Haïtiens à la rue, "il y a eu beaucoup de présidents et de chefs de gouvernement à visiter Haïti", a rappelé le président Préval qui a cependant reconnu "des liens spécifiques historiques et culturels" entre les deux pays liés par la langue. "Nous sommes toujours en période de deuil, c'est dans ce cadre que la visite se fait, il ne serait pas bon pour Haïti et pour la République française de singulariser cette visite", a conclu le chef de l'Etat haïtien. Pour le protocole, on s'affaire néanmoins à mettre les dernières touches au programme de la visite dans une ville traumatisée par le choc du 12 janvier. "Le protocole sera sobre mais le président Sarkozy sera reçu avec les honneurs dus à son rang", a confié une source diplomatique.

Le président haïtien René Préval, le Premier ministre Jean-Max Bellerive et des membres du gouvernement accueilleront le président français à son arrivée à l'aéroport international de Port-au-Prince sous contrôle des forces américaines depuis un mois environ, a-t-on appris. Selon le programme de la visite, les deux présidents survoleront la capitale en hélicoptère avant d'avoir des entretiens en tête à tête dans les jardins du palais présidentiel haïtien effondré le 12 janvier. "Les entretiens se dérouleront sous une pergola dressée dans les jardins du bâtiment en ruines que la France a promis de reconstruire", selon le président Préval. Les deux hommes devraient également visiter un camp de sans-abri non loin de l'ambassade de France à Port-au-Prince.

Le Canada va soutenir la construction d'une base administrative

Au premier jour de sa visite en Haïti, le Premier ministre canadien Stephen Harper a annoncé que son pays allait soutenir la construction d'une "base administrative" temporaire pour le gouvernement haïtien.

Le Canada consacrera jusqu'à 12 millions de dollars (8,8 millions d'euros) à la construction de cette base, destinée à remplacer les bureaux gouvernementaux détruits dans le séisme du 12 janvier dernier. Composée d'abris modulaires et d'abris souples, elle accueillera des ministères et des fonctionnaires clés pendant une période qui pourrait atteindre un an.

Cette base constituera "un pas important vers la reprise et la reconstruction", a estimé M. Harper en conférence de presse aux côtés du président haïtien René Préval à l'aéroport de Port-au-Prince. Les travaux de construction commenceront une fois que le gouvernement haïtien aura choisi l'emplacement. Stephen Harper effectue jusqu'à mardi une visite officielle en Haïti, la première d'un chef de gouvernement d'un pays du G20 depuis le tremblement de terre. Le Premier ministre canadien a fait le voyage à bord d'un avion de transport de la force aérienne chargé de 14 tonnes d'équipement médical, d'articles d'aide humanitaire et de filtres à eau. Mardi, il doit se rendre à Jacmel, ville natale de la gouverneure générale, Michaëlle Jean, dans le sud du pays, et à Léogâne, à l'ouest de la capitale, où les Forces canadiennes sont déployées.

Quatre enfants tués dans l'effondrement du mur d'une école à Cap-Haïtien

Quatre enfants ont été tués ce lundi dans l'effondrement d'un mur d'une école de Cap-Haïtien, à environ 130 km au nord de la capitale haïtienne Port-au-Prince, selon un porte-parole de la Croix-Rouge, Pericles Jean-Baptiste. La cause de l'effondrement du mur est due à un glissement de terrain. Selon les autorités, la région a reçu de fortes pluies et été touchée par une légère secousse sismique dans la nuit.

L'accident a eu lieu en début d'après-midi dans cette ville du nord du pays, qui n'a pas été directement touchée par le séisme du 12 janvier. Des pompiers ont été dépêchés sur place immédiatement pour chercher des victimes et ont retrouvé quatre enfants morts et deux blessés. Il s'agissait d'une école primaire comprenant un jardin d'enfants, appelée "la petite école du Cap". Toutes les victimes sont des enfants, a expliqué la protection civile.

lundi 15 février 2010

Un mois après le séisme une crise politique se dessine

Un mois après le tremblement de terre qui a ravagé son pays, le président haïtien René Préval doit aussi faire face à une opposition qui réclame sa démission, ou au moins la formation d'un nouveau gouvernement. Désorganisation des secours, aide humanitaire qui n'arrive pas, services publics inexistants, violence dans les rues : les Haïtiens n'ont pas mis longtemps à accuser d'incompétence un pouvoir qui a laissé glisser la survie du pays entre les mains des puissances étrangères, particulièrement des Etats-Unis et de leurs 20 000 soldats déployés sur zone.

