contact@timounhaiti.org

Certaines images ont pu vous choquer, mais c'était malheureusement la triste réalité
Heureusement de nombreuses actions positives sont conduites sur place, notamment grâce à Timoun d'Haïti

dimanche 31 janvier 2010

Haïti manque de vaccins ... tétanos, diphtérie

Que dire, alors que nos pays dits développés viennent de faire des achats considérables de vaccins pour se protéger d'une grippe A (H1N1) il y a des habitants de cette même planète qui manquent d'une protection tellement basique contre des maladies gravissimes. Maintenant à Haïti, c'est le tétanos qui tue ... mais les médias sont déjà moins nombreux sur place pour en parler !

Voici les nouvelles que nous recevons d'Haïti, de notre amie Yolette Jean, cet après-midi :
" Je vous remercie encore pour tous vos messages et vos gestes. J'étais prise avec mon amie Eva qui vient de perdre sa sœur blessée lors du tremblement de terre. Elle a eu le temps d'aller avec elle à St Domingue mais elle était atteinte de tétanos après une blessure au doigt. Nous continuons à compter nos morts. Nous gardons le contact. "

Le présent en Haïti, c’est encore le manque de nourriture et de travail


Deux semaines et demie après le violent séisme en Haïti, nombreux sont les rescapés qui ont encore le ventre vide. Dans une petite ville, les habitants se sont révoltés. Ils ont barré la route pour bloquer les camions remplis d’aide alimentaire qui filent sur Leogâne sans jamais s’arrêter. “On meurt de faim” ont écrit des Haïtiens isolés pour dire leur désespoir. Certaines ONG critiquent notamment les forces américaines qui refusent, selon elles, de sécuriser les distributions de vivres; la bousculade entraîne souvent la violence.


On se bouscule aussi, comme devant le ministère de l’Agriculture à Port-au-Prince, dès que des rumeurs sur des offres de travail circulent. “Je suis venue ici pour chercher un travail, dit une femme, mais rien ne se passe. Je peux pourtant laver, nettoyer, faire n’importe quoi…” Se projeter dans l’avenir reste difficile pour les autorités haïtiennes. La capitale devra être reconstruite à 75%, et la misère n’a fait qu’empirer. “Nous allons faire tout ce qu’il faut pour soulager la misère des gens, a déclaré le président René Préval, mais en pensant à la reconstruction de Port-au-Prince, il faut aussi penser à la décentralisation pour ne pas refaire les mêmes erreurs”.

Les ONG estiment que 1,8 millions d’enfants ont été affectés par le séisme. Près d’un million se retrouveraient orphelins, selon l’ONU. Chacun d’entre eux a vécu une tragédie. “J‘étais en train de jouer au football quand j’ai vu tout trembler, raconte un jeune garçon. Je suis allé vers ma maison, elle était effondrée et mes parents étaient morts”.

Copyright © 2010 euronews

samedi 30 janvier 2010

Haïti essaie de se projeter dans l'avenir 18 jours après le séisme

Haïti tentait de se projeter dans l'avenir, vendredi, les marchés foisonnant de vendeurs et les réparations s'accentuant, au jour de la deuxième visite d'un chef d'Etat étranger depuis le séisme, le président équatorien Rafael Correa.

M. Correa, dont le pays occupe la présidence tournante de l'Unasur (Union des nations d'Amérique du sud), est arrivé vendredi à Port-au-Prince où il doit passer la nuit dans le camp de la Minustah, et offrir à son homologue haïtien René Préval une aide humanitaire indispensable à la reconstruction du pays caribéen en ruines. "C'est une tragédie", a déclaré M. Correa à sa descente d'avion. "Pour le monde entier, Haïti est aujourd'hui synonyme de victimes, de douleur, mais aussi d'espérance", a-t-il ajouté.

Dans la rue, une activité foisonnante reprend toutefois à l'ombre des ruines : poteaux téléphoniques consolidés, magasins de meubles rouverts, embouteillages monstres. Des quantités chaque jour plus importantes de gravats sont déblayés par des convois d'énormes camions blancs frappés du sigle de l'ONU, escortés de casques bleus en armes. Les petits commerçants s'affairent malgré les difficultés. "Il n'y a pas beaucoup d'acheteurs mais un grand nombre de vendeurs", note Rose Gardy-Joseph, assise près d'un panier rempli de bonbons colorés, de fromage et serviettes, dans un marché improvisé des rues de Pétion-Ville.

Les Haïtiens commencent à penser à l'avenir

"Nous avons besoin de davantage de touristes", lance Sorel Charles, un agent de change. "Cela permettrait de réinjecter directement des devises dans l'économie", dit-il. Sinon, "le gouvernement va prendre toute l'aide et la donner à ses amis, pas au peuple". La radio locale Signal FM (90.5) a annoncé vendredi la réouverture prochaine de certaines écoles, sans donner d'indication sur les établissements concernés. Beaucoup ont été détruites ou accueillent des sans-abri. "Il va falloir accepter de faire l'école dans des tentes", prévient toutefois Jacky Lumarque, qui coordonne la mission présidentielle chargée de l'éducation.

Diarrhées, rougeole, tétanos et syndrome post-traumatique

Autre symbole d'espoir, l'équipe de football d'Haïti affrontera une sélection d'anciennes gloires du championnat allemand le 7 mars à Augsbourg, en Allemagne, dans le cadre d'un match de bienfaisance dont les recettes serviront à reconstruire les infrastructures du football haïtien, très populaire et ravagé par le séisme. Les chances de retrouver des survivants deviennent de plus en plus ténues, cédant la place à une guerre des nerfs entre riverains et sauveteurs, faite de fausses alertes ou d'appels concernant des incidents indirectement liés au séisme. Darlene Etienne, 16 ans, sauvée mercredi par la Sécurité civile française, reste la dernière survivante connue du tremblement de terre. Dans les camps de fortune érigés dans les parcs de Port-au-Prince où près d'un million d'habitants sont sans-abri, des cas d'épidémies ont été signalés.
"Plusieurs équipes médicales ont rapporté des cas de plus en plus nombreux de diarrhées ces deux-trois derniers jours", a déclaré un porte-parole de l'OMS, Paul Garwood, lors d'un point de presse à Genève. "Il y a aussi des informations sur des cas de rougeole et de tétanos", a-t-il dit, annonçant une campagne de prévention, la semaine prochaine. D'autres plaies, moins visibles, commencent à être prises en compte: les symptômes post-traumatiques, liés au choc de la catastrophe et aux milliers de cadavres amoncelés dans les rues. Mais certains secouristes étrangers se préparent déjà à partir, comme l'équipe médicale russe, qui démontait son hôpital de campagne vendredi.

