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Certaines images ont pu vous choquer, mais c'était malheureusement la triste réalité
Heureusement de nombreuses actions positives sont conduites sur place, notamment grâce à Timoun d'Haïti

vendredi 16 juillet 2010

Coup de gueule pour Haïti

Coup de gueule ou coup de sang, six mois après la catastrophe qui a décimé l’île et ses habitants, rien n’est en place. L’organisation internationale est à la traîne, la coordination peine, aucune réflexion globale sur la reconstruction. C’est dérisoire, lamentable. Six mois après cet élan de générosité, nous avons déjà oublié Haïti et sa misère.

La presse s’en fait écho : « Il n’y a pas de plan d’ensemble et de décision de principe sur la reconstruction de Port-au-Prince, voire du pays. Il manque une perspective concrète. » On l’a déjà dit, la générosité tout azimut des pays du globe, l’acheminement en vivres, en argent et en bonnes volontés des associations humanitaires en tout genre ont plus semé le cafouillage qu’autre chose. Chacun a voulu y aller de son écot et amener une pierre sur ce vaste champ de ruines. Mais y a-t-il eu seulement une quelconque réflexion sur « comment peut-on reconstruire Haïti et lui redonner une dimension perdue depuis longtemps ? » Six mois après le tremblement de terre, les habitants doivent se débrouiller seuls. Ils cohabitent avec les décombres encore nombreux, vivent la plupart dans des camps et attendent la manne internationale.

Rien n’avance !


Or, depuis six mois, des intellectuels de la diaspora haïtienne de Genève ont planché sur une idée novatrice : « Repenser Haïti ». Je m’en voudrais de reprendre à mon compte cette réflexion mais je vous en donne ici quelques extraits. 

Hélas, cette réflexion, faute de moyens, faute de pouvoir sensibiliser nos pouvoirs publics à une autre forme de questionnement sur Haïti, n’a pas encore trouvé l’écho nécessaire pour amener un groupe hétérogène à entreprendre une véritable recherche sur la reconstruction de ce pays, tenant compte de toutes les problématiques : un monde rural très défavorisé, un surpeuplement de la capitale et de nombreux bidonvilles, des infrastructures sociales, éducatives, même administratives quasi inexistantes. Bref, il ne suffit pas de mettre Clinton aux commandes, d’envoyer 10 milliards et d'avoir pléthore de techniciens et ingénieurs qui élaborent tous des plans, mais d’une manière peu concertée. 


Il est grand temps de repenser Haïti pendant qu’on le peut encore en y associant sa diaspora comme élan de sa reconstruction intégrale.

« La destruction de Port-au-Prince par le séisme du 12 janvier 2010 a soulevé d’innombrables questions qui sont toutes, par leur contenu, semblables et logiques. Elles se portent, d’une manière générale, sur la nécessité de décongestionner définitivement la capitale ou plus précisément de la déménager ailleurs. L’abandon de cette capitale par certains de ses habitants qui sont tous des migrants n’est pas un acte courant, mais récurrent en période de crises ou de grands bouleversements. Pour les urbanismes, ce départ est une aubaine. Il pourrait permettre de reconstruire la capitale dans de meilleures conditions de salubrité car la multiplication des bidonvilles l’a rendu insalubre. Toutefois, d’autres questions se posent encore. Elles se portent tout d’abord sur l’accueil des nouveaux réfugiés dans les villages. En fait, les zones rurales haïtiennes sont dépourvues de toute commodité et d’infrastructures les plus élémentaires et leurs habitants sont constamment en proie à l’exode pour assurer leur survie. Dans un tel contexte, au cas où ce retour n’est pas bien accompagné tant du point de vue d’encadrement social, financier et économique, on verra se reproduire une très forte migration vers la capitale à l’annonce même de sa reconstruction. Il faut comprendre que ce retour est temporaire et que seul un programme de développement national, un plan Marshal, comme on se prête à le dire, peut être un motif pour l’éviter. Ce plan devra alors englober l’ensemble du territoire national et redonner à la fois au monde rural sa raison d’existence. En matière de stratégie de reconversion de la société haïtienne, ce plan est indispensable. »
La Tribune de Genève - Thierry Piquet