Deux semaines après le séisme, des sénateurs ont lancé les premières salves contre le président, accusé d'inaction, et réclamé un remaniement du gouvernement. Une formation va désormais plus loin : le Conseil national des partis politiques haïtiens (droite) demande la convocation "d'états généraux des secteurs vitaux de la Nation". "Il faut à notre pays une nouvelle direction pour faire face avec compétence et honnêteté à la situation et répondre aux attentes de la population en détresse", justifie Osner Févry, un de ses dirigeants. Plus nuancée, une sénatrice soutient l'idée d'un "gouvernement renforcé". "Nous sommes dans une dynamique pour établir un gouvernement réduit, constitué de gens compétents, qui devraient avoir un programme bien défini", soutient Edmonde Beauzile, qui plaide pour la création de deux postes clés pour l'emploi et le logement. La parlementaire socialiste ainsi que certains de ses collègues du Sénat sont convaincus que le gouvernement actuel est "dépassé par la situation".

"Le Premier ministre Jean-Max Bellerive (photo ci-dessus) donne l'impression qu'il ne coordonne pas l'action gouvernementale", soutient-elle. "Le gouvernement a toujours été en prise avec les événements et contrôle la situation. Ce que je propose c'est de mettre en place un gouvernement de crise, ce qui ne veut pas dire forcément un remaniement", a répondu le Premier ministre haïtien.

Dans le chaos qui a suivi le séisme et ses plus de 217 000 morts, le Conseil électoral a reporté sine die le scrutin prévu fin février pour le renouvellement de la chambre et du tiers du Sénat. Cependant, un parti politique insiste sur la tenue d'élections pour renouveler l'appareil politique du pays. "Le moment est venu de faire appel à d'autres dirigeants en organisant des élections car nous ne pouvons pas garder à la tête du pays des hommes et des femmes sans sensibilité éthique, sans aucune dignité, sans aucune fierté haïtienne", soutient le Groupement solidarité. "Le pays n'est pas prêt pour de nouvelles élections. Honnêtement, on ne peut pas organiser un scrutin sous des tentes", rétorque le député Jean-Marcel Luméran. Ce parlementaire soutient, en revanche, la proposition d'une prolongation de mandat des dirigeants actuels, parlement et exécutif, pour 18 mois. "Il faut penser les choses calmement, car nous n'avons pas besoin d'une crise politique", tempère Myrlande Manigat, dirigeante d'une plateforme de partis politiques. Partisane d'un gouvernement d'union nationale, l'ancienne sénatrice veut éviter néanmoins tout chambardement. "Il y a des indices qui font craindre une crise sociale à cause de l'accumulation des frustrations, ce qui peut déboucher sur une éruption de colère incontrôlable", redoute-t-elle.

Réouverture vendredi de l'aéroport au trafic commercial

L'aéroport international de Haïti accueillera à nouveau vendredi les vols commerciaux de compagnies aériennes, pour la première fois depuis le tremblement de terre qui a détruit sa tour de contrôle, le 12 janvier, a annoncé un responsable militaire américain.