L'ONU a perdu 84 personnes dans le séisme

Le nombre des employés des Nations Unies tués dans le tremblement de terre en Haïti s'est élevé à 84, alors que 15 autres restent sans nouvelle, près de trois semaines après le désastre, a annoncé ce vendredi l'ONU.

Parmi ces victimes on compte 40 civils travaillant pour la mission des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH), 24 militaires et 18 officiers de police de l'ONU. Un employé du Programme alimentaire mondial (PAM) et un volontaire de l'ONU (UNV) ont aussi trouvé la mort dans le séisme. La plupart du personnel de l'ONU restant sans nouvelle travaille à la MINUSTAH, dont le siège se situe à Port-au-Prince, capitale de Haïti.

vendredi 29 janvier 2010

Chacun, au milieu du chaos, interroge le ciel

«Comment croire en un Dieu infiniment puissant et bon qui observe, goguenard, ses “enfants” crever sous les débris des immeubles de Port-au-Prince ? Si on est créateur de l’univers, on est en mesure d’empêcher de telles catastrophes ! Et si, le pouvant, on ne le fait pas, on ne peut se proclamer Dieu d’amour. Tout le reste est littérature. »

Tel Voltaire en son siècle après le séisme de Lisbonne, l’auteur de ces lignes est l’un des nombreux internautes à avoir exprimé sur un blog de La Croix sa colère et son incompréhension. Comment comprendre ce nouveau malheur venu s’ajouter aux 32 coups d’État et aux centaines de cyclones qui sont passés sur l’île depuis deux cents ans… Le séisme du 12 janvier a fait resurgir de manière abrupte des « pourquoi » qui touchent au scandale de la souffrance des innocents, à l’énigme insoutenable du mal, au mystère du silence de Dieu. « Notre foi est mise à rude épreuve par ce désastre horrible », reconnaissait, quelques jours après le drame, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, dans son homélie lue en hommage aux victimes. « Toute personne qui croit en Dieu et qui essaye de vivre de cette foi ne peut pas ne pas être touchée au cœur par le malheur qui détruit et par la malédiction qui touche votre pays.

Tous s’interrogent : “Où es-tu Seigneur ? Que fais-tu Seigneur ?” »

« Comment Dieu peut-il laisser faire cela ? » reprend une jeune catholique haïtienne, Stéphane Rebu, 25 ans, rencontrée dans un camp de sinistrés à Port-au-Prince. Lorsque la terre a tremblé, cette enseignante d’éducation physique était dans la cour avec ses élèves. « Mon école est au bord d’une falaise, et le mur de l’enceinte est tombé au pied de cette falaise… C’était effrayant ! Je suis rentrée chez moi en marchant, et à chaque coin de rue, j’entendais des gens prier. Je me demande encore comment j’en suis sortie vivante ! » Domini, étudiant de 22 ans, a perdu sa sœur. « Nous avons beaucoup prié pour qu’on la retrouve vivante. Mais son corps a été dégagé des décombres… C’est terrible pour toute la famille, mais nous devons l’accepter. On se demande pourquoi c’est arrivé, pourquoi nous… » Comme Stéphane ou Domini, chacun, au milieu du chaos, interroge le ciel, tente de comprendre l’inexplicable. Certains y voient une punition divine. « Je ne sais pas contre quoi, ni contre qui, ni ce que cela veut dire précisément. Mais la preuve, c’est que dans la même rue, certaines maisons sont tombées, alors que celles d’à côté ont tenu le coup, sans explication », affirme Francisco, 16 ans. «Des innocents sont morts, mais ce ne peut être la volonté de Dieu» Clainise, 23 ans, a perdu son oncle et sa cousine : « Je ne veux pas dire que les personnes qui sont mortes ont été visées par Dieu, modère-t-elle. Mais c’est un châtiment contre le pays tout entier, contre les hommes qui sont trop égoïstes. »

« Je suis catholique et je pense que ce tremblement de terre n’a rien à voir avec Dieu, rétorque Jean-Pierre Johnson, 22 ans, photographe, qui a pu s’échapper de son studio dès les premières secousses. C’est un phénomène naturel. Les victimes sont mortes à cause des mauvaises infrastructures de notre pays. » Pourtant, lorsqu’on lui parle des rescapés, Jean-Pierre avance : « Je crois quand même que certaines personnes ont reçu une faveur, notamment celles qui sont sorties indemnes des décombres. C’est tellement incroyable. Dieu doit se dire qu’il a un plan pour elles, ou bien qu’elles ne méritent pas de mourir. Dieu fait des choix. » Berthony, journaliste et peintre de 40 ans, mormon, a lui aussi l’impression d’être un miraculé : « Ma maison s’est effondrée. À ce moment-là, j’assistais aux funérailles de mon beau-frère et ma sœur, enceinte, était chez sa mère. Sans cet enterrement, je pense que nous serions tous restés à la maison et nous aurions été ensevelis. Je pense que Dieu est bon. Des innocents sont morts, mais ce ne peut être par sa volonté. »


«Pas l’ombre d’une révolte, mais une foi profonde»

« Parfois, j’interroge Dieu : pourquoi lui ? Il était un père pour nous, confie, à Paris, Gemelite Lazare, 53 ans, cousine de Mgr Joseph Serge Miot, archevêque de Port-au-Prince, tué lors du séisme. Mais je sais que Dieu ne l’a pas voulu. Je dis : que votre volonté soit faite. » Une de ses amies, Marie-Rose Pascal, 42 ans, témoigne de la même confiance en la Providence : « Il ne nous a pas lâchés. Il nous aime tellement. Hier, ils ont trouvé des vivants sous les décombres, après huit jours sans boire ni manger. C’est le signe que Dieu est là, c’est lui qui les soutient. Les gens posent la question à l’envers : ils ne voient pas que tout cela, ce sont des miracles. » « Pas l’ombre d’une révolte, mais une foi profonde : on retrouve là, à mon sens, l’âme haïtienne. Pour un Haïtien, Papa Bon Dye est foncièrement bon », observe le P. Bernard Collignon, prêtre des Frères des Écoles chrétiennes, en Haïti depuis des années.

