Les précipitations de la fin de semaine ont forcé les Haïtiens à abandonner leurs abris provisoires. Une nouvelle menace plane sur les survivants du séisme : la saison humide. Les traits tirés, ivre de fatigue, Jean Fritznel raconte sa nuit de cauchemar : « C'était l'horreur, nous avons essayé de dormir, debout, les pieds dans la boue, avec les enfants dans les bras... » Comme lui, des milliers de sinistrés ont été forcés, vendredi, de quitter leurs abris de fortunes inondés.
Le sort s'acharne sur Port-au-Prince. Après le terrible tremblement de terre, la ville craint une nouvelle catastrophe humanitaire avec l'arrivée, le mois prochain, de la saison des pluies. Vendredi, déjà, la pluie est tombée durant plusieurs heures, provoquant angoisse et panique dans de nombreux centres d'hébergement qui ont dû être évacués. « Maintenant, je ne sais plus où aller, raconte cette femme déboussolée. La boue a dévasté ce qui lui restait : trois piquets de bois et une toile. « Les tentes que les Blancs ont données résistent aux intempéries, pas les nôtres, faites de morceaux de tissus et de poteaux », explique Jonas Gué, responsable du comité des sinistrés de l'impasse New York.« Rien n'a résisté »
La place du Champ-de-Mars, proche du palais présidentiel, est l'un des plus grands centres d'hébergement. Elle est envahie par la boue. Son bébé de 15 mois dans les bras, Lalanne, une mère de famille, contemple le désastre. « Rien n'a résisté à la pluie. La bâche qui nous servait de toit a cédé, déplore-t-elle. J'ai été hébergée par un voisin pour protéger mon enfant. Mais je ne pourrai pas continuer longtemps dans ces conditions ». Dans la perspective de nouvelles averses, des hommes et des femmes, avec des outils bricolés, creusent des rigoles entre les cases. Un peu plus loin, insouciants, des enfants jouent aux billes dans la gadoue. Le bureau de l'Onu pour les affaires humanitaires (Ocha) a identifié plus de vingt sites très vulnérables aux inondations. « Nous travaillons sans relâche à la distribution de bâches en plastique et de tentes afin que les sinistrés puissent protéger leur famille et leurs biens », assure France Hurtubise, porte-parole de l'Ocha. À ce jour, les agences humanitaires ont fourni du matériel d'urgence à 914 000 personnes sur le 1,3 million de personnes privées de toit par la catastrophe.
Ouest France
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