American Airlines assurera sa première liaison avec Port-au-Prince le 19 février, suivie peu après par Air Canada et Air France, a déclaré dans une interview accordée ce week-end le général Darryl Burke, commandant en second des Forces aériennes Sud. Depuis le séisme qui a détruit des centaines d'immeubles dans la capitale et fait 212 000 morts, l'aéroport a été presque totalement transformé en centre d'acheminement des secours par avions militaires. Une tour de controle portable y a été transportée par la direction de l'aviation civile américaine (FAA). Le séisme a fortement endommagé le terminal de l'aéroport mais l'éclairage ainsi que la partie du terminal qu'utiliseront les compagnies aérienne ont été réparés, a dit Burke. Le contrôle aérien, assuré après le tremblement de terre par des militaires américains, est progressivement transféré à des contrôleurs haïtiens. Ces derniers opèrent actuellement entre 6h et 15h et à partir du 19 février, ils travailleront de 6h à 22h, a dit Burke.

Au plus fort de l'acheminement des secours, l'aéroport avait une capacité quotidienne de 120 atterrissages d'avions militaires et de transport de secours. Ces derniers jours, le nombre de vols est tombé à une moyenne de 70 par jour, a précisé Burke.

dimanche 14 février 2010

Moins de militaires américains en Haïti

L'armée américaine ne compte plus de 13 000 militaires en Haïti, après en avoir dépêché jusqu'à 22 000 immédiatement après le tremblement de terre du 12 janvier, a annoncé hier le général Douglas Fraser.

"Il y a environ 13 000 militaires, hommes et femmes, qui soutiennent l'effort d'aide en Haïti", a expliqué le responsable militaire lors d'une conférence de presse à Port-au-Prince. Il a précisé que le gouvernement haïtien reprenait peu à peu, pendant la journée, le contrôle de l'aéroport de la capitale haïtienne, qu'il avait remis aux Etats-Unis dans la foulée du séisme. "L'aide internationale et les secours se sont améliorés et renforcés", a encore estimé le général Fraser, pour qui il existe une possibilité de "transition des secours immédiats vers une capacité à plus longue haleine". Il a cependant refusé de dire avec précision jusqu'à quand l'armée américaine resterait sur le terrain, assurant qu'elle serait présente tant que ce sera nécessaire.

Les sans-abri haïtiens ne pourront pas profiter du confort d'une tente

Posez la question à n'importe laquelle des centaines de milliers de victimes du séisme vivant dans les rues de la capitale haïtienne dévastée et vous risquez d'entendre la même réponse : "Donnez-nous une tente".

Peu en recevront une. Les organisations humanitaires et les dirigeants haïtiens ont abandonné leur plan de loger les sans-abri dans des tentes, même si cela signifie que plusieurs devront affronter la saison des pluies sous des bâches de plastique claquant au vent. Selon les groupes d'aide, les tentes sont grosses, coûteuses et inefficaces. Les Haïtiens devront donc étouffer de chaleur sous des toiles fragiles jusqu'à ce que des abris permanents soient construits, ce qui ne risque pas d'arriver à temps pour les averses du printemps ainsi que les ouragans de l'été et de l'automne. Les responsables des organismes d'aide avaient d'abord décidé d'abriter les Haïtiens sans domicile dans des tentes et sollicité les dons de la communauté internationale.

Lorsque le gouvernement haïtien a annoncé mercredi qu'il optait plutôt pour les bâches de plastique, environ 49 000 tentes avaient déjà été envoyées dans le pays ravagé.

Avec quelque 1,2 million de personnes déplacées en raison du tremblement de terre, dont 770 000 qui sont toujours à Port-au-Prince, les autorités soutiennent qu'il n'y pas suffisamment d'espace pour les tentes familiales avec leur large base. Les dirigeants ont plutôt adopté un plan en deux volets. D'abord, donner une bâche de plastique à chacune des 250 000 familles sans toit d'ici le 1er mai. Ensuite, bâtir des abris de transition de 18 mètres carrés avec des toits en tôle ondulée. Leur structure de bois ou d'acier sera à l'épreuve des séismes ainsi que des tempêtes et auront supposément une durée de vie de trois ans. Mais la construction de ces abris nécessitera beaucoup de temps et d'efforts. L'argent devra être trouvé puisque chacune de ces maisons temporaires coûtera au moins 1000 $. Il faudra aussi convaincre les gens qui ont perdu leur maison il y a tout juste un mois de se déplacer encore et d'abandonner leur quartier de même que leurs amis, tâche qui ne sera pas simple. Et il semble peu probable que cet ambitieux programme soit complété avant le 1er juin, date à laquelle commence la saison des ouragans.

