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Certaines images ont pu vous choquer, mais c'était malheureusement la triste réalité
Heureusement de nombreuses actions positives sont conduites sur place, notamment grâce à Timoun d'Haïti

jeudi 11 novembre 2010

Une épidémie prévisible

L'épidémie de choléra qui a gagné le coeur d'Haïti n'étonne pas le professeur et chirurgien Vincent Échavé.

Selon lui, les conditions sanitaires du pays sont précaires depuis bien avant le tremblement de terre du 12 janvier dernier. M. Échavé, professeur agréé à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke (Canada), s'implique depuis près de 20 ans au sein de l'organisation Médecins sans frontières. Il a visité Haïti et sa capitale Port-au-Prince avant et après le séisme. Le constat qu'il en retire ne fait aucun doute : rien n'a changé dans les comportements sanitaires des habitants. Il se souvient d'ailleurs d'avoir eu la réflexion que tout était en place pour une épidémie. Cette crainte vient de se concrétiser. 

Stefano Zannini, chef de mission de Médecins sans frontières en Haïti, dresse le même portrait. Malgré des sommes importantes acheminées par les organismes d'aide internationale, les habitudes d'hygiène n'ont connu aucune amélioration, et ce, depuis des mois maintenant. Depuis dimanche, le nombre de cas possibles de choléra affluent dans le bidonville de Cité-Soleil. « Ça n'arrête pas, il faut faire un plan complet, parce que tout est à faire, a dit M. Échavé. Oui, il y a une reconstruction en raison du séisme, mais plusieurs problèmes étaient là avant. Haïti, tout seul, ne peut pas se relever »

Mettre Haïti sous tutelle

Cet état de fait amène le professeur à conclure qu'Haïti doit être placée sous tutelle, comme l'ont été le Japon et l'Allemagne après la Deuxième Guerre mondiale. « J'ai toujours favorisé une coalition internationale pour s'occuper d'Haïti. Je pense qu'il faut prendre ce pays en main, sinon ce sera toujours la même chose. On va sortir de la crise et ça va recommencer plus tard », a indiqué M. Échavé. Il fonde sa position sur l'analyse froide d'un éventail de besoins criants. Il fait notamment référence aux conditions de santé publique, aux investissements massifs requis en éducation alors que le taux d'analphabétisme est élevé et que les étudiants diplômés quittent le pays. L'environnement, avec la déforestation qui sévit, et la problématique des violences urbaines complètent le tableau. 


« Plusieurs défis nous attendent, a pour sa part indiqué Stefano Zannini. Pour l'heure, les principaux consistent à rendre des lits disponibles pour les patients les plus gravement atteints, sensibiliser la population à la maladie et prendre en charge les cas suspects ». À la précarité qui s'était déjà instaurée, le passage de l'ouragan Tomas et la propagation du choléra ont ajouté une pression énorme sur les structures et les services de santé partout dans le pays, a conclu le chef de mission de Médecins sans frontières.