«Dieu ne veut pas la souffrance. Il est là avec nous»

« Mis à part quelques prophètes de malheur qui profitent de la situation pour accuser le peuple haïtien de tous les péchés du monde, la propension générale est plutôt à la bénédiction et à la louange pour les vies sauvées, confirme le P. Maurice Piquard, montfortain, dont la congrégation a perdu dix séminaristes. Dieu est loué comme le maître de la vie. Le présent et l’avenir lui appartiennent. Les Haïtiens savent d’instinct que Dieu est Amour infini, qu’il accueille les défunts avec lesquels ils continueront à vivre une relation très forte. » Mais si les Haïtiens se refusent à intenter un procès à Dieu, que dire alors de l’énigme violente du mal, broyant aveuglément la vie de plus de 150 000 personnes ? « Nous aimerions savoir pourquoi ce mal se produit, mais une tragédie de cette envergure est au-delà de toute explication : ce serait justifier le mal que de l’expliquer, souligne Mgr Pierre Dumas, évêque de l’Anse-à-Veau et de Miragoâne. Dieu se trouve sous les tentes, avec ces gens qui ont tout perdu, plaide-t-il. Aujourd’hui, le visage de Dieu, c’est le visage souffrant du Christ dans les traits des personnes sinistrées, qui, la nuit, ont faim et froid. Dieu ne veut pas la souffrance de ses enfants, il l’a portée dans son propre corps, il l’a traversée. Il est là avec nous. » «C’est dans l’action au service des autres que notre intelligence reçoit la réponse» Pour le président de Caritas Haïti, qui sillonne sans cesse les camps de sinistrés pour consoler les familles endeuillées et organiser les secours, la réponse n’est pas dans la spéculation, mais dans la manière dont chacun répond à la tragédie.

« La qualité humaine qu’on va mettre, la charité qui va découler de nos cœurs, cette capacité de développer une plus grande solidarité, détaille Mgr Dumas, c’est tout cela qui va faire la différence et permettre aux gens de pouvoir se relever. » « C’est dans l’action au service des autres que notre intelligence reçoit la réponse aux questions posées, renchérit le P. Manuel Rivero, vicaire provincial des dominicains, qui organise le ravitaillement dans la capitale haïtienne. Encore ces jours-ci à Port-au-Prince, j’ai pu expérimenter l’innovation qui jaillit dans le combat commun contre le malheur. Il arrivait que des jeunes ou de moins jeunes me saluent, autrefois, dans la rue ou dans un bidonville : “Bonsoir, Blanc.” Mais personne ne m’a appelé “Blanc” ces jours-ci quand, avec des Haïtiens, je portais un cadavre dans une rue jonchée de morts. À l’occasion du malheur, les cœurs peuvent s’ouvrir. Le meilleur de l’homme émerge alors des profondeurs de l’être avec des richesses jadis laissées en friche. »

Gilles Biassette à Port-au-Prince et Céline Hoyeau

jeudi 28 janvier 2010

Le sort des enfants au cœur des préoccupations

La situation dans laquelle vivent des milliers d'enfants livrés à eux-mêmes dans les camps de fortune de Port-au-Prince constitue un problème majeur depuis le séisme du 12 janvier. Extrêmement vulnérables, ces jeunes se retrouvent sans protection face aux maladies et aux trafiquants d'enfants, selon des représentants d'organisations humanitaires.

Les experts des Nations unies estiment qu'environ un million d'enfants et d'adolescents sont orphelins ou ont perdu au moins un parent dans le séisme, d'après une porte-parole de Save The Children. Faute de place, certains d'entres eux ont dû quitter les hôpitaux sans personne pour les prendre en charge. "Le personnel médical a été averti qu'il devait surveiller et envoyer les enfants non accompagnés ou séparés dans des lieux adéquats", a annoncé le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU dans son dernier rapport. Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), Save the Children et la Croix-Rouge ont commencé à recenser les enfants à risque et ont identifié trois centres de soins dans des orphelinats pouvant les accueillir temporairement, a déclaré Bo Viktor Nylund, un haut conseiller de l'UNICEF en charge de la protection de l'enfance. Une base de données commune aux trois organisations a été créée pour permettre la réunification des familles. "Au vu du nombre de personnes mortes dans le tremblement de terre, nous nous attendons à ce que des milliers d'enfants aient perdu leurs parents", a souligné Bo Viktor Nylund.

La détresse des enfants est particulièrement poignante dans un pays où un tiers des neuf millions d'habitants auraient besoin de l'aide internationale, selon les estimations de l'ONU. Une aide nécessaire fortement appréciée par la population qui critique cependant la façon dont elle est organisée. "C'est l'anarchie", s'exclamait Thomas Louis, qui tentait mardi d'obtenir du riz et de l'huile pour ses deux enfants de deux ans et six mois. De son côté, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a riposté mardi aux critiques visant les efforts déployés par les Etats-Unis: "J'en veux profondément à ceux qui attaquent notre pays, la générosité de notre peuple et le leadership de notre président qui essaient d'apporter une réponse à des conditions historiquement désastreuses après le tremblement de terre", a-t-elle déclaré. Bien que critique, la situation médicale dans la capitale haïtienne semblerait s'améliorer. Selon le porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Paul Garwood, il faudrait désormais davantage de personnel médical pour les soins postopératoires des quelque 200 000 personnes qui ont dû être amputées ou opérées. A l'hôpital central de Port-au-Prince, 81 enfants ont été pris en charge par l'équipe du Dr. Winston Price, un pédiatre américain d'origine haïtienne. "Peut-être que certains parents ne les recherchent même pas parce que leur maison a été détruite et qu'ils pensent que leur enfant se trouvait à l'intérieur", a souligné le pédiatre.