Ironiquement, la plupart des personnes chargées de décider du sort des sans-abri haïtiens dorment elles-mêmes dans des tentes.

samedi 13 février 2010

Un mois après le séisme, MSF dresse le bilan

Dans quel état était Haïti lors de votre passage ?

- Ce qui frappe, c'est l'extrême niveau de destruction de Port-au-Prince. Toute la population vit dehors aujourd'hui. Elle est dans une précarité extrême. Les gens vivent dans les décombres de leur maison ou dans la rue. Les conditions de vie sont extrêmement précaires. L'hygiène est mauvaise. Les sites d'habitation sont surpeuplés. La situation de Port-au-Prince est vraiment préoccupante. Ce qui frappe également, c'est le nombre important de blessés auquel on doit faire face. Il y en a encore beaucoup qui arrivent pour des soins post-opératoires. Il y a donc une nécessité de prises en charge des blessés qui reste très importante. Malgré cela, des équipes partent déjà. Toutes les équipes des Etats, les équipes nationales qui sont arrivées en urgence sont en train de partir. Cela laisse, du coup, beaucoup de blessés à prendre en charge à la fois pour les structures de santé haïtiennes et pour les structures d'organisations non gouvernementales comme Médecins Sans Frontières. En terme de perspective de travail, ça va être très important pour nous de prendre en charge ce relais. Il faut aussi prendre en compte le traumatisme qu'ont vécu tous les Haïtiens. Ils ont perdu leur maison, leurs proches. Malgré cela, on assiste quand même à une étonnante reprise d'activités en ville.

Quelles ont été vos priorités là-bas ?

- Nos priorités restent toujours relatives à la chirurgie, et surtout aux soins post-opératoires. MSF a déployé plusieurs centres de traitements chirurgicaux avec des blocs opératoires et des services post-opératoires. Nous avons près de 700 lits disponibles et nous sommes en train d'en augmenter la capacité car cela va être un besoin important. L'autre inquiétude est liée aux conditions de vie des gens et par conséquent, au risque de développement des épidémies. Vue l'hygiène est déplorable, il y a des risques d'apparitions de maladies transmissibles par l'eau, de maladies diarrhéiques.

Quel bilan dressez-vous des conditions sanitaires dans les hôpitaux ?

- L'intervention de MSF se fait dans des structures qui sont gérées par nos équipes. Donc, au départ, ils sont intervenus dans des situations précaires pendant la première semaine, les dix premiers jours. Petit à petit, nous avons apporté du matériel sur place et nous avons travaillé dans des conditions plus correctes. On a déployé un hôpital sous tente gonflable, donc un hôpital de campagne. Et, nous allons y rester des semaines, des mois pour pouvoir travailler dans des conditions correctes. Les structures haïtiennes sont complètement saturées par les patients qui ont été opérés et qui doivent avoir des soins post-opératoires, des pansements, des reprises chirurgicales...
La priorité pour l'ensemble des hôpitaux, c'est de trouver des structures pour que les patients qui nécessitent ces soins puissent être traités plus spécifiquement et que leur capacité puisse être développée en terme de médecine interne et de prise en charge de maladies infectieuses.

Quelle est la prochaine étape pour Médecins sans frontières ?

- Aujourd'hui, la phase d'urgence n'est pas terminée. Il y a eu l'urgence immédiate avec la chirurgie et là, nous sommes toujours en phase d'urgence avec le traitement des blessés, la surveillance des épidémies et les soins à fournir à l'ensemble de la population et en particulier, aux jeunes enfants. Ces enfants sont les plus fragiles en ce qui concerne les risques de maladies infectieuses et le traitement de toutes ces maladies, la prévention pour la vaccination et la surveillance et la prévention de la malnutrition.

Interview de Marie-Pierre Allié par Esther Falla - Nouvelobs.com