Même si le programme spécial de parrainage humanitaire est officiellement fermé depuis lundi, Québec ne prévoit pas de terminer de traiter tous les dossiers reçus avant plusieurs mois, ce qui suscite de vives réactions dans la communauté haïtienne.
La ministre de l’Immigration Yolande James a annoncé la semaine dernière qu’elle fermait le programme spécial mis sur pied à la suite du séisme du 12 janvier, et qui a élargi le parrainage aux sœurs, frères et enfants de plus de 22 ans de Québécois d’origine haïtienne, car elle estimait avoir reçu assez de dossiers pour atteindre l’objectif d’accueil initial de 3 000 sinistrés. Or, à ce jour, seulement 1 000 certificats de sélection ont été émis et les 2 000 dossiers restants ne seront pas complétés avant « quelques mois », a confirmé la porte-parole du ministère de l’Immigration, Anne-Frédérick Laurence. « C’est lent et c’est énervant, surtout que plus on entend parler d’Haïti, plus on se rend compte que la situation est difficile là-bas. C’est urgent », déplore Jean Ernest, directeur de la radio CPAM, une figure connue de la diaspora haïtienne montréalaise. Plusieurs membres de la communauté haïtienne se disent par ailleurs déçus de la fermeture «abrupte » de ce programme.
« La ministre avait bien mentionné qu’on avait jusqu’à décembre pour déposer une candidature. Plusieurs personnes sont donc déçues, surtout que ce programme ferme alors qu’aucun sinistré parrainé n’est encore arrivé au pays », note Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d'Haïti (en photo ci-dessous).
Steve Joseph est l’un de ceux qui ont réussi à déposer in extremis une demande de parrainage, alors que le programme a été fermé avec « seulement une semaine de préavis ». « Je cherche à parrainer ma sœur qui est à Port-au-Prince. En une semaine, j’ai dû monter un dossier avec une centaine de documents, de ma déclaration de revenus à mon relevé de paie. Moi, je pensais vraiment que ce n’était pas « premier arrivé, premier servi » et j’ai passé proche de me faire avoir », rage l’homme de 33 ans.
Une fois en main le certificat de sélection de Québec, le processus ne s’arrête pas là, puisque le réfugié sélectionné par la province doit ensuite demander le statut de résident permanent au gouvernement fédéral. « Ce n’est pas évident de présenter une demande au gouvernement fédéral.
Puisque le programme de parrainage de Québec a fermé abruptement, la ministre doit au moins s’engager à soutenir les Haïtiens jusqu’au bout de leurs démarches. Nous en faisons la demande à Québec et nous sommes prêts à faire pression pour obtenir cette promesse », lance Mme Villfranche. Du côté de la ministre de l’Immigration, la porte-parole Anne-Frédérick Laurence a affirmé qu’une ligne téléphonique était disponible pour aider les parrains et les « parrainés » dans leurs démarches. « Nous allons les accompagner dans leurs démarches. Il faut cependant comprendre que s’il y a un refus de la part du fédéral, ce n’est pas de notre ressort », nuance-t-elle. À l’heure actuelle, le ministère de l’Immigration n’a toujours pas compilé le nombre de demandes de parrainage reçues.