Dans les 13 centres pour enfants établis par Save the Children, qui a aidé plus de 6 000 enfants depuis le séisme, des aires de jeux ont été créées pour donner aux enfants "une chance de retrouver autant de normalité que possible", explique Kate Conradt, porte-parole de l'organisation. Ces lieux surveillés permettent de parer à d'éventuels enlèvements par des trafiquants d'enfants, un problème déjà chronique avant le séisme, précise Deb Barry, de Save the Children. A Genève, Véronique Taveau, porte-parole de l'UNICEF, a déclaré que l'organisation avait été avertie de disparitions d'enfants dans les hôpitaux, ajoutant que l'agence onusienne avait renforcé la sécurité dans ces établissements et des orphelinats. La ministre haïtienne de la Communication, Marie Laurence Jocelyn-Lassegue, a déclaré mardi que les nouvelles adoptions avaient été temporairement suspendues du fait de soupçons de corruption et de négligence. "Pour certains enfants, nous ne savons pas si les parents sont vivants ou non", a-t-elle expliqué. La France a souligné mercredi après-midi par la voix de son secrétaire d'Etat à la Coopération que rien n'était fait sans le gouvernement haïtien qui "donne l'autorisation pour chaque enfant de quitter le territoire". "Au moment où nous parlons, 41 sont dans un avion, ils rejoignent notre pays", a déclaré Alain Joyandet, précisant que tous les dossiers "régularisés ont permis de faire venir en France une centaine d'enfants" et que les dossiers de 400 enfants sont actuellement étudiés.

Vivian Sequera Et Ben Fox (Canadian Press)

Vers la reconstruction à long terme d'Haïti

L'attention se tournait de plus en plus jeudi vers la reconstruction à long terme d'Haïti, au lendemain du sauvetage miraculeux d'une adolescente de Port-au-Prince, sans doute l'un des derniers, 15 jours après le séisme.

Darlene Etienne, 16 ans, a été dégagée mercredi soir des décombres dans un état de déshydratation extrême, mais "son état est stabilisé", a assuré le médecin colonel Michel Orcel, de l'équipe de la sécurité civile française qui a évacué la jeune fille vers une unité médicale. Elle a été en partie dégagée par des voisins du quartier de Carrefour-Feuilles à Port-au-Prince qui ont entendu une voix et ont appelé les secouristes français. Environ 135 personnes ont été retrouvées vivantes sous les décombres depuis le séisme du 12 janvier, qui a déjà fait "près de 170.000" victimes, selon le président haïtien René Préval. Seize jours après le séisme, la recherche d'éventuels rescapés continue à mettre les nerfs des Haïtiens à rude épreuve. En fouillant les décombres pour récupérer ce qui peut l'être, certains croient entendre des bruits, des voix, et alertent la vingtaine de secouristes encore présents à Port-au-Prince, pour qui il n'est pas toujours facile de démêler les faits de la rumeur.

Confrontés à la faim, la soif, l'absence de toit, les Haïtiens doivent aussi subir de nouvelles formes de violence. "A la faveur du black-out qui sévit sur la capitale (...) des bandits en profitent pour harceler et violer femmes et jeunes filles réfugiées sous les tentes", a dénoncé jeudi Mario Andrésol, directeur de la police haïtienne, soulignant que "7 000 bandits" se sont échappés de la prison de Port-au-Prince le soir du séisme. Or les forces de police, décimées, sont insuffisantes. Il faut désormais "se concentrer sur les principaux problèmes qui vont se poser à l'avenir: le redémarrage immédiat et la reconstruction", a déclaré mercredi soir Mauricio Bustamante, qui dirige l'équipe du CICR chargée d'Haïti, insistant sur la nécessité de "protéger les communautés contre de futures catastrophes naturelles comme les cyclones". L'envoyé spécial adjoint de l'ONU pour Haïti, Paul Farmer, a affirmé jeudi devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain que 75 % de Port-au-Prince devait être reconstruit. La reconstruction du port, endommagé par les répliques, pourrait nécessiter 8 à 10 semaines, selon le ministère américain de la Défense.


"La meilleure chance pour Haïti, par rapport aux problèmes des 25 dernières années, est de profiter de ce moment pour créer une reconstruction en commun, un effort international pour quelque chose de viable", a estimé de son côté le sénateur John Kerry, qui préside cette commission. Les dons, promis ou déjà collectés, atteignaient jeudi 2,02 milliards de dollars (1,45 milliard d'euros), selon un décompte des Nations unies. Sur cette somme, 1,189 milliard de dollars ont été collectés par les agences et organisations d'aide humanitaire, tandis que 830 millions de dollars sont encore à l'état de promesses. Ces dons proviennent de centaines d'Etats, organisations non gouvernementales, fondations, entreprises ou particuliers. Ainsi, 15 000 dollars versés par le président américain Barack Obama et son épouse Michelle à la fondation de ses prédécesseurs, George W. Bush et Bill Clinton, qu'il a lui-même chargés de collecter des fonds. Devant le forum économique mondial (WEF) organisé comme chaque année à Davos, en Suisse, M. Clinton, l'envoyé spécial de l'ONU pour Haïti, a appelé les chefs d'entreprises à investir dans le pays. L'investissement en Haïti doit être vu comme "une occasion de faire des affaires" plus que comme une forme d'assistance, a-t-il dit, faisant l'éloge du dynamisme et des efforts des Haïtiens. Le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim, a estimé au cours du même débat qu'un programme massif devait être mis en œuvre pour replanter des arbres à Haïti, et lutter ainsi contre les glissements de terrain.

