La Police des Nations unies (UNPol) est à pied d'œuvre pour maintenir un climat sécuritaire dans la capitale. Quelque 4 800 évadés de prisons, parmi lesquels des chefs de gangs de bidonvilles, sont toujours en liberté.
Près de Cité Soleil, le camp Jean-Marie Vincent retient l’attention des forces de polices. Une grande promiscuité règne dans ce nouveau petit quartier de Port-au-Prince. 48 000 personnes vivent ici et les femmes vivent dans un danger permanent: de nombreux cas de viols ont été enregistrés ces derniers jours. Pour de réduire ces agressions l’UNpol organise quotidiennement des patrouilles comprenant des policières. «En voyant des femmes en uniforme, les victimes ont moins d’appréhension à parler de leur agression». D’origine haïtienne, Micheline Gélin, canadienne, a noué, grâce au créole qu’elle parle parfaitement, de bonnes relations avec les habitants du camp mais elle sait que la confiance n’est pas parfaite.
Loi du silence
Difficile de discuter avec ces familles de leur première cause de problèmes: la présence, dans le camp, d’évadés de prison. Si 1,3 million d’Haïtiens ont perdu leurs domiciles lors du séisme, plus de 4 800 détenus en ont profité pour s’évader. «En journée, nous patrouillons, donc les évadés ne sortent pas. Dès la tombée de la nuit, comme il n’y a pas d’éclairage, ils sortent et terrorisent les gens, se résigne Micheline Gélin. Tous les sinistrés savent qui sont ces évadés mais personne n’ose parler parce que ces individus vivent jour et nuit à côté d’eux. Ils ont extrêmement peur des représailles.» Tout est à refaire Dans le chaos où est plongée Port-au-Prince, retrouver ces individus ne sera pas facile. Les principaux chefs de gangs des bidonvilles, que l’ONU avait arrêté depuis 2005, comptent parmi les évadés. Ils ont recommencé à kidnapper les étrangers et la venue massive des ONG est une aubaine pour ces criminels. «Notre priorité, explique Michel Martin, chef de la cellule d’intelligence criminelle de l’UNpol, est de ramener les bandits les plus dangereux, kidnappeurs, meurtriers, agresseurs sexuels derrière les barreaux.» Mais avec 2 000 officiers seulement, l’UNpol n’a pas les moyens d’un tel travail. Par ailleurs seule la police nationale haïtienne (PNH) peut procéder aux arrestations. Déjà avant le séisme, elle manquait cruellement de moyens et d’effectifs. Aujourd'hui c'est pire. Devant l’une des entrées du camp, deux agents de la PNH sont bien en station mais un des pneus de leur voiture est crevé, et même en cas d’urgence, ils ne peuvent intervenir : le véhicule n’a pas d’essence.
Amélie Baron - 20 minutes
