Le Sénat haïtien a adopté la loi prorogeant de 18 mois l'état d'urgence décrété après le séisme et créant la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH), prévue par la conférence des donateurs de New York, a-t-on appris vendredi.
Après la Chambre des députés la semaine dernière, le Sénat a approuvé le texte dans la nuit de jeudi à vendredi par 13 voix pour, une contre et une abstention, a indiqué à l'AFP le sénateur Michel Clérier. "Cette loi confirme la création de la CIRH ainsi que la prolongation de l'état d'urgence demandée par le président de la République", René Préval, s'est-il félicité, en précisant que le texte avait d'ores et déjà été transmis au chef de l'Etat pour promulgation. Tel que prévu lors de la conférence internationale tenue à New York fin mars, la CIRH va piloter la reconstruction du pays en partie dévasté par le séisme du 12 janvier. Créée pour une durée de 18 mois renouvelables, la Commission sera co-présidée par l'ex-président américain Bill Clinton et le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive. A la fin de son mandat, la CIRH transmettra ses responsabilités à une nouvelle Régie pour le développement d'Haïti (RDH). "Par ce vote, le pays a gagné mais aussi la communauté internationale", s'est félicité le sénateur Hector Amacacis.
A New York, 138 Etats et plusieurs organisations internationales s'étaient engagés à verser à Haïti 5,3 milliards de dollars sur les deux prochaines années, et 9,9 milliards au total pour les trois prochaines années et au-delà. "Maintenant, la communauté internationale doit honorer ses promesses faites à la conférence de New York", a estimé M. Amacacis. La loi augmente les prérogatives de la présidence haïtienne, notamment en matières budgétaire et foncière, l'autorisant à réquisitionner des terrains privés pour y établir des camps, mais aussi à en décider l'évacuation. Plusieurs voix hostiles au texte se sont élevées dans la société haïtienne, certains accusant le président René Préval de "profiter" de la catastrophe pour s'arroger plus de pouvoir, d'autres estimant qu'il met en danger la souveraineté de l'Etat le plus pauvre des Amériques. Et face au risque de voir le Sénat rejetter le projet de loi, une réunion a été convoquée avant le vote dans une ambassade occidentale "pour pousser les parlementaires à voter la loi", a affirmé le sénateur Amacacis. "Les étrangers ont mis tout leur poids dans la balance pour faire adopter la loi", a-t-il déclaré. Le séisme de magnitude 7, qui a ravagé Port-au-Prince le 12 janvier, a fait des dégâts estimés à près de huit milliards de dollars, l'équivalent de 120 % du PIB d'Haïti. La catastrophe a tué au moins 220 000 personnes et fait 1,3 million de sans-abri.