Le séisme en chiffres

Quelques estimations et données chiffrées sur le séisme du 12 janvier qui a frappé Haïti :

Les victimes sont 170 000 à ce jour (dont 54 Américains et 44 Européens) mais l'estimation du nombre de morts est d'au moins 200 000. Il faut ajouter 194 000 blessés et environ 200 000 personnes ayant été amputées ou opérées. Seules 134 survivants ont pu être sortis des décombres. On estime à 1 million le nombre d'enfant orphelins ou ayant perdu au moins un parent.


Les sans-abri sont 1 million et 800 000 vivent dans des abris de fortune. Il faudrait 200 000 tentes familiales. Les déplacés qui sont parti en direction des autres régions sont évalués à 236 000.
Les personnes nécessitant une aide alimentaire sont 2 millions et seulement 400 000 y ont accès.


Les infrastructures sont détruites à 70 % dans de vastes secteurs de la capitale et à 90 % dans des localités proches de l'épicentre. A Port-au-Prince 90 % des écoles sont détruites ou sévèrement endommagées.


Le nombre d'avions en attente d'autorisation d'atterrissage est de 800 à 1 000, il y a 140 atterrissages quotidien. La présence militaire américaine est de 20 000 soldats, et 18 navires. Les policiers et soldats de l'ONU sont 12 500.

Ces chiffres et ces estimations proviennent du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, de l'Institut d'enquête géologique américain, du Centre d'information et de surveillance de la Commission européenne, de l'Agence américaine pour le développement international, de l'Organisation internationale pour les migrations, du Département américain de la Défense, de The Chronicle of Philanthropy et Save the Children.

Points de vue

Quelques réactions et commentaires, découverts sur le net, suite aux dernières informations :

Philippe : Au moins 200 000 morts, peut-être 300 000. Si on disait la vérité, qu'une partie, grande, de ces morts est imputable aux USA ? Eh oui ! Après avoir par deux fois déposé Aristide (en l'encourageant ainsi à régner, lui aussi, par les milices pour sécuriser son pouvoir), les USA ont forcé Haïti à s'ouvrir aux importations de riz US subventionnée (jusqu'à 40 %), ce qui a détruit la paysannerie haïtienne ; plus d'1 M d'Haïtiens ruinés se sont agglutinés à P-au-P, dans des baraques de fortune ...

Bernard : Reconstruire le palais présidentiel à l'identique ... On voit où sont les priorités de relogement.
Luc : Est-ce vraiment la première urgence ?? Signé : un donateur contribuable.
Et si à la place de reconstruire à l'identique cette meringue ridicule, on leur offrait un grand concours international d'architecture, avec à la clé la construction d'un bâtiment contemporain, écologique, antisismique etc ... Ils ne sont pas dignes de vivre au XXIe siècle les Haïtiens, c'est ça hein ?

mercredi 27 janvier 2010

170 000 cadavres ont été ramassés, selon René Préval

Le président haïtien, René Préval, a annoncé mercredi lors d'une conférence de presse que les cadavres de "près de 170 000" victimes du séisme du 12 janvier ont déjà été ramassés, un chiffre supérieur aux dernières estimations des autorités qui avançaient le chiffre de 150 000 morts. Il a aussi indiqué que les Français avaient proposé de reconstruire à l'identique le palais présidentiel, qui s'est écroulé lors du tremblement de terre à Port-au-Prince le 12 janvier.


Le Palais national, un imposant bâtiment blanc à trois dômes construit par l'architecte haïtien Georges Baussan, a été érigé en 1918 du temps de l'occupation américaine en Haïti, sur le modèle de la Maison Blanche, rappellent les guides touristiques. Affaissé de façon spectaculaire par la secousse tellurique, il fait face à la vaste esplanade du Champ-de-Mars, où s'entassent aujourd'hui des milliers de sans-abri parmi les ruines et les détritus.


Le président haïtien a par ailleurs vigoureusement rejeté l'idée que les infrastructures haïtiennes, dont le port et l'aéroport, aient été "mis sous tutelle" étrangère, notamment celle des Américains. "Vous avez dit que le port et l'aéroport avaient été mis sous tutelle", a continué le président Préval en réponse à la question d'un journaliste. "Je vous dis que le mot que vous employez, même s'il est français – et je parle un peu français –, n'est pas bon", a-t-il répondu, suscitant l'hilarité. Reprenant l'engagement de la France de reconstruire le Palais national, il a ironisé : "Est-ce à dire que le Palais national est sous tutelle française ?"

Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé mercredi que son conseil d'administration avait approuvé le versement d'ici à la fin de la semaine de 114 millions de dollars à Haïti. La plus haute instance de décision du FMI a voté l'extension, à hauteur de 102 millions de dollars, d'un prêt déjà existant. En ajoutant un versement dans le cadre de ce prêt accordé en 2006, "un total de 114 millions de dollars sera versé d'ici à la fin de la semaine, ce qui constitue le plus grand montant mis à disposition des autorités haïtiennes après le séisme", a indiqué l'institution dans un communiqué. Le directeur général du fonds, Dominique Strauss-Kahn, a précisé que ce prêt était "sans intérêt", que son remboursement par Haïti ne commencerait qu'après un moratoire de cinq ans et demi et qu'il ne s'accompagnait "d'aucune condition supplémentaire de politique économique".

mardi 26 janvier 2010

Déplacer Port-au-Prince ?

Après le séisme meurtrier qui a transformé Port-au-Prince en un amas de ruine, plus d’un se demandent si la capitale haïtienne renaitra de sitôt de ses cendres.

« Il a neigé à Port-au-Prince, il pleut encore à Chamonix, on traverse à gué la Garonne, le ciel est plein bleu à Paris… ». Cette chanson du chanteur québécois Jean-Pierre Ferland (né à Montréal le 24 juin 1934) écrite en 1968, fut l’un de ses succès. Dans cette chanson interprétée par la chanteuse grecque Nana Mouskouri, Port-au-Prince figure parmi les sites touristiques dressés par Jean-Pierre Ferland pour présenter son « monde à l’envers ». On sait très bien qu’il ne neige jamais à Port-au-Prince et on ne peut pas traverser à gué la Garonne en France qui est un fleuve. Peut-être les auditeurs haïtiens ne font pas toujours attention en écoutant cette chanson dans laquelle leur capitale figure en bonne place, mais si Port-au-Prince a attiré l’attention de cet auteur québécois, c’est parce qu’elle fut un temps une des destinations touristiques les plus visitées de la Caraïbe.



En 1968, lorsque Jean-Pierre Ferland a interprété cette chanson, Port-au-Prince était Port-au-Prince. Cependant, avant le violent séisme du mardi 12 janvier 2010, la capitale haïtienne ne ressemblait plus à cette ville chantée par le chanteur québécois. C’était devenu un monstre urbanistique, une ville aux constructions anarchiques, sale, irrespirable, polluée. Une ville qui tuerait ses habitants, avait prédit un géographe. Une ville où chacun faisait ce qu’il veut, où des citoyennes et citoyens dénués de tout civisme faisaient leurs besoins en pleine rue, jetaient des détritus sans crainte d’être sanctionnés par des autorités municipales quasi absentes.

Lors des émeutes d’avril 2008 à la capitale, des symboles de cette ville et du pays tout entier ont été profanés ou tout simplement détruits. Citons en exemple : l’Ancienne Cathédrale de Port-au-Prince, le Marché Vallière dite « Marché Hyppolite », pour ne citer que ceux-là, ont été incendiés. D’autres comme le quartier du Bicentenaire, le Mausolée du Président Estimé ont été profanés. En quelques secondes, la semaine dernière, Port-au-Prince a vu disparaitre la Cathédrale Notre-Dame (Catholique), la Cathédrale Sainte-Trinité (Anglicane/Épiscopale), le Palais National, le Palais de Justice, le Palais Législatif, les ministères, des bâtiments publics et privés, sans compter une bonne partie de sa population estimée entre 75 000 et 200 000 morts. Aujourd’hui ville fantôme ayant l’aspect d’une ville bombardée avec des odeurs de cadavres en décomposition.


Ville fondée par les Français en 1749 sur l’habitation Randeau au Bel-Air, Port-au-Prince fut détruite par un tremblement de terre en 1750, soit une année après sa fondation. Pour certains observateurs, c’est la raison pour laquelle les constructions de cette ville étaient presqu’exclusivement en bois (même les deux précédents palais et l’Ancienne Cathédrale furent construits en bois). Les quelques personnes questionnées à ce sujet sont d’avis divers. Si certains pensent qu’il n’y a pas d’espoir de changement pour la capitale haïtienne, d’autres par contre pensent qu’il faut tout simplement remettre le sort de la capitale haïtienne aux mains des Américains. Un autre groupuscule, beaucoup plus radical, pense qu’il faut replacer la première capitale haïtienne à Marchand Dessalines dans le Département de l’Artibonite.
Jonas Laurince

Les prix augmentent

Depuis la timide reprise de certaines activités dans la zone métropolitaine, les prix des produits, en particulier ceux de première nécessité, ne cessent d’augmenter. Pour certains revendeurs interrogés par HPN, il s’agit de survie.

« Ce n’est pas de la mauvaise foi, mais tout simplement une question de survie », lance Yveline, une revendeuse de boissons qui croit que compte tenu de la situation dans laquelle elle s’est retrouvée, elle est obligée d’augmenter le prix de ses produits. Yveline n’a plus d’adresse fixe, mais habite à Delmas. La vendeuse à la glacière portable bleue a survécu au tremblement de terre, elle et sa famille, mais explique avoir tout perdu, dont sa maison. « Aujourd’hui, ma famille et moi, nous devons nous nourrir. Je n’ai jamais vu personne distribuer de l’aide et comme nous sommes livrés à nous-mêmes… », explique-t-elle sans terminer sa phrase, en haussant les épaules. Une bouteille de Tampico, qui coûtait 17 gourdes avant le passage du séisme, se vend en certains endroits jusqu'à 25 gourdes. L’eau en sachet qui s’achetait à une gourde, passe à 2,5 gourdes. Une marmite de haricot noir s’acquiert atteint jusqu'à 300 gourdes, alors qu’elle se vendait à 200.

Ces revendeuses évoquent elles aussi la question de survie et elles ont mis l’accent sur la rareté des produits sur le marché en raison des dégâts causés par le séisme. Gracieuse, une marchande de haricot, laisse entendre qu’elle n’a nullement l’intention de profiter de la situation pour s’enrichir, cependant elle estime nécessaire d’augmenter les prix, car elle a désormais neuf bouches à nourrir, après qu’elle ait perdu deux de ses 11 enfants. « J’ai perdu deux enfants, mais je dois continuer à vivre pour les neuf autres », a-t-elle conclu. Le secteur des transports a subi lui aussi une augmentation de prix variée entre 50 et 100 %. Les chauffeurs sont pour la plupart moins justificatifs. Pour certains « c’est chacun pour soi, Dieu pour tous ».

Du sexe sous les tentes et ailleurs

En raison du séisme qui a basculé le quotidien des Port-au-Princiens dans l’horreur, ces derniers vivent un stress constant. Pour y faire face, certains fument énormément, d’autres multiplient les ébats sexuels.

« En dépit de tout ce que nous vivons, il y a des gens qui trouvent le moyen de penser à ça !», s’indigne un homme dans la quarantaine choqué d’entendre que sous les tentes de fortune disséminées un peu partout certains et certaines se livrent à des ébats sexuels. En effet, plusieurs cas sont rapportés que même dans l’exigüité d’une tente, ou en plein air, des sans-abris ne se privent pas des plaisirs des sens. Mais là, soulignent certains observateurs, il ne s’agit pas de plaisir mais d’un besoin physiologique, un coït pur et simple. « Cela faisait plus de deux semaines que je ne n’avais rien fait, je n’en pouvais plus, catastrophe ou pas, la vie continue », confie Eddy logeant avec sa copine dans un centre d’hébergement situé dans une école tenue par des religieuses à Carrefour. Ils sont plusieurs à penser comme Eddy, surtout des jeunes. Pour eux, c’est un bon moyen de combattre le stress énorme causé par le seisme du 12 janvier et les multiples et inquiétantes répliques. Pour oublier, certains fument, d’autres s’accouplent, ou font les deux.

Ne trouvant plus d’endroits pour se rencontrer, les amants de la catastrophe trouvent leur compte dans tout lieu désert, isolé, des arrière-cours, des parcs, voire dans les camps de fortune. Mais ces ébats n’ont pas l’heur de plaire à tout le monde. Plus d’un se plaignent d’être dérangés la nuit par des amants plutôt bruyants et dont les jeux durent un certain temps. « Les gens sont sans-gêne, ils font tout n’ importe où, le plus pénible c’est que les enfants doivent subir ca », s’énerve cette mère de famille. D’autres enragent plutôt de tomber sur des scènes ou encore des personnes dans une position sans équivoque, comme c’est le cas par exemple à Pétion-Ville. « Ceux-là, au lieu de se mettre ensemble pour prier viennent copuler ici », lance une vieille femme à la vue d’un groupe de jeunes gens enlacés dans un parc à la tombée de la nuit. D’autres, plus vindicatifs, exhortent ces amants à se convertir et à abandonner le péché.

Ce qui favorise cette situation, opinent des observateurs, c’est d’abord la promiscuité dans un Port-au-Prince qui devient un immense dortoir à ciel ouvert. A ajouter aussi le fait que certains tabous et inhibitions sont tombés d’eux-mêmes. Des femmes se baignent toute nue ou font leur ablution au vu et au su de tous. Certains craignent déjà un baby-boom et appellent à distribuer des préservatifs dans les centres d’hébergement.

Le sexe, un secteur victime

La catastrophe du 12 janvier a également frappé un secteur d’activité qui est celui du sexe. La plupart des hôtels de la Grand-rue sont détruits, les Dominicaines sont enterrées sous les décombres, comme c’est le cas de bien d’autres maisons closes à travers la capitale. L’une des histoires à parcourir Port-au-Prince depuis le jour du séisme est celle d’un homme que la mort violente a surpris dans un hôtel en train de faire un cunnilingus. Il est resté plusieurs jours dans cette position scabreuse avant que la population ait mis les feux aux deux cadavres. Pour parer à la crise, à Carrefour, des prostituées sont allées offrir leur service aux clients à l’endroit où ils se trouvent, c'est-à-dire dans le voisinage des centres d’hébergement ...

Quelques bâtiments qui se sont écroulés

Le Palais National
Le Palais Législatif
Le Palais de Justice
Le Palais des Ministères
L'Administration des Postes d'Haïti
La DGI
La PNH
Le Ministère des TPTC
Les bureaux de la Minustah
L'Ecole Nationale des Infirmières de Port-au-Prince
L'Institution du Sacré-Cœur
Le Petit Séminaire Saint Martial les deux locaux du Grand Séminaire (Turgeau et Cazeau) se sont écroulés.
L'Institution Saint Louis de Gonzague En Ville Port-au-Prince
L'Institution Saint Louis de Gonzague – Delmas : La résidence des Frères s'est écroulée.
Jacmel : La résidence des Frères est écroulée. Les Frères logent dans les classes.
L'Ecole Jean Marie Guilloux
Le Collège Canado-Haïtien
L'Ecole Saint-Jean L'Evangéliste
Le Collège Gérard Gourgues
L'Ecole Supérieure de la Diplomatie (Chez Régis), près de l'Hôtel Christopher s'est écroulée.
Les Filles de la Sagesse : l'école du Sacré-Cœur s'est écroulée.
Les Filles de Marie : les bâtiments du Bel-Air se sont écroulés.
Les Sœurs de Ste-Hyacinthe : l'école qui est auprès de La Menais s'est écroulée ; la maison provinciale (et de retraite) est coupée en deux morceaux.
Les Sœurs de St Joseph de Cluny : Ste Rose serait complètement écroulé.
Les Père Oblats : la maison provinciale et le scolasticat sont écroulés.
Les églises de la ville sont écroulées : Ste-Anne, St-Louis roi de France.
La Cathédrale de Port-au-Prince
L'Eglise du Sacré-Cœur de Turgeau
L'Eglise de Petit Goâve est complètement écroulée
L'Eglise de Saint François de Xavier à Bodin est écroulée.
L'école des petites sœurs de Sainte Thérèse est écroulée
Le Local de la Fédération Haïtienne de Football
L'Hôtel Montana
L'Hôtel Christopher qui servait de siège à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti
Le Caribbean Super Market
Le Morne Boutillier des éboulements
Nazon, Boudon, Turgeau détruits.
L'Hôpital Canapé Vert
L'ENAF (route de Canapé Vert) est effondré
L'immeuble de l'Immigration (à Lalue) est écroulé
Radio GINEN (Delmas 31) est totalement effondré.

Les "fous" de Port-au-Prince

Envoyé spécial du Nouvel Observateur, Jean-Paul Mari a visité le seul hôpital psychiatrique de Port-au-Prince. Ce centre accueille des victimes de névrose post-traumatique.

C’est un mur d’enceinte écroulé qui donne sur une cour bourrée de réfugiés. On peut lire encore une inscription : "Centre Psychiatrique de...". À l’intérieur, des bâches, des tentes, des familles. Le psychiatre est assis derrière une table de cuisine. Face à lui, une femme jeune, agitée, se plaint, hurle, invoque Dieu et "le sang de Jésus-Christ." Le médecin écoute, note, ne prescrit rien, parce qu’il n’a rien. C’est le seul hôpital psy de la ville, ou presque. Une centaine de lits, une fondation privée "Mars et Kline", une centaine de lits désormais vides. Le séisme a tout cassé ici, les malades ont fui, remplacés par d’autres que les familles amènent ici. Ils souffrent tous de la même chose : cauchemars, insomnies, violents maux de tête, dépression, tristesse incommensurable. Et ils se réveillent en hurlant quand ils revoient les images du tremblement de terre, la maison qui s’effondre, le père, l’épouse, les enfants enterrés sous une montagne de gravats.


Névrose post-traumatique

La maladie porte un nom : névrose post-traumatique. "Ils sont là, ils vont me prendre" crie la jeune femme. Elle voit le mal, le danger partout, souffre d’un délire de persécution. Sa fille la soutient, lui caresse le front. Elle se clame, puis reprend : "le sang...tout ce sang ! Le sang de Jésus-Christ !" "Nous sommes trois médecins à peine" déplore le psy. Et le mal est immense. Port-au-Prince est traumatisé. Toute la ville, sa population. Tout Haïti. Et depuis si longtemps. Avant le séisme, il y a eu les inondations, les ouragans de 2008, la violence des Chimères en 2004, les coups d’État, les crimes, les enlèvements, les viols. Chaque épisode a laissé son cortège d’hommes, de femmes, d’enfants déboussolés, choqués, marqués à vie. Combien ? Le psychiatre réfléchit un court instant puis lâche sans hésiter : "Troubles d’adaptation, pertes de mémoire, irritabilité, violences et dépression... plus de 50% des Haïtiens sont traumatisés."


Il faudrait... oui, il faudrait

Aujourd’hui, on essaie de panser les plaies du séisme. Il faut de l’eau, de la nourriture, des tentes et des médecins pour soigner les blessés. Mais comme toujours, personne n’a le temps de s’occuper des blessés psychiques. Ceux-là resteront sans soins et en souffriront toute leur vie. Il faudrait ... oui, il faudrait des équipes de psy parlant le créole, venus par exemple de Guadeloupe et Martinique, qui ouvriraient des cellules d’écoute, laisseraient ces esprits brisés parler de leurs peurs, de leur deuil, de leurs cauchemars. Il suffirait de cela pour soulager cette douleur. Les écouter, leur dire qu’ils ne sont pas seuls, pas fous, seulement blessés.
Mais Haïti n’en a pas les moyens. Alors, ils hurlent, comme cette jeune femme, visage tordu par la souffrance, la vision de l’horreur et la culpabilité, sure d’avoir péché, d’avoir, - comme le répètent à l’envi les âmes pieuses des sectes obscures - , mérité le châtiment de Dieu. "Pardon, oh ! Pardon, Seigneur...pour tout ce sang. Le sang de Jésus-Christ !"
Jean-Paul Mari

L'hébergement des sans-abri est désormais prioritaire

Deux semaines après le séisme qui a ravagé Haïti, une des priorités était mardi à la création de camps de toile destinés à accueillir jusqu'à un million de sinistrés. La mise en place d'un vaste campement au nord de la capitale était notamment en préparation.

A Port-au-Prince, des centaines de milliers de personnes ont perdu leur logement dans le séisme de magnitude 7 du 12 janvier qui a fait au moins 150 000 morts. Certains sinistrés ont pu s'installer dans des camps de toiles, mais beaucoup n'ont pas eu cette chance. Haïti manque en effet de tentes pour répondre à l'ampleur des besoins. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui en avait 10 000 sur place avant la catastrophe, doit en acheminer 30 000 supplémentaires. Mais cette aide ne permettra sans doute pas de "répondre aux énormes besoins" sur place, reconnaît-elle. L'OIM estime que 100 000 tentes de grande taille sont nécessaires alors que, selon les Nations unies, jusqu'à un million de personnes sont sans abri. Le président haïtien René Préval a lancé lundi un appel pour la fourniture d'urgence de 200 000 tentes, demandant que les avions transportant cette aide puissent atterrir en priorité sur l'aéroport encombré de Port-au-Prince. Par solidarité avec les sinistrés, M. Préval a l'intention de dormir dans l'une de ces tentes sur la pelouse du Palais national ravagé par le séisme, a indiqué à l'Associated Press le ministre haïtien du Tourisme Patrick Delatour. "C'est une décision que le président a prise lui-même", a-t-il précisé.


Les autorités haïtiennes et des organisations internationales préparaient mardi la mise en place d'une ville de toile dans les faubourgs de Port-au-Prince. Un terrain de cinq hectares au nord de la ville accueillera le premier campement sur la demi-douzaine qui doit être créée pour abriter les réfugiés avant le début des pluies du printemps et la saison des ouragans. Helen Clark, administratrice du Programme des Nations unies pour le développement, souligne que fournir des abris aux sinistrés est une urgence qui nécessite des solutions innovantes. "La Chine par exemple a installé 400 000 maisons semi-permanentes après le séisme du Sichuan" en 2008, souligne-t-elle dans un communiqué. "Des initiatives similaires devront être envisagées et soutenues pour Haïti." Le gouvernement haïtien a demandé une aide de 3 milliards de dollars (2,1 milliards d'euros) pour la reconstruction lors de la conférence de Montréal sur Haïti qui a réuni lundi plus d'une vingtaine de pays et organisations internationales, a précisé M. Delatour. Le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive a déclaré à cette occasion que son pays, l'un des plus pauvres de la planète, avait perdu 60 % de son produit intérieur brut à cause du séisme.


Les Etats-Unis, qui jouent un rôle majeur dans l'organisation de l'aide, ont souligné que la phase de la recherche des survivants était terminée et que la priorité était désormais l'aide aux sinistrés et la reconstruction. "En dehors de la question de la nourriture, les deux principales inquiétudes sont les services et équipements médicaux, et la fourniture d'abris", a souligné Lewis Lucke, coordinateur spécial américain pour l'aide à Haïti. Le calme régnait dans l'ensemble à Port-au-Prince mardi malgré des actes de pillage isolés, selon les Nations unies. Davantage de policiers étaient en service dans la capitale, où des banques, supermarchés et stations-service ont également rouvert. Le gouvernement américain a décidé de louer pour un dollar symbolique sa vieille ambassade désaffectée dans le centre Port-au-Prince au gouvernement haïtien, qui compte l'utiliser comme Parlement provisoire, selon M. Delatour. Le bâtiment est situé à côté du Parlement haïtien, partiellement effondré.